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Actualités - Opinion

Le point Hammoura-bis

Cinquante pour cent des unités de la police en sont encore au stade de l’entraînement préliminaire et dans l’incapacité de mener sur le terrain une opération digne de ce nom; l’autre moitié est « en partie capable » de tenir tête à l’insurrection, mais seulement avec l’appui des troupes américaines. Concernant l’armée, la proportion des effectifs susceptibles de planifier, exécuter et soutenir une action de longue durée tombe à un tiers. Ragots propagés par des parties désireuses de contribuer à déstabiliser l’Irak et à porter atteinte au rôle des États-Unis dans la région ? Pas du tout : il s’agit là de l’essentiel du premier des rapports trimestriels que le Pentagone est tenu de soumettre à la Maison-Blanche et dont il vient de rendre public l’essentiel. Agrémenté de commentaires de Donald Rumsfeld, tel celui-ci : « Bien qu’ils subissent de lourdes pertes, les terroristes demeurent efficaces, s’adaptent et ont l’intention de poursuivre leurs attaques contre les civils et les responsables. » Dans le style coloré du bleu de l’optimisme auquel il nous a habitués, il est arrivé au secrétaire à la Défense de faire mieux. Ce n’est pas encore l’impasse, mais on y fonce tout droit au rythme actuel des attentats, qu’ils soient ciblés ou perpétrés à l’aveuglette par des kamikazes. En attendant, c’est la Constitution en cours d’élaboration qui risque de subir de graves dommages collatéraux. En début de semaine, Mijbil Cheikh Issa, membre d’une équipe de 15 sunnites contribuant, avec 56 de leurs collègues chiites et kurdes, à la rédaction de la Loi fondamentale, a été abattu dans cette « zone verte » placée sous la haute protection des troupes américaines. À bord de la voiture criblée de balles se trouvaient également Zamer Hussein, conseiller juridique du groupe, et un politicien de haut rang. Le lendemain, quatre de leurs collègues présentaient leur démission, paralysant du coup le travail du comité, avant même que le comité tout entier n’annonce la suspension de ses travaux. Initialement, il était prévu que le texte serait prêt au 1er août et que l’Assemblée provisoire disposerait d’un délai de deux semaines pour y apporter toute modification qu’elle jugerait nécessaire, avant le référendum appelé à se tenir au plus tard à la mi-octobre, puis les élections générales du 15 décembre qui permettront de désigner un nouveau gouvernement. Bien entendu, après la folle semaine que le pays vient de vivre, plus personne ne parle aujourd’hui de respecter ces délais. Le nouveau retard que menace de prendre le processus en cours n’est pas dû uniquement à l’état de la sécurité. Contrôle de la zone pétrolifère de Kirkouk, autonomie des différentes régions : les sujets de divergence ne manquent pas. Et il y a surtout les droits de la femme, une question sur laquelle butent les « pères fondateurs ». À première vue, l’Irakienne ne peut que se féliciter des conditions qui vont lui être réservées. Sauf que celles-ci ne seront reconnues que « dans le cadre de la charia », qu’il s’agisse de mariage, de divorce ou encore d’héritage. Il y a aussi cet alinéa disposant que les femmes doivent représenter le quart des membres du Parlement, qui n’a aucune chance d’être approuvé. Malgré l’insistance des Américains, pour qui « toute nation qui n’intègre pas de façon raisonnable la moitié de sa population commet une terrible erreur pour ce qui est de son avenir et de ses perspectives ». Malgré aussi le mouvement de protestation – bien timide pour l’heure – de 200 manifestantes rassemblées à grand-peine pour soutenir les revendications de leurs consœurs. Les législateurs irakiens ont voulu prendre leurs distances par rapport à la Constitution provisoire encore en vigueur et qui passe pour être d’inspiration nettement laïque puisque toute référence à la religion en avait été bannie. Seule concession qui pourrait être faite aux USA : l’islam serait reconnu comme « la principale (et non l’unique) source » du pouvoir, ce qui représente un progrès certain par rapport aux exigences de la tendance dure, à en croire Maryam el-Rayès, membre du comité de rédaction. Laquelle, il faut le reconnaître, n’a rien d’une Susan Sontag. Benjamin Franklin, Thomas Jefferson, Alexander Hamilton et leurs 52 collègues avaient planché quatre mois durant sur les textes fondateurs des États-Unis. Trois siècles plus tard, sur les lointaines rives du Tigre et de l’Euphrate, 71 personnalités ont deux mois à peine pour se prononcer sur des points aussi importants que le fédéralisme et l’identité d’une contrée autrefois appelée Babylone, qui donna au monde, sous l’impulsion d’un certain Hammourabi, un code qui suscite aujourd’hui encore l’admiration des juristes. C’était, il est vrai, il y a près de quarante siècles, quand l’Amérique ne dominait pas encore le monde. Christian MERVILLE
Cinquante pour cent des unités de la police en sont encore au stade de l’entraînement préliminaire et dans l’incapacité de mener sur le terrain une opération digne de ce nom; l’autre moitié est « en partie capable » de tenir tête à l’insurrection, mais seulement avec l’appui des troupes américaines. Concernant l’armée, la proportion des effectifs susceptibles de planifier, exécuter et soutenir une action de longue durée tombe à un tiers. Ragots propagés par des parties désireuses de contribuer à déstabiliser l’Irak et à porter atteinte au rôle des États-Unis dans la région ? Pas du tout : il s’agit là de l’essentiel du premier des rapports trimestriels que le Pentagone est tenu de soumettre à la Maison-Blanche et dont il vient de rendre public l’essentiel. Agrémenté de commentaires de Donald...