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Actualités - Opinion

Le Point Mauvaise querelle

L’« axe du mal » est un bien commode épouvantail que l’on peut agiter en toute occasion et pour quelque raison que ce soit, pour les causes les plus nobles comme pour les plus futiles d’entre elles. C’est à George W. Bush que revient l’honneur d’avoir inauguré la formule, dans son message sur l’état de l’Union de 2001. Le président américain visait alors l’Iran, la Corée du Nord et l’Irak. De ce groupe, le dernier pays passait pour le plus immédiatement dangereux puisqu’il était censé disposer d’armes de destruction massive et des moyens de se constituer un arsenal nucléaire. On sait ce qu’il advint de cette légende, qui fit florès en son temps, et comment on ne s’en servit pas moins pour abattre la tyrannie de Saddam Hussein – ce qui, après tout, était loin d’être une mauvaise chose. L’avantage avec ce cliché, c’est qu’il est malléable à volonté. C’est ainsi que l’homme qui vient de refaire surface pour la plus grande gloire de ses pairs ès diplomatie, John R. Bolton en personne, alors sous-secrétaire d’État et aujourd’hui placé (malgré les fortes réticences du Congrès) à la tête de la délégation yankee aux Nations unies, avait pu ajouter trois nouveaux noms à la liste, ceux de Cuba, de la Syrie et de la Libye. Du coup, le monde commençait à se familiariser avec une appellation contrôlée, celle d’« États voyous » succédant à la dénomination tout aussi péjorative sinon moins élégante encore d’« axis of evil ». Tout cela pour dire qu’aujourd’hui, Bagdad ayant été éliminé de la liste avec le succès que l’on connaît, il reste aux premières lignes, Pyongyang et Téhéran. Pour des raisons de commodité sans doute – et aussi parce que ce diable de Kim Jong-il, sous prétexte qu’il n’a rien à perdre dans son bras de fer avec le reste du monde sinon quelques centaines de milliers de ses concitoyens, condamnés à périr d’inanition, ne veut pas céder d’un pouce – on fait comme si la Corée du Nord n’existait pas, pas encore du moins, pour se concentrer sur la République islamique. Mauvais choix, ainsi qu’il apparaît chaque jour davantage. Les héritiers de l’ayatollah Rouhallah Khomeyni se meuvent dans les dédales de la diplomatie internationale sans nul besoin de fil d’Ariane. Quant au chat dans le petit jeu auquel ils se livrent, il n’est pas celui qu’on pense. La preuve ? Après avoir accepté en novembre dernier une « suspension volontaire » des activités liées à l’enrichissement de l’uranium, les Iraniens ont brisé hier les scellés apposés par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur l’usine d’Ispahan, donnant ainsi le signal d’une reprise imminente du travail. L’AIEA a tenté en vain d’élaborer une parade à cette décision unilatérale. Hier, les représentants des 35 nations qui composent l’aréopage n’ont pu que constater leur incapacité à reprendre leurs réunions, interrompues la veille après un semblant de débat resté stérile. Ils tenteront aujourd’hui de se retrouver pour élaborer un projet de résolution susceptible de réunir une majorité de voix. La tâche paraît d’autant plus ardue que l’Iran respecte les règles internationales en la matière. Ainsi, le travail de préparation a repris en début de semaine sous l’œil des caméras de contrôle installées par les inspecteurs de l’agence onusienne. À quoi s’ajoute une argumentation imparable : nous développons, font-ils savoir, un programme destiné à des fins pacifiques et non pas à des objectifs militaires, contrairement à Israël, qui dispose déjà de plusieurs dizaines de bombes thermonucléaires qui menacent ses voisins arabes. Selon la majorité des experts internationaux, les savants iraniens ont besoin d’au moins dix ans encore pour mettre au point une bombe, à supposer qu’ils en aient l’intention. Selon un dissident en exil, Ali Reza Jafarzadeh, il y aurait à l’heure actuelle pas moins de 4 000 centrifugeuses capables de produire de l’uranium enrichi destiné à un usage militaire, et susceptibles d’être installées dans un court délai sur le site de Natanz. Difficile de ne pas songer à d’autres révélations, faites à la veille de la seconde guerre du Golfe, au sujet de certaines armes de destruction massive qu’on a renoncé depuis à chercher, même si, à en croire l’inénarrable Donald Rumsfeld, « rien ne prouve qu’elles n’existent pas ». Quoi qu’il en soit, le spectre d’une condamnation par le Conseil de sécurité de l’ONU semble pour l’heure s’éloigner à grande vitesse, pendant que Mohammed el-Baradei et ses adjoints continuent de s’interroger sur les initiatives qu’il conviendrait de prendre pour sortir du guêpier dans lequel, une fois de plus, ils viennent de se fourvoyer grâce à l’habileté des États-Unis. Même le locataire de la Maison-Blanche hésite désormais à qualifier d’« intolérable » la situation, ainsi qu’il le faisait en avril 2004. C’est dire… Christian MERVILLE
L’« axe du mal » est un bien commode épouvantail que l’on peut agiter en toute occasion et pour quelque raison que ce soit, pour les causes les plus nobles comme pour les plus futiles d’entre elles. C’est à George W. Bush que revient l’honneur d’avoir inauguré la formule, dans son message sur l’état de l’Union de 2001. Le président américain visait alors l’Iran, la Corée du Nord et l’Irak. De ce groupe, le dernier pays passait pour le plus immédiatement dangereux puisqu’il était censé disposer d’armes de destruction massive et des moyens de se constituer un arsenal nucléaire. On sait ce qu’il advint de cette légende, qui fit florès en son temps, et comment on ne s’en servit pas moins pour abattre la tyrannie de Saddam Hussein – ce qui, après tout, était loin d’être une mauvaise chose....