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Actualités - Opinion

LE POINT Danger, reconduction

Bien sûr qu’il ne s’agit pas de l’avenir politique de Karl Rove, encore moins de la carrière journalistique de Judith Miller. Quant à la James Bond en jupon, triste héroïne de cette sombre histoire, il y a deux ans déjà qu’elle ne prétend plus égaler les records de son illustre et so british prédécesseur, né jadis de l’imagination fertile de Ian Fleming. C’est du second mandat de George W. Bush qu’il est désormais question et les démocrates l’ont très vite compris, qui multiplient ces derniers temps les banderilles en prenant prétexte d’une affaire qui pourrait coûter la vie à une ex-honorable correspondante de la Central Intelligence Agency. Face aux assauts de leurs adversaires, les républicains font corps autour de leur chef et dénoncent « les attaques partisanes évidentes ». Tout cela pourrait en définitive ne constituer qu’une péripétie dans la longue lutte engagée entre les deux camps et dont l’objectif demeure la reconquête – ou la conservation – du pouvoir. Rappel des faits. Il y a deux ans très exactement, le 14 juillet 2003, Robert Novak révélait dans un article paru dans le Wasington Post et repris par des dizaines de publications (l’intéressé est un « syndicated columnist »), d’une côte à l’autre du pays, l’identité de l’épouse de l’ancien diplomate Joseph C. Wilson. Son nom, écrivait-il, est Valerie Plame et c’est une espionne pour le compte du gouvernement fédéral. Le camp des ultra conservateurs avait alors peiné à contenir sa joie : bien fait pour celle dont le mari avait conclu, à la suite d’une mission à lui confiée par la Maison-Blanche au Niger (où il avait représenté son pays), que l’Irak n’avait à aucun moment tenté d’obtenir auprès de ce pays des stocks d’uranium. L’ex-diplomate reconverti l’espace de quelques jours en serviteur de la cause du camp au pouvoir était allé plus loin : ses conclusions, il les avait publiées en juillet 2003 dans le New York Times, torpillant du coup le branlant amas de fausses preuves monté par l’Administration US pour lancer son attaque contre le régime de Saddam Hussein – ce qui en soi constituait déjà une remarquable performance. Très vite l’affaire prenait une tournure d’une gravité exceptionnelle puisque la révélation de l’identité d’un agent de la CIA encore dans l’active est assimilée à un crime fédéral passible d’une lourde peine de prison, en vertu d’une loi remontant à 1982 et appelée « Intelligence Identities Protection Act ». D’autant plus que Novak se disait en mesure d’affirmer que le nom de Wilson pour cette tâche nigériane avait été avancé par… sa propre épouse, ce qui jetait la suspicion sur son rapport. Mais, dira-t-on, quel rapport cela a-t-il avec la presse écrite américaine ? Eh bien, les précisions mal venues du journaliste avaient été recoupées par de nombreux confrères, dont Matthew Cooper de l’hebdomadaire Time et Judith Miller du vénérable NYT , lesquels s’étaient contentés d’évoquer à ce propos « des sources gouvernementales ». Résultat : depuis quelques jours, Miller se trouve incarcérée à l’Alexandria Detention Center pour refus de révéler ses sources d’informations et placée à son corps défendant au centre d’une polémique dont le thème principal est la liberté d’informer. Si l’opinion publique a souvent, sinon toujours, la mémoire courte, aux États-Unis ils sont systématiquement quelques-uns au moins à se charger de lui rappeler certaines vérités premières. Dont celle-ci par exemple : aucun des quinze derniers présidents à avoir été réélus n’a réussi un second parcours irréprochable. Ainsi, le grand Franklin Roosevelt s’était-il trouvé en 1937 au centre d’une vive controverse portant sur ses tentatives de faire nommer à la Cour suprême des juges favorables à sa politique sociale. Vingt ans plus tard, Dwight Eisenhower avait subi la double humiliation de voir les Soviétiques devancer son pays dans la conquête de l’espace, avec le lancement de leur Spoutnik et abattre un de ses avions-espions. Richard Nixon, lui, demeure à ce jour le seul président forcé à démissionner, plutôt que d’être destitué, à la suite du scandale du Watergate, une alternative à laquelle n’eut pas à se résigner Ronald Reagan, en 1985, pour l’affaire Iran-Contra, ni même, plus tard, Bill Clinton pour ses problèmes d’alcôve. Pourtant, soulignent certains historiens, le pays doit les réalisations les plus remarquables à des locataires de la Maison-Blanche qui avaient choisi de rempiler pour quatre nouvelles années, comme en particulier George Washington, Abraham Lincoln ainsi que les mêmes FDR et Reagan. Autant d’exceptions de nature peut-être à mettre un peu de baume au cœur de leur successeur. Christian MERVILLE

Bien sûr qu’il ne s’agit pas de l’avenir politique de Karl Rove, encore moins de la carrière journalistique de Judith Miller. Quant à la James Bond en jupon, triste héroïne de cette sombre histoire, il y a deux ans déjà qu’elle ne prétend plus égaler les records de son illustre et so british prédécesseur, né jadis de l’imagination fertile de Ian Fleming. C’est du second mandat de George W. Bush qu’il est désormais question et les démocrates l’ont très vite compris, qui multiplient ces derniers temps les banderilles en prenant prétexte d’une affaire qui pourrait coûter la vie à une ex-honorable correspondante de la Central Intelligence Agency. Face aux assauts de leurs adversaires, les républicains font corps autour de leur chef et dénoncent « les attaques partisanes évidentes ». Tout cela...