Quel contraste !
C’est avec un plaisir immense qu’on entreprend une visite au site touristique de Jeïta pour découvrir la perle de la nature au Liban, la grotte. Mais le plaisir commence à s’estomper à la vue des détritus, des papiers et des bouteilles en plastique qui jonchent la route menant au site et les tas d’immondices déversés dans la vallée historique de Nahr el-Kalb, cette vallée que de nombreux touristes photographient.
À vrai dire, cette image ne fait pas honneur à notre pays et offre le visage d’un Liban bien peu civilisé aux touristes qui viennent visiter le pays. Heureusement que la beauté féerique de la grotte et son environnement parfaitement préservé font oublier un peu cette image et les touristes peuvent constater l’impeccable propreté du site touristique et la sécurité qui y règne, leur faisant quelque peu oublier la saleté et la condition précaire de la route qui y accède.
Quel contraste ! On se demande à qui incombe la responsabilité de cette voie publique.
H. MADÉNIAN
Vertiges
Pauvres Libanais
Pauvres citoyens !
On nous mène comme un troupeau
D’un pâturage à un autre.
Celui-là est vert…
L’autre encore plus vert.
En réalité, à part les promesses
Il n’y a rien de vert !
Tout est gris et sombre
Comme l’avenir des Libanais !
Comme si trente années perdues
N’étaient pas assez !
On nous avait promis la lune le 14 mars
On y avait cru
On a cru en la fin de la guerre
On a cru en la fin de la corruption
On a cru en l’intégrité de nos dirigeants !
On a rêvé d’indépendance et de liberté
On a rêvé de sécurité
On a rêvé d’avenir
Et de retour d’émigrés.
Mais l’État est pris en captivité
Par ses propres dirigeants
La bonne volonté des uns
Est paralysée par la fermeture des autres.
L’abus de pouvoir est omniprésent
Le système est complètement déréglé
Les lois sont outrepassées
La réconciliation est boiteuse.
Le manque de confiance et de solidarité des uns,
Ajouté à l’excès d’individualisme,
Fait tourner les espoirs et les esprits en rond
Et balaye en chemin
Les revendications de ce pauvre peuple.
On nous a ramenés brusquement sur terre
Pour nous dire : ne rêvez pas trop !
Gardez les pieds sur terre
Car la bataille de la libération des esprits
Est bien plus dure que celle de l’indépendance
Ce n’est pas pour demain…
Nicole ABDUL-MASSIH
Montréal
Une autre mentalité pour un Liban moderne
Après le retrait des forces syriennes du Liban, je m’attendais de la part des intellectuels de ce pays à un appel pour un changement radical des mentalités et des structures confessionnelles de notre société, véritable plaie autoentretenue.
Dans le respect des opinions de chacun, et tout en protégeant les communautés qui souhaitent vivre en vase clos, j’affirme que le Liban doit se moderniser dans toutes ses composantes, se laïciser pour survivre dans le temps et rejoindre l’ensemble des nations viables.
Que M. Michel Hajji Georgiou, qui rapportait des idées de M. Nabil Khalifé, me permette de faire deux remarques :
1- La manifestation du 8 mars 2005 avait pour but non pas de défier les sunnites, mais de ménager un allié anti-israélien en attendant le moment propice pour l’application de la 1559 dans son intégralité (le désarmement du Hezbollah).
2- La vision sur un Liban fédéralisé, chrétiens d’un côté et musulmans de l’autre, est selon moi illusoire car non viable et surtout non bénéfique à terme à la communauté chrétienne.
Que M. Samy Gemayel me permette également de faire deux remarques :
1- Si 2005 est l’année de l’amnésie généralisée, n’en soyons pas tous victimes jusqu’à oublier l’occupation du Liban-Sud 22 ans durant par l’armée israélienne et sa libération par des Libanais aussi dignes et légitimes que d’autres.
2- Il est heureux que le peuple libanais possède cette qualité essentielle de privilégier l’avenir et de pardonner.
Arrêtons de nous lamenter sur le passé, où les uns et les autres ont eu raison et tort à la fois. Préparons l’avenir de nos enfants en leur donnant une éducation différente de la nôtre. Préparons-les à être libanais avant tout et à pouvoir s’aimer sans obstacle religieux et civil. Nous seuls connaissons nos faiblesses et notre force. Aucun autre organisme, encore moins l’ONU, n’y peut rien sans notre volonté.
Ainsi nous pourrons écrire en toute objectivité notre livre d’histoire, lorsque nous aurons enfin trouvé le centre de notre cercle.
Dr Habib SAAD
Enfin, le dénouement !
Depuis nombre d’années, nous avons, nous Libanais, pris notre mal en patience. Ce mal, il faut l’avoir vécu pour y croire.
Grâce à son courage admirable, ce peuple a pu surmonter les événements en essayant de recoller les morceaux, souvent en vain.
Malgré une situation précaire ces derniers temps, mais grâce aux résultats de l’enquête menée par le magistrat allemand Detlev Mehlis pour déterminer l’identité des auteurs et les circonstances de l’assassinat de Rafic Hariri, les Libanais peuvent enfin commencer à respirer.
Toujours est-il que nous devons, nous Libanais, garder notre sang-froid quoi qu’il advienne.
Une fois cette étape franchie et notre pays presque totalement libéré de toute influence étrangère, soucions-nous de sauvegarder notre image d’antan, celle d’un peuple uni et donnant l’exemple d’une société moderne, multiculturelle, capable de contribuer à favoriser la solidarité entre les fils d’une même patrie.
Respectons les règles de jeu démocratiques afin de pouvoir nous enraciner dans notre propre entité pour atteindre l’union et fonder le modèle idéal d’une démocratie libérale, à la hauteur de nos aspirations.
C’est dans ce contexte-là que l’on se sentira vraiment libanais.
Hilda DADOURIAN
Le général et ses contradictions
Le général Aoun surprend par son manque de sens diplomatique, au point de se mettre tout le monde sur le dos, et de bon sens, accumulant les contradictions les plus ahurissantes.
Son attitude face à la Syrie est des plus équivoques, décrivant l’assassinat de Georges Haoui comme un règlement de comptes mafieux (L’Orient-Le Jour du 3 juin 2005), liant celui de Samir Kassir à sa vie privée, affirmant haut et fort qu’il n’existe plus «aucun agent secret syrien au Liban»…
Il s’évertue à accuser ses opposants d’alliances « contre nature » alors que les siennes au cours des dernières élections ont choqué même ses plus farouches partisans. Depuis son retour au Liban, toutes les actions qu’il a menées ne font que saboter l’embryon unitaire du 14 mars, allant même jusqu’à demander des comptes à un martyr dont la mort a été le catalyseur de ce mouvement national historique. Comble de l’ironie, il s’évertue à faire croire qu’il est lui-même derrière ce mouvement, affirmant avec conviction que « c’est le processus de libération lancé le 14 mars 1989 qui a abouti au 14 mars 2005».
Il va même jusqu’à banaliser les attentats qui ont dernièrement traumatisé la population libanaise en les attribuant à «un fou semblable au serial killer de Washington» (interview al-Diyar). Et comme seule réponse au voyage massif de personnalités libanaises à Paris, il insinue que « s’ils sont partis maintenant que la Syrie n’est plus là c’est qu’ils ont quelque chose à se reprocher»…
Nicolas RAHAL
Paris
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