Laïcité à la libanaise
La laïcité en France vient de fêter ses 100 ans. En effet, le 3 juillet 1905, le gouvernement français édictait une loi instaurant la laïcité institutionnelle séparant l’Église de l’État et établissant que, dans la sphère publique, il n’y a pas de religion.
Le Liban, seul pays arabe n’ayant pas de religion d’État, et cela dès son indépendance, a adopté une autre conception de liberté, connue sous le nom de « laïcité ouverte ». En vertu de ce principe, toutes les familles libanaises sont représentées sur la scène politique. Et si le président de la République a été souvent maronite, le chef de l’Assemblée nationale chiite et enfin le président du Conseil sunnite, c’est uniquement dans le but d’organiser la société. Aujourd’hui, et malgré tous les changements menaçant des pays de la région, le Liban devra conserver cet esprit de cohabitation unique toujours au monde.
Antoine SABBAGHA
Un visage, un nom, une idée
Le roi est mort, vive le roi ! Les foules en délire ont la mémoire courte : toutes les décennies, elles, choisissent un messie, elles croient au miracle et ce jour-là, encore une fois, il s’appellera Hariri. C’est un visage nouveau mais un nom familier, et toutes communautés confondues se veulent rassurées.
Mais ce Liban qui reste païen n’a rien appris : cet accord de rédemption, ce n’est pas un même nom, vaillant c’est vrai, qui le libérera. C’est le choix conscient d’un peuple qui apprend à remplacer un visage par un nom, puis par une idée. Qui comprend que la liberté commence autour de l’articulation de cette même idée, par sa répétition, par sa transformation en principe démocratique indissoluble, jusqu’à en imprégner la source même de toutes les forces et de toutes les dissensions : l’éducation de nos générations futures.
Ce n’est pas un homme qui nous sauvera, c’est une idée démocratique, un programme qui se transmet et des générations à venir qui auront compris cette simple leçon de liberté.
Mona ALAMI
Vérité libanaise
À ceux qui viennent ou qui viendront au Liban pour chercher la vérité, bienvenue sur Vénus. Nous vivons dans un pays où la situation politique est incertaine.
Actuellement, personne ne s’intéresse à la vérité car personne n’a encore compris le vrai sens de ce mot. Tout le monde oublie les explosions, les assassinats et les victimes. La plupart des partis politiques ont réussi à exploiter le 14 février – et le 14 mars aussi.
Attention ! Notre pays n’appartient pas à la terre, car nous vivons sur une autre planète, un lieu où l’homme ne peut pas vivre.
Chers visiteurs, vous venez dans un pays complexe, un pays libéré des soldats étrangers mais toujours sous la domination de ces mêmes étrangers. Nous vivons sur une planète qui ressemble à Vénus, où l’oxygène de la liberté n’existe pas.
Si dans votre pays vous êtes habitués à respirer la liberté, amenez-en et faites attention, car dans notre pays ceux qui respirent la liberté risquent d’être assassinés. C’est le cas de Samir Kassir, de Georges Haoui et de beaucoup d’autres.
Bachir SOUEIDY
Séminariste
Et les carnages en Irak ?…
Oui, tout comme les autres Arabes, nous disons « enough, enough », suite aux attentats meurtriers de Londres. Mais assez c’est assez s’applique tout aussi bien pour les carnages quotidiens qui ont lieu en Irak.
Pour la plupart des civils, les pauvres Irakiens qui se font tuer ne font plus que les rubriques de troisième page de la presse internationale. Aurions-nous oublié que l’insurrection irakienne peut s’exporter au cœur même de ces pays qui ont formé l’Alliance, au nom de la libération de l’Irak, malgré la réticence de l’Onu, de la France, de l’Allemagne et de bien d’autres ?
Pourquoi s’étonner dès lors de voir les pays de l’Alliance être la cible de ces attentats, pourquoi l’Espagne, pourquoi la Grande-Bretagne, pourquoi pas la Suède ou la Norvège ?
