Ceux que l’Irak a divisés, voici que le Liban les réunit… Bien sûr que ce serait déformer jusqu’à la caricature la nature des rapports entre la France et Israël que de les ramener à une vision forcément simpliste des événements de ces deux dernières années. Même s’il est bien vrai que l’opposition de Paris à l’expédition contre Saddam Hussein avait été tout aussi mal accueillie, en son temps, que furent jugées favorablement les pressions sur la Syrie – conjuguées avec celles des États-Unis et d’autres puissances – pour l’amener à retirer ses troupes et ses moukhabarate du territoire de son voisin.
En fait, les raisons de la crise que viennent de traverser les relations entre les deux pays tout comme celles de leur soudain réchauffement sont à chercher ailleurs. D’abord dans une histoire dont les péripéties se sont toujours inscrites, dès le Moyen-Âge déjà, en dents de scie. Pour ne pas remonter aussi loin, on se rappellera l’affaire Dreyfus puis en 1967 la petite phrase du général de Gaulle sur « un peuple d’élite, sûr de lui et dominateur », qui continue à intervalles réguliers de faire couler pas mal d’encre. La sortie d’Ariel Sharon, en juillet de l’an dernier, sur l’atmosphère de haine qui souffle sur le Vieux Continent, et particulièrement l’Hexagone, ainsi que son invitation aux juifs pour qu’ils se hâtent de faire leur alya avaient porté la tension à son plus haut point.
Que l’on est loin de toute cette agitation aujourd’hui et combien agréables aux oreilles de Jacques Chirac ont dû résonner les paroles de son visiteur. Ainsi, le président français, qualifié de « l’un des grands dirigeants de ce monde », a « une profonde connaissance du Proche-Orient », mène « un combat très ferme contre l’antisémitisme » et est animé d’« une foi pleine et entière dans le renforcement des relations d’amitié profonde entre nos deux pays ». Deux hommes, pourrait-on dire, unis dans le malheur que trop souvent connaissent les fins de règne, dès lors qu’il s’agit, pour l’un, de réussir les derniers actes d’un mandat étalé sur douze ans, pour l’autre un démantèlement des colonies de peuplement à Gaza immanquablement appelé à laisser dans les cœurs beaucoup d’amertume, quand ce n’est pas de la haine. À cela s’ajoute le fait que la démarche d’Arik n’est pas dépourvue d’arrière-pensées. Outre son désir de gagner l’appui international le plus large possible à son plan de désengagement, il est à la recherche d’une participation de l’Europe à une économie palestinienne dont il aura été le principal démolisseur. Enfin, il est toujours bon de faire baisser la tension dans les relations avec cette bonne vieille Europe avant le retrait censé débuter (si tout va bien) vers la mi-août. C’est d’ailleurs, entre autres, pour cette raison que la visite – initialement, la date retenue était celle du mois prochain – a été avancée de trois semaines.
Et la « feuille de route » dans tout cela ? Dans la foulée de la rencontre d’hier, l’Élysée a fait savoir qu’il se tenait « aux côtés du peuple israélien et du peuple palestinien » pour une relance de ce plan de paix mis au point par le Quartette États-Unis-Russie-Union européenne-ONU, les Israéliens laissant aussitôt, pour la première fois depuis des décennies, transparaître leur désir de voir Paris assumer un rôle plus effectif dans le règlement du conflit régional. Cette remise en selle d’une diplomatie que Washington avait longtemps cherché à neutraliser, peut-être faudrait-il tenter d’en trouver l’une des explications dans la désastreuse tournure prise par la campagne d’Irak et dans les bonnes dispositions affichées depuis quelque temps par la Maison-Blanche à l’égard d’un allié « frenchie » pas toujours commode.
Après une brouille d’un an, l’État hébreu a fini par admettre une double évidence : prétendre vider la France de son demi-million de juifs et chercher à court-circuiter son rôle au niveau proche-oriental relève d’une mission impossible. Au plus fort de la crise suscitée par l’appel de Sharon, tant le Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) que le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives en France) avaient jugé qu’il venait de manquer une belle occasion de se taire. La démarche cette fois était moins maladroite, même si son bien-fondé pourrait sembler quelque peu douteux. Elle aura en tout cas porté en elle les germes d’une autre crise, moins lourde de conséquences celle-là, représentée par le froid né de la décision du leader du Likoud de ne pas donner suite à l’invite de son homologue japonais Junichiro Koizumi, trop occupé qu’il est, a fait savoir son ambassade à Tokyo, à préparer le retrait de Gaza.
L’important, n’est-ce pas, étant de garder constamment un ennemi en réserve.
Christian MERVILLE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ceux que l’Irak a divisés, voici que le Liban les réunit… Bien sûr que ce serait déformer jusqu’à la caricature la nature des rapports entre la France et Israël que de les ramener à une vision forcément simpliste des événements de ces deux dernières années. Même s’il est bien vrai que l’opposition de Paris à l’expédition contre Saddam Hussein avait été tout aussi mal accueillie, en son temps, que furent jugées favorablement les pressions sur la Syrie – conjuguées avec celles des États-Unis et d’autres puissances – pour l’amener à retirer ses troupes et ses moukhabarate du territoire de son voisin.
En fait, les raisons de la crise que viennent de traverser les relations entre les deux pays tout comme celles de leur soudain réchauffement sont à chercher ailleurs. D’abord dans une histoire dont...