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Actualités - Opinion

LE POINT Force d’inertie

Flanqué d’un interprète, Sean Penn couvre de notes les pages de son calepin pendant que 6 000 étudiants scandent en chœur « Mort à l’Amérique ! » et que l’imam de la prière, l’ayatollah Ahmed Jannati, les invite à voter « pour enrager le grand Satan ». Surréaliste, la scène ? On est à Téhéran, en cette veille d’élection, c’est-à-dire dans une ville et à un moment que n’aurait pas désavoués feu Alfred Jarry lui-même. Après l’Iran, le héros de 21 Grams et de Mystic River enquête pour le compte du San Francisco Chronicle sur la consultation qui doit se tenir vendredi 17 juin. Autre lieu, autre scène. Dimanche, trois cents femmes ont manifesté aux cris de « À bas les dictateurs », « Libérez les prisonniers politiques » et — sacrilège — « Parlez moins de la Palestine et plus de l’Iran », se colletant par moments avec la police. À Washington où on ne fait pas dans la dentelle dès lors qu’il s’agit de l’Iran (et pas seulement de l’Iran…), les maîtres à penser de George W. ont décrété que l’issue de cette neuvième présidentielle depuis la révolution de 1979 était jouée d’avance puisque les douze sages formant le Conseil des gardiens ont soigneusement sélectionné les huit prétendants, choisis dans une liste de 1 014 noms, dont ceux de 89 femmes, bien entendu exclues d’office. L’attitude des Américains aurait-elle été différente si la République islamique avait assoupli quelque peu son attitude concernant son programme nucléaire ? Voilà une question sur laquelle, le moment venu, se pencheront longuement les politologues. Pour l’instant, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hamid Reza Assefi, se contente de tourner en ridicule les jugements à l’emporte-pièce de Washington, où « certains se plaisent à tirer les tarots ». Et c’est bien vrai qu’en Occident surtout, on a commencé il y a quelque temps à prendre des paris sur le successeur de Mohammed Khatami. Il pourrait s’agir pour les uns d’un ultra, Mahmoud Ahmadinejad, Ali Lairijani ou encore Mohammed Baqer Qalibaf ; pour les autres, du réformateur Mostafa Moïn ; et pour un troisième camp, du pragmatique Ali Akbar Hachémi Rafsandjani, qui dirigea l’État entre 1989 et 1997. Grand favori des foules, celui-ci est loin d’être dans les bonnes grâces du guide suprême, Ali Khamenei, son obligé pourtant puisqu’il lui doit son poste actuel et qu’en aucun cas ne saurait être remis en cause le principe sacro-saint du « velayat-e faqih » qui institue la primauté de l’autorité religieuse. La crainte évoquée par tout un chacun est précisément de voir les mollahs paralyser l’action de l’État, comme ce fut le cas tout au long des années écoulées, malgré les promesses d’ouverture sur l’Ouest et le fameux « dialogue des civilisations », resté sans lendemain. Pourtant, les dossiers en suspens s’épaississent dangereusement. Il y a d’abord la nécessité de libéraliser une économie asphyxiée par les monopoles et les cartels, le taux inégalé de chômage surtout au sein d’une jeunesse qui a depuis longtemps dépassé le seuil des 55 pour cent de la population, le double défi représenté par une urbanisation sauvage et une démographie galopante, enfin le poids des familles des 500 000 victimes de la longue guerre contre l’Irak de Saddam Hussein. À tous ces problèmes, la « mollacratie » au pouvoir a opposé jusqu’à présent une force d’inertie qui a laissé des traces profondes dans toutes les strates de la société. Pour surmonter tous ces handicaps, il faudrait commencer par instaurer un débat à la fois politique et populaire, une initiative impensable sans un début de dégel dont on voit mal comment il pourrait être enclenché. Surtout si, ainsi que le prouvent les incidents survenus ces dernières quarante-huit heures, les attentats devaient reprendre sur une large échelle, après de longues années de relative accalmie. Quatre explosions dans la ville pétrolière d’Ahvaz, une bombe dans la capitale et un total de dix morts, il y a là de quoi inquiéter un régime agrippé à ses prérogatives, menacé d’être mis au ban de la communauté internationale et soucieux de donner de lui une image de respectabilité que l’opinion interne elle-même s’acharne à lui dénier. Sans doute faudrait-il voir dans les attentats du week-end beaucoup plus que l’œuvre d’une organisation d’opposants — Moujahidine du peuple, Front populaire et démocratique des Arabes du Khuzestan ou autres — ou d’un groupe de désespérés mais certainement moins qu’une entreprise de déstabilisation appelée à déboucher sur une vaste conflagration qui embraserait le pays. Dans l’Irak voisin, des chiites sont aux commandes, qui prônent un système dans lequel l’islamisme affiche un visage différent. Et le danger de la contagion, ici plus qu’ailleurs, demeure grand… Christian MERVILLE

Flanqué d’un interprète, Sean Penn couvre de notes les pages de son calepin pendant que 6 000 étudiants scandent en chœur « Mort à l’Amérique ! » et que l’imam de la prière, l’ayatollah Ahmed Jannati, les invite à voter « pour enrager le grand Satan ». Surréaliste, la scène ? On est à Téhéran, en cette veille d’élection, c’est-à-dire dans une ville et à un moment que n’aurait pas désavoués feu Alfred Jarry lui-même. Après l’Iran, le héros de 21 Grams et de Mystic River enquête pour le compte du San Francisco Chronicle sur la consultation qui doit se tenir vendredi 17 juin. Autre lieu, autre scène. Dimanche, trois cents femmes ont manifesté aux cris de « À bas les dictateurs », « Libérez les prisonniers politiques » et — sacrilège — « Parlez moins de la Palestine et plus de...