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Actualités - Opinion

Pour un discours moins manichéen

En plébiscitant Michel Aoun, les chrétiens ont-ils voté pour le passé, comme l’affirme Walid Joumblatt ? Ce qui est sûr, c’est qu’ils ont voté contre un style d’action qui les a déroutés. Ils ont voté contre les contorsions politiques, et pour plus de transparence. Car ce que les analystes peuvent comprendre, le peuple, tout un chacun, ne le peut. Ces virages vers le patriarche maronite, puis vers le Hezbollah, puis vers le mouvement Amal, puis vers les États-Unis, puis loin des États-Unis, puis pour la 1559, puis contre la 1559, pour se stabiliser enfin sur Taëf, avec quelques points de suspension… voilà ce qui a dérouté l’opinion. À cela se joint aussi l’apathie de leaders chrétiens tenus par leur devoir de solidarité, qui n’ont pas su rassurer les chrétiens quand le vent confessionnel leur a soufflé, plus ou moins explicitement : vous êtes à découvert, alors que toutes les autres communautés ont leur chef et vous mènent où elles veulent. Tout le monde le dit désormais, le général Michel Aoun incarne bien une aspiration à un leadership fort dont l’absence complexait les chrétiens. Par sa capacité de mobilisation, Michel Aoun a rassuré. Walid Joumblatt avait bien raison, de son point de vue, de vouloir retarder son arrivée et l’empêcher d’interférer dans son plan de campagne, qui excluait toute discordance au sein de l’opposition. Son intention était peut-être de préserver le joyau de la convivialité qui a brillé de tous ses feux, le 14 mars, de gagner le Hezbollah à la bataille de l’indépendance, de le forcer à admettre que le devoir d’ingérence de la communauté internationale s’imposait, que sans elle le Liban s’atrophiait et était sur le point de perdre conscience. Mais une fois de plus, et on ne le redira jamais assez, les discours parallèles que tiennent l’opposition et le général Aoun ne doivent pas s’exclure, mais s’additionner. Ces deux lectures de l’histoire se superposent et ne s’annulent pas l’une l’autre. Et une fois de plus, il faut souligner combien le combat de ces deux courants, et en particulier du leadership musulman au Liban, répondait à des conditions différentes et commandait des stratégies différentes. Nous avons tous été témoins de l’héroïsme des militants du Courant patriotique libre, tout au long des années de la guerre. Quand d’autres, comme Walid Joumblatt, se sont assoupis, « anesthésiés », ils ont gardé intacte la flamme de la liberté. Mais il faut garder à l’esprit l’autre moitié de la vérité. Saadeddine Khaled, fils du mufti Hassan Khaled, assassiné durant la guerre, a révélé à quel degré d’asservissement était tenue la caste politique sunnite au Liban, obligée de rendre compte de ses moindres faits et gestes politiques, quand ce n’était pas de demander les autorisations nécessaires pour voir telle ou telle personnalité. C’est au mufti Khaled que cette parole terrible est attribuée : « Beyrouth-Ouest est bombardée à partir de Beyrouth-Ouest. » C’est lui qui est mort déchiqueté, quelque temps après l’avoir chuchotée, dans l’explosion d’une voiture piégée placée sur son itinéraire. Certes, nous sommes en pleine campagne électorale, et les déclarations à l’emporte-pièce sont inévitables. Mais elles ne doivent pas être de règle. Du général Aoun, de Walid Joumblatt, de tous leurs lieutenants, de tous leurs alliés, nous devons exiger un discours tout aussi fort, mais moins manichéen. Ces sens de la mesure et de la nuance, alliés pourtant à une grande rigueur, qui sont ceux d’un Nassib Lahoud, sont plus que jamais nécessaires. Et dans tous les règlements de comptes auxquels nous sommes ou serons appelés à assister, il faudra garder l’esprit clair et faire toujours la différence entre ce qu’un homme d’État aurait dû faire et ce qu’il a pu faire, dans des circonstances précises, pour faire prévaloir le moindre mal. C’est là l’unique manière de juger équitablement une action politique et cette règle doit s’appliquer à tous. L’histoire ne nous a que trop souvent appris combien l’exigence trop stricte de justice peut conduire à l’injustice et à la terreur. Espérons qu’après les élections, la raison et le bon sens prévaudront. Le 14 mars est la preuve que le Liban existe. Prouvons-le à nouveau. Fady NOUN
En plébiscitant Michel Aoun, les chrétiens ont-ils voté pour le passé, comme l’affirme Walid Joumblatt ? Ce qui est sûr, c’est qu’ils ont voté contre un style d’action qui les a déroutés. Ils ont voté contre les contorsions politiques, et pour plus de transparence. Car ce que les analystes peuvent comprendre, le peuple, tout un chacun, ne le peut. Ces virages vers le patriarche maronite, puis vers le Hezbollah, puis vers le mouvement Amal, puis vers les États-Unis, puis loin des États-Unis, puis pour la 1559, puis contre la 1559, pour se stabiliser enfin sur Taëf, avec quelques points de suspension… voilà ce qui a dérouté l’opinion. À cela se joint aussi l’apathie de leaders chrétiens tenus par leur devoir de solidarité, qui n’ont pas su rassurer les chrétiens quand le vent confessionnel leur a...