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Actualités - Opinion

Sur le chemin de Damas

Cela a été déjà dit, mais il faut le répéter sans arrêt, l’asséner, le marteler jusqu’à ce que les sourds se résignent à entendre et que les aveugles retrouvent la vue : Detlev Mehlis ne s’arrêtera pas en si bon chemin, la Vérité, l’ultime vérité, s’il ne la connaît pas déjà, il la pressent, l’effleure, la palpe quasiment avec l’arrestation des chefs des services et de la garde présidentielle, les généraux Sayyed, Azar, Hajj et Hamdane. La boîte aux mystères, la boîte aux secrets trop longtemps cachés, la justice libanaise s’y est aussitôt engouffrée, enfin libre de toute entrave, de tout assujettissement d’une tutelle imposée au fil des décennies, à l’ombre des tristes personnages des services de renseignements. Alleluia, mille fois alleluia ! Grâce à l’enquête internationale, une occasion en or s’offre à la justice libanaise, celle de se dédouaner, de prouver qu’elle a son mot à dire, qu’elle peut officier en toute indépendance et sérénité. C’est ce à quoi s’attellent les juges Mirza et Eid, un chemin long et cahoteux, un chemin miné mais qui donnera à la justice libanaise les moyens de récupérer ses titres de gloire. Les quatre généraux arrêtés, les langues vont naturellement se délier, ceux qui gardaient le silence par peur de « représailles » vont maintenant « chanter », selon le terme utilisé par un diplomate occidental à l’ONU. Un effet boule de neige qui conduira forcément à de nouvelles arrestations. D’ores et déjà, les autorités compétentes prennent les mesures nécessaires pour accueillir tout ce beau monde. Que ce soit au palais Noura, à Yarzé, à Roumié ou à la direction des FSI, les quatre généraux auront bientôt de la compagnie… pas des plus recommandables, mais des plus significatives. Inutile, toutefois, de verser dans le cynisme ! L’heure est en effet grave et les implications politiques « conduiront à un séisme à l’échelle régionale », pour reprendre les indications distillées au siège des Nations unies à New York. À Beyrouth, le décor de la bataille à venir se met en place et les banderilles sont déjà bien aiguisées. La cible est claire : le général Émile Lahoud. Qu’il le veuille ou pas, qu’il l’apprécie ou pas, le chef de l’État est dans l’œil du cyclone. Nul ne s’est aventuré jusqu’à présent à évoquer publiquement son implication dans cette horrible affaire, bien que les généraux arrêtés aient été considérés comme très proches du palais et l’un d’entre eux qualifié de « protégé du roi ». La question se pose à un autre niveau, celui de la responsabilité politique et morale. Des années durant, le général Lahoud a couvert des services qui multipliaient les exactions, qui terrorisaient les gens, des services dont les chefs sont aujourd’hui en prison. Des années durant, il leur a gardé sa confiance alors que les plaintes s’accumulaient et que l’état sécuritaire se dégradait. Sa défense de Moustapha Hamdane, chef de la garde présidentielle, à quelques heures de son arrestation, l’a en quelque sorte rétrogradé de son rôle d’arbitre à celui de partie. Grave erreur d’appréciation qui rend sa position encore plus vulnérable. Aujourd’hui ou demain, demain ou après-demain, le chef de l’État aura à assumer les conséquences de la série de fautes graves qui ont entaché son mandat et dont la moindre n’est pas la prorogation de son mandat. S’il est vrai que la préservation du prestige de la présidence est un impératif pour la communauté maronite, il est non moins vrai que ce prestige a été sérieusement entamé, profondément entaillé. Dans la situation d’urgence présente, c’est à Bkerké, et à nulle autre instance, de veiller à ce que la première magistrature de l’État recouvre sa crédibilité et la confiance des citoyens, le patriarche Sfeir n’étant pas sans savoir que cela ne se fera qu’avec le départ de l’actuel locataire du palais et l’ouverture d’une nouvelle page présidentielle. Tout à fait blanche celle-là. Récapitulons : accusés de participation au complot qui a abouti à l’assassinat de Hariri, quatre généraux, et pas des moindres, sont sous les verrous. Agissaient-ils de leur propre chef, en toute autonomie ? Difficile à croire. Depuis de longues années, services libanais et services syriens, c’était blanc bonnet et bonnet blanc. Les ordres émanaient de Damas ou de Anjar, les gradés des SR à Beyrouth étaient au garde-à-vous. Personne ne s’en cachait, c’était tellement évident que ce n’était même plus un secret de Polichinelle. C’est tout naturellement donc que Detlev Mehlis se rend à Damas, une sorte d’enquête aux sources qui permettra de connaître le fin mot de l’histoire. Sauf qu’il ne s’agit pas là d’une simple histoire, mais d’un crime abject qui exige justice et réparation. Le superflic de l’ONU a-t-il rencontré des transfuges syriens à Genève ou ailleurs en Europe, d’anciens responsables des services de renseignements qui auraient tout déballé et « donné » leurs anciens patrons ? Qu’ont retenu les enquêteurs de Monteverde des témoignages de Nasser Kandil et Assem Kanso, deux personnalités civiles supposées bien au fait des intentions politiques syriennes ? Des interrogations, de simples rumeurs peut-être, mais une certitude : tous les chemins mènent maintenant à Damas. Dans cinq jours, Mehlis interrogera Rustom Ghazalé, son prédécesseur Ghazi Kanaan ainsi que tous ceux de leurs adjoints qui, d’un claquement des doigts, « dispatchaient » à partir de Anjar leurs consignes sécuritaires à leurs « homologues » libanais. Difficile tâche pour Mehlis dans un pays comme la Syrie où les allégeances des « patrons » de la sécurité vont indistinctement au président, au frère, au gendre ou à un autre centre de pouvoir. Un cheminement dans la hiérarchie sécuritaire qui peut aboutir à un verrouillage total, un hermétisme bien policier, mais qui ouvrirait bien grandes les portes de l’enfer devant un tribunal international. C’est alors que les choses sérieuses commenceraient en Syrie. Nagib AOUN
Cela a été déjà dit, mais il faut le répéter sans arrêt, l’asséner, le marteler jusqu’à ce que les sourds se résignent à entendre et que les aveugles retrouvent la vue : Detlev Mehlis ne s’arrêtera pas en si bon chemin, la Vérité, l’ultime vérité, s’il ne la connaît pas déjà, il la pressent, l’effleure, la palpe quasiment avec l’arrestation des chefs des services et de la garde présidentielle, les généraux Sayyed, Azar, Hajj et Hamdane.
La boîte aux mystères, la boîte aux secrets trop longtemps cachés, la justice libanaise s’y est aussitôt engouffrée, enfin libre de toute entrave, de tout assujettissement d’une tutelle imposée au fil des décennies, à l’ombre des tristes personnages des services de renseignements.
Alleluia, mille fois alleluia ! Grâce à l’enquête internationale,...