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Actualités - Opinion

Le Point Succession Story

Que ce soit un monarque, octogénaire de surcroît, qui se trouve appelé dès aujourd’hui à engager son royaume dans une gigantesque entreprise de modernisation, ce n’est pas là le moindre des paradoxes s’agissant d’une monarchie absolue qui en compte déjà un bon nombre. Qu’il doive, à cet effet, initier un train de mesures dans une conjoncture particulièrement délicate pour son pays, le Proche-Orient et même le monde entier, il n’y a là rien d’étonnant. Enfin, que les décisions appelées à être prises soient guettées avec, pour les uns, une impatience déjà perceptible, avec une inquiétude aisément justifiable pour les autres, quoi de plus normal tant il est vrai que ce qui touche l’Arabie saoudite concerne aussi – et aujourd’hui plus que jamais – ce village de plus en plus planétaire qu’est devenue la Terre. On dira qu’un processus de réforme a été initié voilà des décennies et qu’il s’est poursuivi depuis lors, lentement et silencieusement, ce qui est bien dans la tradition locale. À titre d’exemple, on citera la décision de Fahd ben Abdel Aziz, alors ministre de l’Éducation, d’envoyer des milliers de jeunes gens poursuivre des études universitaires à l’étranger, une mesure jugée révolutionnaire pour l’époque. Et aussi le gigantesque chantier de construction lancé au début des années quatre-vingt. Bien sûr, on est loin encore des réclamations rappelées hier encore par le Mouvement islamique pour la réforme et par le chœur de l’opposition basée à l’étranger. Avancer une date pour la libération des détenus politiques, l’autorisation de la liberté d’expression et de rassemblement et l’indépendance de la justice paraît des plus hasardeux. Il reste que, bien plus qu’au cours des dix dernières années, pour ne citer que cette période, la voie est ouverte devant une dynamique nouvelle, Abdallah ayant été intronisé, conséquence semble-t-il d’un consensus auquel seraient parvenus les frères Soudeyri, sous l’impulsion de l’« arbitre » du clan, le prince Salman ben Abdel Aziz. Un mode de règlement qui expliquerait, soutiennent certains, le retard dans l’annonce officielle du décès et l’absence de toute mention d’un numéro deux dans l’ordre de succession après la promotion de Sultan au rang de prince héritier. Maintenant que les hauts responsables, les chefs religieux et les représentants des diverses tribus ont fait acte d’allégeance, la voie paraît ouverte devant un virage en douceur. En effet, jamais el-Qaëda n’a autant semblé aux abois, réduite à des opérations ponctuelles qui ne menacent nullement la stabilité des capitales visées, encore moins la paix dans le monde. De plus, les rapports avec les États-Unis se sont grandement améliorés, après avoir traversé une zone de turbulences en raison des attaques du 11 septembre 2001. Enfin, les cours du pétrole atteignent des records historiques, permettant à Ryad d’engranger des bénéfices inespérés dont une partie est réinjectée localement. Pourtant, c’est Abdallah, devenu trois ans auparavant souverain de facto en raison de la maladie du roi, qui avait mis en garde les chefs d’État du Conseil de coopération du Golfe, réunis en décembre 1998 à Abou Dhabi, contre une trop grande dépendance à l’égard de l’or noir ; lui aussi qui, au cours de l’été de la même année et alors que le baril se traitait à 10 dollars, avait proposé à Washington de s’associer à eux dans l’exploitation des ressources de gaz naturel à des fins purement domestiques. C’est encore le même Abdallah qui avait enclenché des mesures destinées à consolider les assises du pays : création d’un Conseil suprême économique, d’un Conseil supérieur du pétrole, d’un organisme chargé d’étudier les causes de la pauvreté dans le royaume, d’une instance royale (encore en exercice) dont la mission consiste à contrôler les dépenses des milliers de princes que compte la grande famille des Saoud… Grâce à lui, le droit des femmes à une place plus large dans la vie active a été évoqué, de même que des élections ont permis de désigner la moitié des membres des conseils municipaux. Ce n’est pas assez ? Ce n’est pas peu non plus, quand on connaît la capacité de certains courants à faire de l’immobilisme un système de gouvernement. Dans un décret passé quasiment inaperçu lors de sa publication, en 1992, le roi Fahd avait stipulé que les dizaines de petits-fils du grand Abdel Aziz (ils seraient plus de soixante) avaient, tout autant que les « sept Soudeyri » et leurs demi-frères, le droit de prétendre au trône. Bandar et Khaled ben Sultan, Mohammed ben Fahd, Saoud et Turki ben Fayçal, Sultan ben Salman, Metaab ben Abdallah – sept, eux aussi – appartiennent à cette seconde génération d’héritiers qui attend de recevoir moins d’honneurs peut-être, mais davantage de responsabilités. Christian MERVILLE
Que ce soit un monarque, octogénaire de surcroît, qui se trouve appelé dès aujourd’hui à engager son royaume dans une gigantesque entreprise de modernisation, ce n’est pas là le moindre des paradoxes s’agissant d’une monarchie absolue qui en compte déjà un bon nombre. Qu’il doive, à cet effet, initier un train de mesures dans une conjoncture particulièrement délicate pour son pays, le Proche-Orient et même le monde entier, il n’y a là rien d’étonnant. Enfin, que les décisions appelées à être prises soient guettées avec, pour les uns, une impatience déjà perceptible, avec une inquiétude aisément justifiable pour les autres, quoi de plus normal tant il est vrai que ce qui touche l’Arabie saoudite concerne aussi – et aujourd’hui plus que jamais – ce village de plus en plus planétaire qu’est...