Non ce n’est pas contre les valeurs occidentales de vie et de démocratie que ces attentats sont dirigés, c’est tout juste en représailles contre les pays de l’Alliance que ces bombardements sont commis. Et ce n’est pas un pur hasard si, au lendemain des attentats de Londres, l’Italie s’est empressée de dévoiler son plan de retrait d’Irak.
Jean-Claude DELIFER
Montréal, Canada
145 jours après…
145 jours que nos voitures sont parquées dans l’enceinte interdite de l’hôtel Saint-Georges.
Les responsables n’ont aucune idée quand elles seront restituées à leurs propriétaires.
Pourtant, les enquêteurs ont tout photographié, examiné à la loupe. Ils ont relevé les indices nécessaires autour des voitures.
Et après ? Devons-nous attendre que les coupables soient arrêtés pour reprendre possession de nos véhicules ? En quoi ces voitures bloquées encore en pleine rue peuvent-elles faire évoluer l’enquête ? Je croyais qu’avec l’arrivée de la commission d’enquête internationale, les choses seraient plus rationnelles. Je constate que c’est toujours la même routine : aucun respect pour le citoyen libanais et pour ses droits.
Sami MOURACADÉ
Assez de provocations verbales !
Cessons d’échauffer les esprits contre notre voisin arabe ! Oui, il faudra se faire à l’idée que le Liban a besoin de la Syrie, pour son gaz, le transit de nos marchandises, la visite des touristes et autres, et qu’il faudra tôt ou tard faire patte blanche.
Le Liban n’est pas une île. Et si le Liban est l’otage de la Syrie et d’Israël n’est-ce pas parce que la classe politique corrompue, aujourd’hui déguisée en anges, a été de connivence avec tous les vampires de la région pour sucer le pays et le laisser exsangue ?
Alors ayons le courage de clouer au pilori ces hommes politiques qui sont tout à fait dispensables plutôt que de nous en prendre à un pays voisin qui nous est et restera indispensable. À moins que nous ne nous sentions la vocation et la puissance de changer le régime de la Syrie. Le Liban est un petit pays sans grand pouvoir régional, qui a besoin plus que tout autre d’amis. Alors, cessons de donner l’impression à nos concitoyens que nous sommes des lions et que nous n’avons besoin de personne ! En toute humilité, acceptons ce que nous sommes et essayons d’en tirer le meilleur sans constamment attiser des haines supplémentaires dans une région déjà déchirée par la violence.
Fouad NAHAS
Montréal, Canada
Armes de destruction massive
Combien d’entre nous se sont gaussés, ont ironisé à ce propos en se félicitant parfois de l’échec de ceux qui prétendaient détenir les preuves de leur existence.
Pourtant, lorsque vous découvrez l’horreur des attentats de Madrid, puis de Londres, lorsque tous les jours la liste des civils tués en Irak s’allonge impitoyablement, lorsque des innocents sont fauchés, femmes et enfants, que des voitures piégées explosent aux quatre coins du monde aussi bien chez nous qu’ailleurs, sous le couvert de revendications que de telles actions ne peuvent justifier, il ne peut plus être question d’ironie ou de scepticisme. Les véritables « armes de destruction massive » les voici. Elles ont, hélas, des visages « humains ». Les stratèges s’étaient trompés quant à l’aspect qu’elles pouvaient revêtir !
Alain PLISSON
Du 14 juillet… au 14 mars
Pour la France, le 14 juillet (1789) demeure une date symbolique ayant marqué le tournant de son histoire et de son avenir.
Au Liban, le 14 mars 2005 demeurera à son tour une date privilégiée dans nos mémoires.
Opposés à un régime despotique, les Français avaient réagi à l’époque avec héroïsme. Plus qu’une révolution, ce fut une insurrection, ayant réussi à renverser le pouvoir et plus tard à porter ses fruits avec l’instauration d’un régime républicain répondant aux aspirations du peuple français.
