Ils étaient, durant des années – à l’heure où beaucoup préféraient se trouver un petit coin de paradis sous l’ombrelle syrienne, ou, à tout le moins, se taire et se voiler la face – le porte-étendard de la lutte contre l’occupation syrienne. Comme chaque année, ils ont tout donné en 2005 pour le rétablissement de la souveraineté et la défense des libertés publiques, au détriment des nombreuses heures de cours ratées. Ils avaient espéré qu’avec le retrait syrien, tout serait accompli, qu’ils pourraient enfin se reposer, déchargés du plus grand fardeau qui puisse être. Mais le cours des événements semble en avoir décidé autrement.
Les étudiants devraient en principe être plongés dans la préparation de leurs examens de fin d’année, afin de profiter de l’été après avoir fait le printemps, avec un courage exemplaire. Cependant, les élections législatives et le simili-climat de crise politique, qui a prévalu durant un mois, ainsi que la vague d’assassinats, qui ravage le pays, ont été suffisants pour détourner quelque peu l’attention des jeunes. D’autant que les victimes sont des personnalités politiques qui ont toujours eu des contacts étroits avec le mouvement estudiantin.
Samir Kassir était en effet l’un des principaux soutiens du mouvement estudiantin. Il était en contact permanent avec les cadres de ce mouvement et jouait un rôle critique, qui était d’un apport qualitatif essentiel pour le développement de la dynamique estudiantine. Au lendemain de la libération d’Arnoun par les étudiants de gauche, en 1999, il avait ouvert le plateau d’une émission qu’il animait à l’époque sur Télé-Liban à quelques jeunes leaders, œuvrant sur les deux fronts antisyrien et anti-israélien, pour leur permettre de défendre leur cause. Peu de journalistes peuvent s’enorgueillir d’avoir fait, à l’époque, la même chose avec les jeunes. Et il avait poursuivi sa mission, au fil des années, suscitant des débats sur l’expérience du mouvement estudiantin des années 60 et 70 au Liban, incitant systématiquement les jeunes à garder leur dynamisme, mais loin des idées reçues et des dogmes. Dans le même esprit, Georges Haoui n’hésitait pas à rencontrer les jeunes qui souhaitaient le voir. Il était toujours prêt au dialogue et au débat, dans le plus pur esprit des vieux routiers de la gauche, prêt à remettre en question son expérience.
« Lan Touaad. Cela ne se répètera pas. » C’est autour de ce slogan que les étudiants de l’USJ avaient fondé leur campagne lorsqu’ils avaient pris le chemin de la place des Martyrs, en février dernier. Ils faisaient allusion à la violence et à la guerre, et exprimaient ainsi, dans une formule hautement civique, leur volonté de barrer la route à toute résurgence de la barbarie. Mais la barbarie se répète aujourd’hui, à vingt jours d’intervalle (jusqu’à quand ?), et les Libanais se demandent passivement – mais que peuvent-ils faire de valable, tant que le pays est complètement à découvert ? – qui sera la prochaine cible des tueurs. Et les étudiants ne pensent plus vraiment à leurs examens. Avec chaque meurtre, c’est leur rêve d’avenir, celui qu’ils ont fait le 14 mars, qu’on tue tous les jours un peu plus.
Michel HAJJI GEORGIOU
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ils étaient, durant des années – à l’heure où beaucoup préféraient se trouver un petit coin de paradis sous l’ombrelle syrienne, ou, à tout le moins, se taire et se voiler la face – le porte-étendard de la lutte contre l’occupation syrienne. Comme chaque année, ils ont tout donné en 2005 pour le rétablissement de la souveraineté et la défense des libertés publiques, au détriment des nombreuses heures de cours ratées. Ils avaient espéré qu’avec le retrait syrien, tout serait accompli, qu’ils pourraient enfin se reposer, déchargés du plus grand fardeau qui puisse être. Mais le cours des événements semble en avoir décidé autrement.
Les étudiants devraient en principe être plongés dans la préparation de leurs examens de fin d’année, afin de profiter de l’été après avoir fait le printemps,...