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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Rébus

Il y a portefeuilles et portefeuilles. Et il est de tradition que les blocs parlementaires se disputent avec le dernier acharnement les ministères les plus sensibles (les portefeuilles en croco ?) comme en fait actuellement l’expérience le Premier ministre désigné Fouad Siniora. Et pourtant, il devrait y en avoir assez pour tout le monde. Car au fil des ans, la gamme de ces ministères-clés s’est considérablement élargie, formant désormais un substantiel trousseau. Il y a toujours, bien sûr, les départements dits de prestige et de pouvoir, ou encore à caractère souverainiste : Intérieur, Finances, Défense, Affaires étrangères et Justice. Mais dans un pays comme le Liban où l’État est scandaleusement avare de ses prestations, même les plus élémentaires, les ministères dits de services n’étaient pas moins courus tout au long des dernières décennies. Dans la pire des éventualités en effet, il y a, dans les labyrinthes et méandres de ces administrations, matière à commissions, à détournements, à maquillage de factures ; et dans la meilleure, la plus bénigne des hypothèses, un ministre « de services » se trouve dans une position idéale pour… rendre service aux citoyens à l’abandon en privilégiant naturellement ses partisans et électeurs, réels ou potentiels. Il reste que l’empoignade qui entrave la formation du cabinet Siniora ne ressemble pas tout à fait à toutes les autres. Elle revêt un tour particulier, ne serait-ce que parce que depuis le départ des troupes syriennes, l’idée même de souveraineté, longtemps assoupie sinon lâchement occultée et même dénigrée, s’est enfin imposée aux esprits ; et aussi parce que de mémoire de Libanais, on n’a jamais vu la totalité des forces politiques animées de la même et sainte ardeur à proclamer la guerre contre la corruption et à réclamer des réformes. En faisant de la Justice son tout ou rien, Michel Aoun s’est fort imprudemment adjugé l’habit blanc du justicier. Imprudemment, en effet, car il peut très bien s’entendre rétorquer qu’il n’est pas seul qualifié pour cette tâche ; imprudemment surtout, parce que son impartialité – notamment pour ce qui est de l’ouverture d’enquêtes sur les scandales passés – s’est trouvée compromise par deux développements : son conflit aigu avec Walid Joumblatt, qui a fait du tsunami aouniste une idée fixe, une obsession ; et les alliances qu’a contractées le général, à la veille des dernières élections législatives, avec certaines figures politiques au passé des plus chargés. Cela dit, un ministre est loin d’être nanti d’une autorité absolue sur l’appareil judiciaire qu’il coiffe : et c’est évidemment tant mieux pour l’indépendance attendue, espérée de ce Troisième pouvoir qui a délivré à Aoun un non-lieu hier, avec le même naturel qu’il avait mis à l’accabler des charges les plus graves. On peut présumer, sur un autre plan, que le prochain ministre de la Justice, quel qu’il soit, ne pourra faire autrement que de veiller nuit et jour à la bonne marche des enquêtes sur les criminels attentats des derniers mois, aiguillonné qu’il sera en cela par la ferme volonté internationale. C’est pourquoi l’insistance du clan Hariri à s’assurer jalousement ce département n’est pas moins maladroite, et finalement inacceptable : découvrir et châtier les assassins, commanditaires ou exécutants, n’est pas seulement l’affaire de la famille, pour durement éprouvée qu’elle soit, mais celle du pays tout entier car c’est lui en définitive qui était visé. Plus grave dans ses implications, en tout cas, est le débat tournant autour de l’attribution du portefeuille des AE. Ces affaires-là redeviennent libanaises en théorie, pour la première fois depuis trois décennies, et notre diplomatie va devoir s’attaquer à deux rébus de taille. Le premier va consister à établir des rapports nouveaux avec une Syrie qui recourt déjà à des mesures vexatoires à la frontière, une détente réelle restant évidemment tributaire des conclusions de l’enquête sur l’attentat du 14 février. Le second rébus, et non le moindre, c’est la position de l’État face à cette résolution 1559 qui, au sein de la majorité parlementaire, suscite tant de diatribes enflammées chez les uns et tant de silences ambigus chez les autres. Étrangères assurément, elles ne laissent pas d’être âprement domestiques pour autant, ces fameuses affaires…

Il y a portefeuilles et portefeuilles. Et il est de tradition que les blocs parlementaires se disputent avec le dernier acharnement les ministères les plus sensibles (les portefeuilles en croco ?) comme en fait actuellement l’expérience le Premier ministre désigné Fouad Siniora.
Et pourtant, il devrait y en avoir assez pour tout le monde. Car au fil des ans, la gamme de ces ministères-clés s’est considérablement élargie, formant désormais un substantiel trousseau. Il y a toujours, bien sûr, les départements dits de prestige et de pouvoir, ou encore à caractère souverainiste : Intérieur, Finances, Défense, Affaires étrangères et Justice. Mais dans un pays comme le Liban où l’État est scandaleusement avare de ses prestations, même les plus élémentaires, les ministères dits de services n’étaient pas moins...