Né en Cappadoce de parents chrétiens, Georges, officier dans l’armée romaine, traverse un jour une ville terrorisée par un redoutable dragon qui dévore tous les animaux de la contrée et exige des habitants un tribut quotidien de deux jeunes gens tirés au sort. Georges arrive le jour où le sort tombe sur la fille du roi, au moment où celle-ci va être victime du monstre. Georges engage avec le dragon un combat acharné ; avec l’aide du Christ, il finit par triompher. La princesse est délivrée et, selon certaines versions, dont celle de la « Légende dorée », le dragon, seulement blessé, lui reste désormais attaché comme un chien fidèle.
Saint Georges, saint tutélaire de Beyrouth. Saint Georges, le gouffre qui a englouti Rafic Hariri et ses compagnons. Saint Georges, la cathédrale grecque-orthodoxe de Beyrouth. Saint Georges, la cathédrale maronite de Beyrouth. Saint Georges est partout dans Beyrouth. Chevalier de légende à la lance brisée, il a sauvé une princesse et terrassé un dragon qui n’est même pas mort, qui le suit partout. Que faire d’un dragon qui vous suit partout ? Voilà notre héros.
L’âge que nous vivons est obscur. Le passé n’est pas tout à fait révolu. L’avenir peine à prendre forme. Le présent est un chaos entre promesses et déceptions, enthousiasme et désespoir, terreur et foi, misère et prospérité. À défaut de repères, il nous faut des racines pour continuer à vivre. Le passé nous en propose parfois. Il nous donne saint Georges pour comprendre Beyrouth.
Qui a tué Hariri ? Qui a tué Fleyhane ? Qui a tué Kassir ? Qui a tué Haoui ? La réponse classique est de déterminer à qui profite le crime. Mais à qui profite le crime quand le suspect n’en profite pas ? À celui qui l’a commis pour faire croire qu’un autre l’a commis ? Ou à celui qui l’a commis pour faire croire qu’il a été commis par quelqu’un qui a intérêt à faire croire que le meurtrier est bien celui que l’on croit ? Bonne chance. À défaut de mobile évident, on s’intéresse à la nature de la victime. Les serial-killers ont leur type : blondes fragiles, brunes effrontées, rousses éthérées. Le nôtre tape sur les bâtisseurs, les intellectuels, les démocrates, les libres-penseurs, les rares séducteurs de l’opinion publique. Et les victimes ont en commun leur amour passionné de Beyrouth.
Beyrouth, ville saint Georges à la lance brisée. Ville héroïne de toutes les causes justes. Ville tueuse qui croit apprivoiser son ennemi. Ville de violence et d’infinie douceur. Il n’est pas mort, le dragon. Il suit saint Georges comme un petit chien. Ombre encombrante, double terrifiant. Beyrouth, ville dragon, ville cannibale qui exige encore son tribut de vies humaines. Beyrouth dévore ceux qui se prennent à l’aimer. Mais oui, c’est Beyrouth qui les a tués.
Fifi ABOU DIB
Né en Cappadoce de parents chrétiens, Georges, officier dans l’armée romaine, traverse un jour une ville terrorisée par un redoutable dragon qui dévore tous les animaux de la contrée et exige des habitants un tribut quotidien de deux jeunes gens tirés au sort. Georges arrive le jour où le sort tombe sur la fille du roi, au moment où celle-ci va être victime du monstre. Georges engage avec le dragon un combat acharné ; avec l’aide du Christ, il finit par triompher. La princesse est délivrée et, selon certaines versions, dont celle de la « Légende dorée », le dragon, seulement blessé, lui reste désormais attaché comme un chien fidèle.
Saint Georges, saint tutélaire de Beyrouth. Saint Georges, le gouffre qui a englouti Rafic Hariri et ses compagnons. Saint Georges, la cathédrale grecque-orthodoxe de Beyrouth....
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