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Actualités - Opinion

Hommages et intérêts

L’indomptable Condoleezza Rice a de la suite dans les idées, puisqu’elle en est déjà à son troisième voyage au Proche-Orient depuis le début de cette année ; mais c’est aussi quelqu’un qui a un sens aigu des opportunités. Elle l’a montré hier en délaissant brièvement ses laborieuses discussions sur la prochaine évacuation de Gaza, entamées la veille en Israël, pour venir prodiguer pêle-mêle, à Beyrouth, ses condoléances et sa sympathie aux uns ; ses congratulations et son soutien aux autres. Et enfin ses fermes conseils, à un peu tout le monde cette fois. La secrétaire d’État US n’aurait pu choisir meilleur timing pour cette fugue libanaise. C’est la première fois depuis le départ des troupes syriennes qu’un responsable américain d’un rang aussi élevé vient saluer, sur place, la fantastique percée qui doit permettre au peuple libanais de prendre en main son propre destin. Que ce soutien massif des États-Unis soit proclamé alors que le nouveau gouvernement fait encore ses premiers pas est, de surcroît, fort significatif. Tout aussi révélateur, au demeurant, est le criminel acharnement avec lequel certaines forces de l’ombre s’emploient à bloquer la marche de l’histoire, à contrecarrer le processus de renaissance du Liban : la terreur n’a pas encore baissé les bras, et elle s’est chargée de nous le signifier hier même en s’en prenant aux noctambules de la rue Monnot. Quoi qu’il en soit, Condoleezza Rice n’a pas tari d’éloges sur les réformes politiques et économiques que se propose d’opérer l’équipe de Fouad Siniora. Mais elle a souligné aussi l’obligation qu’a le Liban de se conformer à la résolution 1559 de l’ONU stipulant le désarmement de ce même Hezbollah qualifié par Washington de terroriste et qui fait partie néanmoins du gouvernement. D’autant plus ciblé était ce message américain qu’il intervenait à quelques heures de l’adoption de la déclaration ministérielle, acrobatique document proposant rien moins en réalité que le mariage de l’eau et du feu : c’est-à-dire le respect de la légalité internationale, doublé d’un dialogue interne sérieux et approfondi, comme l’a affirmé Siniora devant son hôte US. Un autre moment fort de cette visite est l’injonction lancée à la Syrie afin qu’elle lève ses mesures vexatoires à la frontière et qu’elle retire la totalité de ses forces occultes du Liban. Sur ce point aussi, le programme gouvernemental appelé à être adopté aujourd’hui devra être formulé avec le subtil mélange de détermination et de souplesse que commandent, de concert, la dignité et l’intérêt de notre pays. Les entraves apportées par les autorités baassistes à la circulation des marchandises vers l’hinterland arabe n’étaient autre chose, au départ, qu’une mesquine manifestation de colère et de dépit. Avec les dernières déclarations de la ministre syrienne des Affaires sociales, c’est d’impudence (et d’imprudence !) qu’il convient plutôt de parler. Car lorsque la Syrie exige des dédommagements pour les ouvriers syriens assassinés, agressés ou dessaisis de leur gagne-pain au lendemain de l’attentat du 14 février, elle doit s’attendre à des réclamations cent fois, mille fois plus consistantes de la part de son voisin qu’elle a occupé, dont elle a bombardé les populations civiles, dont elle a pompé le sang des décennies durant. Ce n’est certes pas pour octroyer des circonstances atténuantes à Damas, mais il faut croire qu’en matière de dédommagements, l’outrance est monnaie courante dans cette partie du monde. Une fois de plus, un retrait israélien de territoires arabes – hier le Sinaï, demain Gaza – va coûter cher au contribuable américain. Le plan d’assistance US prévoit même des compensations pour les serres que laisseront derrière eux ces colons qui n’avaient nulle objection à s’installer, comme chez eux, sur les terres d’autrui. Détail qui dit tout : ces compensations seront défalquées de la somme réservée aux Palestiniens, qui ont perdu toutes leurs infrastructures sous les bombes israéliennes, c’est vrai, mais qui vont hériter… de bien jolies serres ! Issa GORAIEB
L’indomptable Condoleezza Rice a de la suite dans les idées, puisqu’elle en est déjà à son troisième voyage au Proche-Orient depuis le début de cette année ; mais c’est aussi quelqu’un qui a un sens aigu des opportunités. Elle l’a montré hier en délaissant brièvement ses laborieuses discussions sur la prochaine évacuation de Gaza, entamées la veille en Israël, pour venir prodiguer pêle-mêle, à Beyrouth, ses condoléances et sa sympathie aux uns ; ses congratulations et son soutien aux autres. Et enfin ses fermes conseils, à un peu tout le monde cette fois.
La secrétaire d’État US n’aurait pu choisir meilleur timing pour cette fugue libanaise. C’est la première fois depuis le départ des troupes syriennes qu’un responsable américain d’un rang aussi élevé vient saluer, sur place, la fantastique...