Avant de parler du cinéaste européen invité dans le cadre du Festival du film libanais, ouvrons une petite parenthèse enchantée sur un événement qui, cette année, a certainement fait des records en nombre de visiteurs.
Un festival gagnant
La cinquième édition du Festival du film libanais organisée par la société de production ..né.à Beyrouth s’est achevée mardi dernier avec grand succès à l’Empire Sofil. Année après année, cet événement semble gagner en force, en importance et en notoriété. Grand millésime effectivement que cette édition 2005. Les organisateurs, Wadih Safieddine, Danielle Arbid, Pierre Sarraf et Nadim Tabet, semblaient aussi surpris que ravis de voir défiler jour après jour un public extrêmement nombreux (pour la plupart des jeunes).
Un public qui a envahi jusqu’à débordement cinq jours durant la petite salle du petit complexe. Debout, par terre, sur les genoux d’un ami ou sur la pointe des pieds, cette masse humaine a su rester fidèle à ..né.à Beyrouth, à leur sélection de films différents et singuliers.
La preuve indéniable et incontestable que les Libanais sont en demande d’initiative de ce genre, en demande de culture « made in Loubnan ».
Un Français au Liban
Comme chaque édition, le festival invite un cinéaste européen. L’occasion de projeter des films singuliers et de rencontrer le réalisateur. Cette année, le festival a fait appel à Vincent Dieutre, cinéaste des voyages intimes et politiques, cinéaste de la mémoire et de l’histoire.
Son cinéma, comme celui d’Henri-François Imbert (invité l’année dernière), dans son affirmation minoritaire, sa diversité de propositions esthétiques, mais également dans son souci à penser à l’économie du cinéma, défie les catégories traditionnelles du 7e art français.
Selon Dieutre, ce cinéma, presque toujours filmé en vidéo et baptisé tiers cinéma, « n’est pas un style mais plus une attitude esthétique presque politique, dans ce flux d’images dans lequel on est ».
Ses œuvres se situent entre la fiction et le documentaire, entre l’art contemporain et le cinéma. Le réalisateur précise que sa démarche n’est pas théorique. « Elle est plutôt venue d’une pratique de spectateur. J’ai senti que le cinéma nourrissait l’art contemporain. Aujourd’hui, ce que j’appelle cinéma n’est plus forcément dans “le cinéma des professionnels de la professions”, comme dit Godard. On le trouve aussi bien dans certaines installations que l’on peut voir dans des musées que sur certaines scènes de théâtre. »
Un film, une quête
Trois de ses films ont été projetés durant le festival, dont Mon voyage d’hiver, sorti en 2003. Auteur-réalisateur-interprète, Vincent Dieutre nous emmène dans une sorte de voyage initiatique dans les villes glacées et enneigées de l’Allemagne. Accompagné de son jeune filleul Itvan, il confronte d’un côté les blessures du passé, de l’autre les vastes chantiers de la réunification. Sa voix off suit et commente ce voyage mêlé de tristesse, de nostalgie et d’art. Hanté par la figure de Schubert, l’homme tente de changer le regard d’Itvan sur ces villes, ces paysages, invoquant tour à tour l’histoire, la poésie et la musique. Au fil de ce parcours initiatique, fragmentaire et glacé, porté par les mélodies romantiques allemandes, l’homme voyage aussi à travers sa propre histoire. C’est donc bercé par de belles paroles, par une voix douce et une magnifique musique que le public est témoin des retrouvailles entre Vincent et ses fantômes du passé. Se crée alors une sorte de parallèle entre le fond et la forme. L’intemporalité de la voix fait écho à l’intemporalité des images, à une Allemagne enneigée et « glacée » par le froid. Le récit avance, marqué par une fluidité certaine. L’histoire de Vincent n’est certes pas la nôtre, mais elle touche malgré tout car il revient non seulement sur un thème universel (la mémoire), mais aussi il le fait de manière honnête et sensible. Le public ne peut qu’être intrigué et capté par ce voyage qui, pour reprendre une phrase du film, « effleure des doigts les cendres d’une histoire encore chaude ».
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