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Actualités - Opinion

LE POINT De la démocratie en Irak

Il s’en est fallu de quelques petites minutes, très exactement vingt-trois… À 23 heures 37 lundi soir, les 237 députés présents, sur un total de 275 que compte l’Assemblée, ont voté un amendement leur octroyant un délai supplémentaire d’une semaine pour achever d’élaborer une Constitution qui devrait être approuvée par référendum, à la mi-décembre de cette année. Sinon, c’était la dissolution, l’effondrement du gouvernement et des élections générales, c’est-à-dire le saut dans l’inconnu dans cet Irak où l’horreur est vécue au quotidien, comme le prouvent les trois attentats d’hier en plein cœur de la capitale. Quelques instants avant le sauvetage in extremis, les parlementaires avaient eu droit à un rappel de l’extrême fragilité de la situation sous la forme de deux obus de mortier tombés à quelques mètres du lieu de leur réunion. Pendant que le président Jalal Talabani et son Premier ministre Ibrahim Jaafari affichent un optimisme dont ils sont seuls à connaître les raisons – et qu’ils partagent, semble-t-il, avec George W. Bush, lequel, nul ne l’ignore plus depuis qu’il en a fait la confidence, converse tous les matins avec le Seigneur –, des voix s’élèvent ici et là pour s’inquiéter de l’impasse dans laquelle tout le monde est en train de s’enfoncer avec l’inquiétante certitude de s’être parfaitement acquitté de sa mission. C’est que les divergences sont énormes et portent sur un trop grand nombre de sujets. Il y a ainsi la place de l’islam dans la vie de la nation, les droits de l’homme, le rôle de la femme, la répartition des revenus provenant du pétrole. Il y a surtout la forme que devra prendre le nouvel État. Et c’est précisément sur la formule fédérative que les débats viennent de capoter. Les Kurdes, qui vivent en régime d’autodétermination depuis la première guerre du Golfe, en 1991, veulent aller plus loin aujourd’hui. Leurs dirigeants vont jusqu’à exiger maintenant que la Loi fondamentale en cours de préparation mentionne le droit à l’indépendance si un référendum dans leur région devait déboucher sur une telle revendication. On comprend que les sunnites mais aussi les chiites refusent une telle clause. Ce que l’on comprend moins, c’est comment des divergences aussi graves peuvent être aplanies en quelques jours. Le « joker » représenté par la rallonge que le Parlement s’est octroyée lundi ne pouvant être utilisé qu’une seule fois, les termes de l’alternative désormais envisageable sont soit un accord conclu vaille que vaille, soit le recours à une nouvelle consultation populaire. Avec dans ce dernier cas la perspective d’un retour en force de l’élément sunnite, car cette fois la communauté ne semble nullement disposée à rééditer son boycott du scrutin de janvier. L’ambassadeur US Zalmay Khalilzad a mis en garde contre la tentation électorale, déclarant : « Il serait erroné d’imaginer qu’une consultation populaire permettrait de régler les problèmes qui se posent, lesquels devraient plutôt continuer à faire l’objet de contacts accélérés. » Pour Washington, l’issue de la délicate partie en cours est aussi importante que pour ses protégés irakiens. Il y va en effet de son engagement aux côtés de l’option démocratique et surtout du début du rappel de ses GI. À mesure que se confirme l’enlisement américain, les sondages se multiplient, désespérément alarmants pour la Maison-Blanche. Ils sont 56 % à penser que les objectifs fixés en 2003 sont loin d’avoir été atteints, 53 % à se dire convaincus de l’inutilité de cette malencontreuse expédition et 73 % à croire que leur président n’a pas de plan précis pour maîtriser la situation. À titre d’exemple, même aux pires moments de la guerre du Vietnam, la cote de Lyndon B. Johnson n’était jamais tombée sous la barre des 32 %. Un échec du processus en cours se répercuterait négativement sur les plans des États-Unis pour l’ensemble du Proche-Orient. Bien évidemment, il est trop tard pour faire marche arrière, mais il est incontestable que l’erreur (encore une) a consisté au départ à fixer une date butoir pour l’adoption de ce projet de Constitution qui tarde tant à voir le jour. À l’issue du vote du début de semaine, le président de l’Assemblée provisoire Hachem Hassani pavoisait, lançant à l’adresse d’un groupe de journalistes : « À mon sens, voilà la vraie démocratie. Cela prouve au monde que l’Irak est en train d’élaborer ses propres règlements. » Reste à voir si la vraie démocratie est viable aujourd’hui en terre mésopotamienne. Mais si, même tronquée, même défigurée par des considérations trop particulières, elle ne reste pas préférable à la dictature de Saddam Hussein. Christian MERVILLE
Il s’en est fallu de quelques petites minutes, très exactement vingt-trois… À 23 heures 37 lundi soir, les 237 députés présents, sur un total de 275 que compte l’Assemblée, ont voté un amendement leur octroyant un délai supplémentaire d’une semaine pour achever d’élaborer une Constitution qui devrait être approuvée par référendum, à la mi-décembre de cette année. Sinon, c’était la dissolution, l’effondrement du gouvernement et des élections générales, c’est-à-dire le saut dans l’inconnu dans cet Irak où l’horreur est vécue au quotidien, comme le prouvent les trois attentats d’hier en plein cœur de la capitale. Quelques instants avant le sauvetage in extremis, les parlementaires avaient eu droit à un rappel de l’extrême fragilité de la situation sous la forme de deux obus de mortier...