Le 14 mars dernier, et après trente années d’occupation, plus d’un million de Libanais ont manifesté avec courage et détermination leur soif de liberté et d’indépendance.Une liberté presque recouvrée avec le départ quasi total des troupes syriennes. Reste à régler les questions épineuses entre nos dirigeants.
Vu la conjoncture actuelle, pour agir en bon patriote, il faudrait oublier les intérêts personnels afin d’éviter les erreurs du passé. Or la solution serait a priori de transcender les critères confessionnels.
Hilda DADOURIAN
Faut-il encore consulter le peuple ?
Le non de la France à la Constitution européenne nous envoie en pleine figure les limites et les contradictions de la pratique électorale dans les démocraties. Plus les années passent et de plus en plus vite cette pratique va causer des problèmes qui affecteront la planète entière, qu’il s’agisse de leaders qu’on se « choisit » – comme Bush en Amérique – ou d’un référendum qui refuse une Constitution pour les mauvaises raisons, sous prétexte que le texte n’est pas « parfait ».
Peut-on encore prendre le risque de consulter Monsieur et Madame-Tout-le-monde face à la logique la plus simple, celle de l’arithmétique du nombre, des impératifs et des défis de l’ère planétaire, quand le moindre nuage affecte le climat des pays avoisinants ?
Comment imaginer que la majeure partie des individus – du routier à l’avocat, en passant par tous les échelons sociaux et culturels – savent ce dont il s’agit vraiment, en connaissent les enjeux, mesurent les conséquences, etc. Bref, peut-on encore confier des décisions internationales à l’approbation d’individus ?
Gaby BUSTROS
Contrastes visuels et contrastes sociaux
J’arrive tout juste du Liban. Depuis 1980, j’y ai séjourné à plus de douze reprises. Toujours heureuse de faire mes valises pour aller m’approvisionner de soleil et de chaleur et par le fait même me dépayser, puisque je le suis toujours, même après tant de visites dans ce pays. J’ai fait le Nord au Sud, les Cèdres, la Békaa… et je demeure toujours profondément touchée et exaltée par les contrastes visuels. Mais ce que je n’arrive toujours pas à comprendre, ce sont les contrastes sociaux qui existent. D’un côté des revues et magazines qui me font penser que je suis dans la principauté de Monaco et de l’autre côté des conditions de vie des plus précaires.
J’ai pu suivre les élections tel un match de hockey où chacun y va de ses prévisions sur tel et tel joueur ou équipe. J’aurais cependant aimé, durant toutes ces discussions de politiciens, entendre parler d’enjeux qui sont, selon moi, primordiaux. J’ai subi comme tous ces Libanais les coupures d’électricité qui se faisaient de plus en plus nombreuses. Est-il possible d’arriver dans un aéroport des plus modernes, de voir toutes ces grandes voitures, d’avoir un centre-ville aussi majestueux et de ne pouvoir s’alimenter en électricité, souvent même en eau. D’après moi, les politiciens devraient davantage aborder ces enjeux qui sont à la base même d’une société qui se veut moderne et développée. La classe aisée devrait aussi ouvrir plus grandes ses œillères.
Julie RACINE
Ville de Québec - Canada
Mantes politiques
Politiciens et politiciennes – dont la présence est d’ailleurs de plus en plus palpable – sont vraiment d’étranges créatures, quelque peu semblables à ces mantes religieuses qui, poussées par leurs instincts de survie et de conservation de l’espèce, dévorent allègrement leur partenaire, celui-là même avec lequel elles venaient de copuler quelques instants plus tôt.
L’attitude hautement condamnable de ces femelles d’insectes indignes est toutefois discutable : elles ont pour excuse un impératif, celui de pourvoir aux besoins protéiques de l’embryon, nécessaires pour leur croissance et leur survie. Non, elles ne se réjouissent pas de devoir éliminer ce mâle individu qui, jusque-là, ne leur voulait que du bien. Il se pourrait qu’elles s’en trouvent même désolées, et qu’elles lui présentent leurs excuses les plus sincères, avant de l’avaler rapidement, d’un seul coup, afin ne pas sentir cet arrière-goût d’amertume qui leur remplit la bouche et le cœur.
