La flambée des cours du brut a eu hier une conséquence a priori paradoxale : l’annonce d’une augmentation spectaculaire des prix des carburants aux Émirats arabes unis, pourtant l’un des principaux producteurs mondiaux de pétrole.
Membre de l’OPEP, dont ils sont le quatrième producteur avec 2,5 millions de barils par jour, les Émirats ont décidé d’augmenter d’environ 30 % le prix de l’essence à compter de jeudi, en raison de la poursuite de la hausse des prix du pétrole sur le marché international.
Ces prix ont repris hier matin leur progression, entretenue par les dégâts de l’ouragan Katrina sur les puits et raffineries du golfe du Mexique, le Brent enregistrant même un nouveau record, dans la foulée de celui atteint par le baril la veille à New York, où il avait brièvement dépassé le seuil historique des 70 dollars.
Mais si, dans ce contexte, l’augmentation des prix à la pompe en Europe ou aux États-Unis n’étonne personne, la hausse des prix des carburants, et surtout l’importance de cette hausse, dans un pays qui regorge de pétrole, ont de quoi surprendre.
Il s’agit du premier pays du Golfe producteur de pétrole à augmenter les prix des carburants depuis la nouvelle envolée des cours.
Comme pour tous les autres pays du Golfe producteurs d’or noir, l’explosion des cours du brut a engendré ces dernières années une spectaculaire augmentation des recettes budgétaires des Émirats. Le pétrole constitue plus de 80 % des revenus du pays, une fédération créée en 1971 et regroupant sept émirats. L’émirat d’Abou Dhabi assure à lui seul plus de 90 % de la production de brut du pays.
Les autorités justifient cette hausse par « les pertes financières » qu’elles subissent, « d’une année sur l’autre », faute de répercuter la hausse des cours mondiaux sur leurs clients finaux.
Le prix du gallon (4 litres) d’essence augmentera donc jeudi de 0,41 dollar et le prix du gallon de diesel de 0,38 dollar.
L’essence à indice d’octane 95 passera ainsi de 1,29 dollar à 1,70 dollar le gallon, soit une hausse de plus de 31 %, et l’essence à indice d’octane de 1,43 dollar à 1,84 dollar, soit une augmentation supérieure à 28 %.
Le prix du gallon de diesel passera, pour sa part, de 1,72 dollar à 2,10 dollars, soit plus de 22 % de hausse.
Une augmentation des prix des carburants avait eu lieu en avril, mais elle était de faible importance. En octobre dernier, deux des quatre sociétés de distribution émiraties avaient menacé de suspendre la distribution d’essence si les prix n’étaient pas relevés de 30 %. Basées à Dubaï, EPPCO et ENOC avaient déjà mis en avant les pertes occasionnées par l’envolée des cours du brut.
Bien que n’ayant pas eu gain de cause, elles n’avaient pas mis leurs menaces à exécution. Les Émirats avaient ainsi évité une situation incongrue, celle de voir l’un des premiers producteurs de brut du monde victimes d’une pénurie d’essence. Les deux autres sociétés de distribution du pays, Adnoc (compagnie d’État) et Emarat, basées à Abou Dhabi, avaient alors exclu toute fermeture de leurs stations-service.
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