Malgré les menaces qui fusent dans le conflit gazier entre Kiev et Moscou, étroitement dépendants l’un de l’autre pour la fourniture de gaz et son transit, le risque que cette bataille affecte les livraisons vers l’Europe est quasi inexistant, assurent les experts.
La principale société de gaz ukrainienne Naftogaz a averti hier qu’elle pourrait ponctionner les exportations de gaz russe qui passent par son territoire vers l’Europe si le géant gazier russe Gazprom mettait en exécution sa menace de réduire ses livraisons de gaz à l’Ukraine.
« La situation actuelle n’affectera en aucun cas les volumes d’exportation vers l’Europe », assure Valeri Tchali, analyste du centre d’analyse économique Razoumkov à Kiev. « Ni l’Ukraine ni la Russie n’ont intérêt à mettre en doute la fiabilité des livraisons vers l’Europe », relève-t-il. « Quand on passe par un pays de transit, il y a toujours un risque », reconnaît Valeri Nesterov, analyste de la société d’investissements Troïka Dialog à Moscou.
Mais l’Ukraine ne va pas diminuer ses livraisons vers l’Europe car « elle veut apparaître comme un pays de transit fiable. Cela lui apporte beaucoup de revenus et en plus, il y aurait une forte pression internationale contre elle » au moment où elle veut se rapprocher de l’Union européenne, souligne-t-il.
La Russie et l’Ukraine sont étroitement dépendantes l’une de l’autre à cause de l’héritage du système gazier soviétique : 90 % des exportations de Gazprom (hors CEI) passent actuellement par l’Ukraine et 40 % du gaz consommé par les Ukrainiens vient de Russie.
Kiev, qui achète aussi la quasi-totalité de son pétrole en Russie, tente de diversifier son approvisionnement énergétique, mais le gaz turkmène qui assure 40 % de sa consommation passe aussi par les gazoducs de Gazprom, clef de voûte du transport gazier dans toute la CEI. Ce conflit de voisinage récurrent a enflé depuis que le prooccidental Viktor Iouchtchenko a vaincu le candidat de Moscou lors de l’élection présidentielle de fin 2004 en Ukraine.
La dernière bataille a été déclenchée par une demande de Gazprom à Kiev de lui rembourser 7,8 milliards de mètres cubes de gaz stockés dans des réservoirs souterrains en Ukraine et inaccessibles pour des raisons techniques.
Les deux parties ne pouvant se mettre d’accord sur le montant du remboursement, Gazprom a annoncé unilatéralement à Naftogaz qu’il allait réduire d’autant ses livraisons de gaz dues à l’Ukraine en échange du transit. « De telles restrictions pourraient mener à une baisse parallèle des livraisons vers les consommateurs européens », a rétorqué Naftogaz dans un communiqué.
Valeri Tchali estime que Moscou exerce une pression politique pour placer le gouvernement ukrainien dans une situation inconfortable avec un risque de déficit énergétique cet hiver, alors que des élections législatives se profilent en mars prochain en Ukraine.
Mais à Moscou, Valeri Nesterov souligne les contradictions de la position ukrainienne : « D’un côté, l’Ukraine veut être indépendante et d’un autre côté, continuer de bénéficier de réductions de la Russie sur le prix du gaz » comme les États alliés de Moscou.
Gazprom devrait réduire dans le futur sa dépendance envers le transit ukrainien avec la mise en service du gazoduc Iamal-Europe via le Belarus et la Pologne, et à l’horizon 2010 avec la mise en service du gazoduc nord-européen qui fera transiter le gaz russe sous la mer Baltique jusqu’en Allemagne, son principal client, et à terme jusqu’à la Grande-Bretagne.
Dans l’intervalle, « il y a une dépendance mutuelle et l’obligation de trouver un accord, souligne Valeri Nesterov. Et je ne pense pas que l’Europe ait des raisons de s’inquiéter. »
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Malgré les menaces qui fusent dans le conflit gazier entre Kiev et Moscou, étroitement dépendants l’un de l’autre pour la fourniture de gaz et son transit, le risque que cette bataille affecte les livraisons vers l’Europe est quasi inexistant, assurent les experts.
La principale société de gaz ukrainienne Naftogaz a averti hier qu’elle pourrait ponctionner les exportations de gaz russe qui passent par son territoire vers l’Europe si le géant gazier russe Gazprom mettait en exécution sa menace de réduire ses livraisons de gaz à l’Ukraine.
« La situation actuelle n’affectera en aucun cas les volumes d’exportation vers l’Europe », assure Valeri Tchali, analyste du centre d’analyse économique Razoumkov à Kiev. « Ni l’Ukraine ni la Russie n’ont intérêt à mettre en doute la fiabilité des livraisons...