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Actualités - Opinion

La sacralité républicaine de la présidence largement écornée

C’est un problème de sémantique appliquée. Dont la solution est théoriquement simple : ne pas confondre entre le terme de régime et le vocable de présidence. De la République s’entend. Et la majuscule indique, là, qu’on est en présence de ce que en arabe on appelle un « maqam ». Une instance à laquelle on ne doit pas manquer d’égards. Reste à savoir, et c’est la raison même de la crise actuelle, si les pratiques (réelles ou présumées) d’un régime, c’est-à-dire d’une direction politique déterminée, n’ébrèchent pas, ou ne réduisent pas à néant, l’immunité morale de la présidence. Certains soutiennent qu’en tout cas, le distinguo effectif entre régime et présidence n’est pratiquement pas possible. D’autres, même parmi les contempteurs de Baabda, affirment le contraire. Les évêques maronites pour leur part se situent en quelque sorte au milieu. Ils prennent acte du fait patent que la contestation politique découlant de la mise en cause du personnel sécuritaire écorne sérieusement la considération due à la présidence de la République. Ce qui a l’air, évidemment, de beaucoup les inquiéter, au nom du patrimoine politique de la présence chrétienne, singulièrement maronite, dans ce pays composite. Les prélats glissent donc, sans y être encore arrivés, vers la rive du départ anticipé, de la démission volontaire du chef de l’État. Comme du reste beaucoup de politiciens, qui estiment que l’heure de la retraite devrait concorder avec la publication, dans 40 jours, du rapport Mehlis. Un opposant note pour sa part que les tensions instaurent un climat malsain. D’autant plus préoccupant qu’il n’existe pas de recours d’arbitrage. Ni de comité de régulation et de censure autorisé, qui veillerait à ce que les attaques contre le régime n’enfreignent pas les règles constitutionnelles ni les usages de la simple bienséance. Ce professionnel rappelle que le code pénal lui-même sanctionne les atteintes à la présidence de la République en tant que symbole national. En même temps, reconnaît-il, il n’est pas possible d’engager des poursuites contre les détracteurs qui vont trop loin dans leur propos. D’une part, parce que la situation politique ne le permet évidemment pas. D’autre part, parce que ce que le législateur a voulu protéger, c’est bien une instance qui serait au-dessus de la mêlée. Et non pas une partie qui est en réalité un parti. Engagé jusqu’au cou dans les tiraillements et les conflits politiques. Cependant, cet opposant souligne que les évêques maronites ont bien raison de s’inquiéter. En effet, dit-il, les attaques en flèche de certains éléments du Courant du futur (tandis que les joumblattistes ménagent leurs forces pour plus tard) induisent, qu’on le veuille ou non, un assaut contre le prestige de la présidence. Donc contre l’autorité morale, et par là politique, dévolue à la communauté maronite. C’est ce que le général Michel Aoun a du reste laissé entendre clairement à l’issue de son dernier entretien avec le patriarche Sfeir. À propos de ce casse-tête, les évêques ont parlé à un certain moment d’ambiguïtés. La moindre n’est pas sans doute que les parties qui semblent défendre le régime, ou qui du moins s’opposent à son départ anticipé, lui reprochent en même temps d’avoir compromis le rôle supérieur d’arbitre de la présidence de la République. L’opposant cité note ainsi que, surtout depuis l’assassinat du président Hariri, le président Lahoud est apparu comme un chef de camp de parti pris, dépouillé de la neutralité qu’impose la fonction. À partir de là, estime ce cadre, toutes les prises de position de Baabda sont forcément marquées au coin de l’erreur et de la dérive constitutionnelle. Il est donc facile non seulement de le critiquer, mais également de l’entraîner dans des querelles politiques d’importance variable pour en épuiser les forces. Ses adversaires y sont arrivés et aujourd’hui, il se retrouve, toujours selon cet opposant, au niveau des autres présidents, sans pouvoir rien trancher. D’après cette source, cette évolution est redoutable pour le pays tout entier. En effet, estime ce professionnel, faute d’un recours ou d’un mécanisme pour arbitrer les conflits intérieurs, le Liban a tout l’air de ne pas être capable de se gouverner tout seul. Et d’avoir toujours besoin d’un tuteur. Pour la personnalité citée, comme pour beaucoup d’autres pôles, le problème découle en droite ligne des failles de Taëf que la Syrie avait si largement exploitées pour dominer la scène locale. Donc la solution, unique, consiste à réviser d’urgence les textes du pacte et ceux de la Constitution. Si l’on veut continuer à priver la présidence de la République de ses anciennes prérogatives, de son rôle d’arbitre, il faut évidemment lui trouver un remplaçant quelconque. On dira : mais il est tout trouvé, c’est le Conseil des ministres. Sur le papier seulement. Car avec la règle absolument incontournable, vitale même pour un pays composite, du consensus, il est évident que le Conseil ne peut pas toujours trancher. Ses membres ne peuvent pas toujours s’entendre sur toutes les questions, sur tous les litiges. Et si l’on recourt à une procédure de vote, c’est ensuite, inévitablement, la rupture et la crise de pouvoir. En tout cas, dans la période actuelle, tout va très vite. Et c’est pour parer à des périls imminents que le général Aoun a relancé Bkerké de nuit, comme dans l’urgence. Les deux hommes, selon des sources informées, ont évoqué les dispositions à prendre pour la prochaine étape, notamment en ce qui concerne le problème, de plus en plus pressant, de la contestation concernant la présidence. Qui accuse désormais, de l’avis quasi général, un déficit certain de confiance. Une instance à laquelle les évêques maronites tentent de redonner son lustre en appelant à son respect. Tandis que les adversaires de Baabda protestent en chœur, certains, sans trop de sincérité sans doute, qu’ils respectent la présidence en tant que telle. Ajoutant que pour préserver la sacralité de l’instance, le mieux serait que l’actuel titulaire s’en aille. Philippe ABI-AKL

C’est un problème de sémantique appliquée. Dont la solution est théoriquement simple : ne pas confondre entre le terme de régime et le vocable de présidence. De la République s’entend. Et la majuscule indique, là, qu’on est en présence de ce que en arabe on appelle un « maqam ». Une instance à laquelle on ne doit pas manquer d’égards. Reste à savoir, et c’est la raison même de la crise actuelle, si les pratiques (réelles ou présumées) d’un régime, c’est-à-dire d’une direction politique déterminée, n’ébrèchent pas, ou ne réduisent pas à néant, l’immunité morale de la présidence. Certains soutiennent qu’en tout cas, le distinguo effectif entre régime et présidence n’est pratiquement pas possible. D’autres, même parmi les contempteurs de Baabda, affirment le contraire. Les...