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Actualités - Opinion

LE POINT Au nom de Dieu

Écoutez le révérend Barry Lynn, du mouvement Tous unis pour la séparation entre l’Église et l’État : « La bonne nouvelle, c’est que la coalition chrétienne est pratiquement en train de s’effondrer. La mauvaise nouvelle, c’est que ses dirigeants tiennent désormais le gouvernail du pays. » Et Ralph Reed, l’un des chefs historiques du mouvement, revenu depuis à de meilleurs sentiments, a un constat tout différent: « Nous n’avons plus à lancer des pierres sur l’édifice ; nous sommes maintenant à l’intérieur du bâtiment. » C’est bien vrai qu’aux États-Unis, les chefs de la Christian Right sont partout. De l’actuel président à l’ancien Attorney General John Ashcroft, en passant par le télévangéliste Billy Graham et son fils Franklin, l’acteur Charlton Heston ou encore l’ancien candidat à la présidence Pat Robertson : quand ils ne sont pas aux postes de commandement, on peut être certain de retrouver ces hommes là où sont définies les grandes orientations susceptibles de déterminer la vie du pays pour de longues périodes à venir. Autrement dit, l’avenir de notre pauvre monde, livré à la seule superpuissance qui existe encore après l’effondrement de l’URSS. À en croire les auteurs d’un récent recensement, les fidèles de cette nouvelle religion, car c’en est une, se comptent pas dizaines de millions – très exactement soixante-dix. Tant qu’il s’agissait de pousser George W. à renoncer à la dive bouteille ou de ramener au bercail les brebis égarées du vaste troupeau chrétien, le prosélytisme de ces prédicateurs, au pays des 100 000 Églises, ne pouvait intéresser que les Américains eux-mêmes, dont on connaît la prédilection pour le divan du psychiatre et le prie-Dieu des lieux de culte. Mais voici qu’au sein de cette nébuleuse regroupant pratiquement les divers courants ultraconservateurs, des voix s’élèvent, de plus en plus écoutées, pour dire, à l’instar du révérend Jerry Falwell : « Il est clair que la Bible Belt (soit une zone comprenant le sud-est du pays et s’étendant du Texas à la Floride, en passant par le Kansas et la Virginie) est la seule ceinture de protection d’Israël. » Le résultat est que ce courant favorable à l’État hébreu est devenu plus important que le lobby sioniste américain. Comment en est-on venu là ? À travers une certaine lecture de l’Apocalypse de saint Jean, plus précisément des pages ayant trait à la bataille finale qui se déroulera sur le site d’Armageddon, dans le nord d’Israël. Là, et après sept années de terribles tribulations, se tiendra l’ultime combat au cours duquel le sang versé atteindra la hauteur des selles des chevaux, avant le triomphe du Christ et l’avènement de Son règne pour un millier d’années. Auparavant, les deux tiers des juifs auront été exterminés, le tiers restant devant se convertir au christianisme. On comprend dès lors que pour le groupe, « les seuls juifs à accepter l’enseignement de Dieu sont ceux-là qui demeurent à Gaza et en Cisjordanie », c’est-à-dire les colons. Selon Ed McAteer, considéré comme le « parrain » du Christian Right, « chaque grain de sable entre la mer Morte, le Jourdain et la Méditerranée appartient aux juifs ». Quant aux trois millions de Palestiniens vivant sur ces territoires, ils devront s’installer dans les pays arabes car il n’y a pas de place pour eux en Israël. Ces fondamentalistes chrétiens sont allés plus loin que Washington et Tel-Aviv au lendemain du 11 septembre : il ne s’agit plus seulement de présenter un front uni contre le terrorisme mondial, mais d’une alliance entre deux religions. Sans vouloir remonter aussi loin qu’aux débuts du XIXe siècle, quand le Britannnique John Nelson Darby, dans les années 1830, divisait l’histoire en trois grandes époques : la loi de Moïse, la venue de Jésus et enfin son retour – une doctrine connue depuis sous son nom anglais de « dispensationalism » –, la fracassante irruption des ultras chrétiens sur la scène politique date de la décennie 1970. Les caciques du Parti républicain avaient alors tiré l’amère leçon du demi-siècle passé : sur douze élections présidentielles, ses candidats n’en avaient remporté que quatre et ils n’avaient contrôlé le Congrès que durant deux législatures sur un total de 24. Une telle succession de débâcles s’expliquait, avaient-ils jugé, par le fait que le GOP passait pour suivre une politique étrangère militariste et, sur le plan interne, pour favoriser les plus riches. Il convenait dès lors d’inverser la vapeur, et de faire siennes les théories des divers courants religieux et conservateurs. Depuis, le Parti de l’éléphant a raflé quatre des six courses à la Maison-Blanche, dominé le Sénat durant sept sessions sur douze, et il contrôle la Chambre des représentants depuis une décennie entière. Dans la foulée, il a amplement mérité son surnom de « rassemblement des sionistes chrétiens », mais ne semble pas s’en porter plus mal, au contraire. Après tout, Dieu-Yahvé saura reconnaître les siens. Christian MERVILLE
Écoutez le révérend Barry Lynn, du mouvement Tous unis pour la séparation entre l’Église et l’État : « La bonne nouvelle, c’est que la coalition chrétienne est pratiquement en train de s’effondrer. La mauvaise nouvelle, c’est que ses dirigeants tiennent désormais le gouvernail du pays. » Et Ralph Reed, l’un des chefs historiques du mouvement, revenu depuis à de meilleurs sentiments, a un constat tout différent: « Nous n’avons plus à lancer des pierres sur l’édifice ; nous sommes maintenant à l’intérieur du bâtiment. » C’est bien vrai qu’aux États-Unis, les chefs de la Christian Right sont partout. De l’actuel président à l’ancien Attorney General John Ashcroft, en passant par le télévangéliste Billy Graham et son fils Franklin, l’acteur Charlton Heston ou encore l’ancien candidat à...