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Actualités - Chronologie

Le raïs à l’épreuve du changement

Réélu avec près de 90 % des suffrages mais un faible taux de participation de 23 %, Hosni Moubarak devra tout faire pour prouver qu’il est l’homme du changement prôné pendant sa campagne électorale. Tout au long de sa campagne à l’occidentale, M. Moubarak, 77 ans, à l’allure décontractée, a multiplié les promesses de réformes politiques – en particulier la levée de l’état d’urgence – et économiques attendues depuis longtemps. Ses promesses économiques donnent toutefois le vertige : création de 4 millions d’emplois, augmentation des salaires de milliers d’employés jusqu’à 100 %, construction de 500 000 logements sociaux pour les familles à faible revenu. Un projet qualifié par les experts d’« irréaliste ». Le scepticisme des observateurs est d’autant plus grand que depuis l’arrivée au pouvoir de M. Moubarak, les appareils de l’État se sont empêtrés encore plus dans une lourde machine bureaucratique, et l’écart entre riches et pauvres s’est creusé de façon spectaculaire. Bien qu’il ait encouragé la privatisation, le raïs a montré une grande prudence à engager des réformes économiques en profondeur, laissant l’inflation monter à 4,7 %, selon les chiffres officiels, alors que le Fonds monétaire international (FMI) la place à 8,5 %. La paupérisation d’une population de 72 millions et le mécontentement des Égyptiens sont en outre devenus un terreau idéal pour les extrémistes. Non seulement l’Égypte elle-même souffre désormais de la violence, qui a atteint un pic en juillet à Charm el-Cheikh où près de 70 personnes ont été tuées dans des attentats, mais en plus ses extrémistes l’exportent aussi : le numéro deux d’el-Qaëda, Ayman al-Zawahiri, est un chirurgien égyptien. Obsédé par la sécurité et la stabilité, M. Moubarak, qui a été visé par six tentatives d’attentat, n’a jamais accepté de lever l’état d’urgence, en place depuis 1981. Or, la levée de cet état d’urgence a été le cheval de bataille de ses adversaires électoraux, dont le chef du parti libéral al-Ghad, Ayman Nour. Désormais, M. Moubarak devra tenir ses promesses, mais compter aussi avec l’opposition qui a repris du poil de la bête récemment sous l’impulsion des pressions occidentales. Le chef de l’État est aujourd’hui le deuxième sur la liste des leaders arabes les plus anciens au pouvoir, après le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. Né le 4 mai 1928 dans une famille de la petite bourgeoisie rurale du delta du Nil, M. Moubarak a fait ses preuves dans l’armée, surtout durant la dernière guerre avec Israël, en octobre 1973, dont il est considéré officiellement comme un « héros ». Il a succédé à Anouar Sadate, l’homme de la paix avec Israël, assassiné en octobre 1981, et a su imposer son pays comme un acteur régional incontournable. Le président est aussi un allié indéfectible des États-Unis, et il compte préserver ce lien. « Il est primordial de faire évoluer les relations égypto-américaines pour qu’elles soient axées davantage sur les échanges commerciaux et la coopération économique », a-t-il ainsi dit. Soucieux de son héritage, il aurait pensé à préparer son fils Gamal, chef de sa campagne électorale, à sa succession. « Cette victoire écrasante alourdit la responsabilité du président élu. Elle prouve que l’opinion publique s’attend à beaucoup de choses de la part de Moubarak et croit qu’il tiendra ses promesses, surtout économiques et sociales », écrivait hier le quotidien Rose el-Youssef.

Réélu avec près de 90 % des suffrages mais un faible taux de participation de 23 %, Hosni Moubarak devra tout faire pour prouver qu’il est l’homme du changement prôné pendant sa campagne électorale.
Tout au long de sa campagne à l’occidentale, M. Moubarak, 77 ans, à l’allure décontractée, a multiplié les promesses de réformes politiques – en particulier la levée de l’état d’urgence – et économiques attendues depuis longtemps.
Ses promesses économiques donnent toutefois le vertige : création de 4 millions d’emplois, augmentation des salaires de milliers d’employés jusqu’à 100 %, construction de 500 000 logements sociaux pour les familles à faible revenu. Un projet qualifié par les experts d’« irréaliste ».
Le scepticisme des observateurs est d’autant plus grand que depuis l’arrivée...