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Actualités - Opinion

LE POINT Ryadpolitik

L’ère officiellement ouverte hier avec l’annonce du décès de Fahd n’annonce certes pas une page comme les autres de cette geste née dans les sables du Roubh el-Khali qu’est l’histoire de la fabuleuse Arabie telle que nous la connaissons aujourd’hui. Rarement succession fut plus ouvertement annoncée, et depuis aussi longtemps, dans un pays où le plus anodin des événements, la plus petite phrase et jusqu’au plus bénin des chiffres revêt des allures de secret très vite entouré d’un halo de mystère. Jamais aussi n’aura paru plus saugrenue l’éternelle question qui, comme une antienne, revient à chaque fois que disparaît ici ou là une grande figure nationale : « Et maintenant ? » Dans les années vingt, raconte-t-on (ou bien s’agit-il, encore, d’une légende ?), un orientaliste lut sur le mur extérieur de la bâtisse où le grand Abdel Aziz recevait ses visiteurs, ces vers du poète al-Moutawakkil al-Leith : « Bien que de noble lignée / Nous ne devons rien à celle-ci / Comme nos ancêtres nous bâtissons / Et comme eux, jusqu’au bout. » Il s’en fit expliquer le sens profond par son illustre hôte, lequel aurait ajouté : « La dernière ligne aurait dû être : “Et nous faisons plus qu’eux”. » En faire davantage : voilà une expression qui aurait dû figurer sur les armoiries, si elle en avait eu, de la Maison al-Saoud. Depuis ces journées de 1926 qui virent la naissance du royaume du Hedjaz, puis l’année suivante celle du sultanat du Najd, la manne pétrolière a bouleversé le paysage mais non les usages. À Ryad comme à Djeddah, Dammam ou Dhahran, on construit à tour de bras, les cybercafés champignonnent, les hypermarchés aussi et les autoroutes étalent leur impeccable asphalte sur des kilomètres, encore des kilomètres. Cela, c’est pour le voyageur, qui observe d’un œil ébahi ce foisonnement de luxe et de gigantisme. Car derrière la façade outrageusement moderniste, le tableau est différent. Fervents adeptes du keynesianisme, les maîtres du pays ont investi des dizaines de milliards de dollars dans des mégaprojets dans le même temps qu’ils lançaient une vaste opération de privatisation des « majors » publiques. Tout le monde sait que, vers le milieu des années quatre-vingt et avec la chute des cours du pétrole, l’Arabie saoudite avait longtemps flirté avec le gouffre économique avant la providentielle envolée des prix sur le marché mondial qui lui a permis de redresser la barre sans pour autant réussir une relance véritable qui se serait traduite par une baisse du chômage (près de 20 pour cent de la population active) et davantage de régularité dans la croissance. C’est donc dans un ciel nuageux, certes, mais sans excès qu’éclate le coup de tonnerre du 11 septembre 2001. Abasourdi, le monde découvre l’identité de 15 des 19 exécutants des attaques contre les tours jumelles et contre le Pentagone. En l’espace de quelques semaines, les prix du pétrole entament une ascension dont on ignore encore à quel palier elle s’arrêtera – d’aucuns n’hésitent pas à évoquer la possibilité d’un baril à 150 dollars – tandis que l’Amérique feint de se détourner de son fidèle allié dans la région et qu’el-Qaëda s’engouffre dans la brèche ouverte avant de se heurter aux réactions musclées que l’on observe depuis deux mois. La semaine dernière, le prince Turki ben Fayçal, frère du ministre des Affaires étrangères, était muté de l’ambassade de Londres à celle de Washington et la presse américaine saluait en lui « l’homme qui connaît le mieux » l’organisation d’Oussama Ben Laden, qu’il avait combattue, avec l’efficacité qu’on connaît, à l’époque pas si éloignée où il dirigeait les services de renseignements. Installé de facto en 1995 à la tête du royaume, Abdallah aura bénéficié des divisions au sein du clan Soudayri pour asseoir son autorité, avant d’être formellement intronisé et d’imprimer un style de gouvernement fait de petits pas de préférence à des enjambées de géant qui pourraient s’avérer néfastes dans une société demeurée trop longtemps figée. Cet homme qui passait pour antiaméricain a été reçu à deux reprises par George W. Bush dans le ranch de Crawford, au Texas, et on n’est pas près d’oublier la photo de lui, prise en avril de cette année, marchant main dans la main avec le président US. Pour autant, existe-t-il une chance de voir, par exemple, la Maison-Blanche endosser son plan de paix adopté lors du sommet arabe de Beyrouth de mars 2002 ? Auparavant, il lui faudra mener à bien un vaste train de réformes, essentiellement politiques, en finir avec l’hydre terroriste, mater l’impatience des jeunes réformistes, dont certains princes, sans pour autant s’inspirer trop ouvertement du modèle occidental. Vaste programme. Christian MERVILLE

L’ère officiellement ouverte hier avec l’annonce du décès de Fahd n’annonce certes pas une page comme les autres de cette geste née dans les sables du Roubh el-Khali qu’est l’histoire de la fabuleuse Arabie telle que nous la connaissons aujourd’hui. Rarement succession fut plus ouvertement annoncée, et depuis aussi longtemps, dans un pays où le plus anodin des événements, la plus petite phrase et jusqu’au plus bénin des chiffres revêt des allures de secret très vite entouré d’un halo de mystère. Jamais aussi n’aura paru plus saugrenue l’éternelle question qui, comme une antienne, revient à chaque fois que disparaît ici ou là une grande figure nationale : « Et maintenant ? »
Dans les années vingt, raconte-t-on (ou bien s’agit-il, encore, d’une légende ?), un orientaliste lut sur le mur...