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Le Point Les radicaux libres

Comment aurait-on pu, ne fut-ce qu’un instant, imaginer le contraire, sur cette terre tant de fois millénaire de Palestine, où Dieu, même s’il est unique, a plusieurs noms et où tout, pour peu que l’on veuille creuser, baigne dans le religieux ? Voilà que les chefs spirituels se prononcent eux aussi sur le démantèlement des 21 points de peuplement à Gaza et de quatre des 120 sites en Cisjordanie. Le grand mufti de Ramallah, cheikh Jamal el-Bawatna, et celui de Jérusalem, cheikh Ikrima Sabri, ont émis chacun une fatwa condamnant toute attaque contre les militaires et les colons israéliens parce que cela aurait pour effet de retarder le retrait. Tout le monde doit contribuer à assurer le succès de cette opération, ont-ils décrété. Pendant qu’à Tel-Aviv, deux anciens grands rabbins, Avraham Shapira et Mordechai Iliyahu, condamnaient l’évacuation comme étant « contraire à la loi hébraïque ». « Malheur, ont-ils tonné, à tout militaire, tout policier qui prendrait part à une telle atrocité. » Il faut espérer que le Seigneur reconnaîtra les siens… En attendant le délai limite du 17 août fixé par la coalition Likoud-Parti travailliste au pouvoir, les crispations s’accentuent et la crainte monte d’un dérapage qui pourrait tout remettre en question. Le 15 courant, les habitants de Netzarim, Morag et Kfar Darom (trois points choisis pour être évacués en premier en raison des « dangers» qu’ils encourent) devront avoir quitté leurs maisons sous peine d’en être délogés par la force dans les quarante-huit heures qui suivent. À condition bien entendu que rien – incident avec les quelque 55 000 membres des forces de l’ordre déployés pour l’occasion ou attaque déclenchée par des activistes palestiniens – ne vienne entraver l’opération. Ariel Sharon-Mahmoud Abbas, un même combat ? Kafka, réveille-toi, ils sont devenus fous ! Plus sérieusement, la situation des deux protagonistes de ce bien étrange pas de deux n’a rien de réjouissant, forcés qu’ils sont de se battre sur plusieurs fronts à la fois. Prenez Ariel Sharon. Il croit se débarrasser du poids représenté par l’enclave occupée à la faveur de la guerre de juin 1967 et se retrouve ployant sous un déluge de problèmes dont le moins grave n’est pas celui représenté par une crise en perspective au sein de sa propre coalition, annoncée par la démission de son ministre des Finances. Longtemps Benjamin Netanyahu avait prétendu pouvoir mieux servir la sécurité et l’économie en demeurant membre du gouvernement. Jusqu’à ce dimanche 7 août quand, en plein Conseil des ministres, il décidait de démissionner, certain alors qu’il serait suivi par quatre de ses collègues : Tzachi Hanegbi, Danny Naveh, Yisrael Katz et Limor Livnat. Lesquels, sagement, lui ont fait faux bond, le fidèle Livnat faisant même savoir qu’il n’était pas de « ceux qui abandonnent la partie ». Aux dernières nouvelles, il semble bien que ce ne soit que partie remise. Jusqu’au mois de septembre, pense « Bibi», quand les représentants des partis religieux décideront de quitter à leur tour le navire, sonnant le glas de la formation en place et forçant du coup « Arik » à organiser dans les trois mois des élections générales normalement prévues pour novembre 2006. Pour l’heure, le héros de la « désocialisation » de l’économie israélienne a donné l’impression, en claquant la porte, d’en faire trop peu, trop tard. Sans compter qu’en Israël, les ministres qui démissionnent ont la fâcheuse réputation de mal réussir leur traversée du désert. Et Abou Mazen dans tout cela ? Eh bien, le successeur de Yasser Arafat veut contenir l’ardeur de ceux qui martelaient hier matin : « Aujourd’hui Gaza, demain Jérusalem. » Son message est clair : les Palestiniens doivent prouver au monde qu’ils méritent leur indépendance et leur liberté. Sauf que le mouvement de la résistance islamique Hamas ne l’entend pas de cette oreille. Surtout que la consultation populaire qui devait se tenir en juin dernier a été renvoyée à janvier prochain et que, malgré cette dernière manœuvre dilatoire, le temps ne travaille pas pour le Fateh, dont est issu l’actuel président de l’Autorité palestinienne, mais bel et bien pour les héritiers politiques de cheikh Yassine, comme le prouvent le récent scrutin municipal et la montée en puissance des groupes extrémistes. En réalité, les calculs tant de Netanyahu que de Khaled Machaal ne peuvent s’avérer payants que si le processus appelé à être enclenché la semaine prochaine prend une tournure catastrophique. Le tableau sera alors plus simple, avec d’un côté « un chef du camp ultranationaliste qui défie la loi », ainsi que l’écrivait le Haaretz en début de semaine ; et de l’autre une formation déterminée à se battre « jusqu’à la victoire finale ». Un slogan qui fut autrefois celui d’un certain Fateh. Christian MERVILLE
Comment aurait-on pu, ne fut-ce qu’un instant, imaginer le contraire, sur cette terre tant de fois millénaire de Palestine, où Dieu, même s’il est unique, a plusieurs noms et où tout, pour peu que l’on veuille creuser, baigne dans le religieux ? Voilà que les chefs spirituels se prononcent eux aussi sur le démantèlement des 21 points de peuplement à Gaza et de quatre des 120 sites en Cisjordanie. Le grand mufti de Ramallah, cheikh Jamal el-Bawatna, et celui de Jérusalem, cheikh Ikrima Sabri, ont émis chacun une fatwa condamnant toute attaque contre les militaires et les colons israéliens parce que cela aurait pour effet de retarder le retrait. Tout le monde doit contribuer à assurer le succès de cette opération, ont-ils décrété. Pendant qu’à Tel-Aviv, deux anciens grands rabbins, Avraham Shapira et Mordechai...