Tel un Aoun qui se sépare douloureusement d’un Arslan et l’élimine, afin de se consacrer à des préoccupations plus cruciales (et plus nationales), tel un Joumblat, forcé de démolir un Salah Hneine, afin d’engendrer et de nourrir une autre mante (pas si religieuse, celle-là), ainsi nous apparaissent ces êtres étranges qui se trouvent constamment aux prises avec les plus ardus des dilemmes.
Nous en sommes absolument convaincus : cette obscène cruauté dont on accuse la mante religieuse n’est que défense, prudence et prévention.
Qui aime bien, châtie bien.
Maya CHEHAB
Psychologue clinicienne
Primum vivere…
Pour que nous puissions vivre dignement dans nos 10 452 précieux kilomètres carrés devenus souverains, nos honorables représentants fraîchement élus devront, contrairement à l’usage, chercher ce qui les unit plutôt que de mettre l’accent sur ce qui les sépare.
Pour y parvenir, la meilleure voie serait de trouver en commun des solutions aux préoccupations endémiques et communes à tous les citoyens.
Le cancer n’a pas de religion, pas plus que la pollution, l’encombrement, l’état d’insécurité sur beaucoup de nos routes, les pénuries d’eau et d’électricité, la montée dangereuse de la pauvreté et du désespoir dans la société libanaise… Trouver des solutions à ces problèmes est déjà tout un programme qui obtiendrait le soutien et l’accord de tous. En y ajoutant la recherche et l’exécution de projets garantissant notre autosuffisance alimentaire et énergétique, on aura pratiquement assuré l’idéal pour les quatre millions de citoyens qui n’ont que ce minuscule pays pour y gagner et passer leur vie.
Quant aux réformes, mieux vaut les réduire à leur minimum, mais les voir appliquées de façon radicale. Elles ne feront que stimuler les motivations des hésitants et celles de la diaspora tous azimuts.
Mihran PAMBOUKDJIAN
Une radio en panne d’inspiration
Le manque d’imagination de la majorité des radios me sidère. Il est déplorable d’entendre à répétition les mêmes chansons à succès (anglo-saxonnes surtout), anciennes comme nouvelles, comme si le choix manquait pour remplir les ondes. Tellement qu’on a l’impression que de prolifiques et talentueux artistes n’ont composé en tout et pour tout qu’une ou deux œuvres chacun, et que d’autres encore n’ont jamais rien produit.
Les radios rétorqueront qu’elles répondent de la sorte aux désirs des auditeurs et des commanditaires. Je répliquerais, quant à moi, qu’elles doivent faire preuve d’audace et d’autorité, et qu’il faut secouer les puces d’auditeurs pantouflards et de commanditaires pusillanimes.
Concrètement, je lance le défi suivant aux radios : pour rendre compte de la richesse et de la diversité de notre patrimoine musical, que durant toute l’année 2006 aucune œuvre ne soit entendue plus d’une fois. Voilà qui obligerait les programmateurs, pour notre plus grand plaisir, à ressortir des trésors oubliés (Willie Dunn, ça dit quelque chose à quelqu’un ?), et les auditeurs pourraient être mis à contribution pour les dénicher. Si le défi est trop grand à relever pour certaines radios, qu’elles s’autorisent alors à ne faire entendre plus d’une fois que les pièces récentes, tout en maintenant au moins l’embargo sur les autres.
Je fais le pari qu’avec cette radio renouvelée et relevée, les cotes d’écoute augmenteraient au lieu de diminuer (comme pourraient le craindre leurs propriétaires).
Sylvio LE BLANC
Montréal (Québec)
Adressez vos commentaires par fax (01/360390), par lettre (rubrique Courrier des lecteurs, boîte postale 2488) ou par mail : redaction@lorientlejour.com
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats