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Actualités - Opinion

IMPRESSION Godot et le trottoir

Ce matin, un homme faisait le tour de sa voiture, drôlement penché, les mains sur les jambes. Aussitôt, les concierges sont accourus. Soupçonnait-il la présence d’une bombe ? Dans son regard, tout l’embarras et tout l’étonnement du monde. Non. Un oisillon est tombé de l’arbre. Il est trop petit pour s’envoler. C’était juste pour vérifier qu’il s’était éloigné des roues avant de démarrer. Un peu plus haut, le garagiste sans garage arrange devant de son échoppe des roses de Noël en plastique dans le creux d’un petit poteau. Depuis qu’il lui est interdit d’exercer son métier dans ce quartier résidentiel, il opère sur le terrain. Son atelier n’est plus qu’un poste d’urgence où il peut faire la sieste aux longues heures où personne n’a besoin de lui. À l’entrée des bureaux du journal, l’intendance trie le courrier en discutant des élections dans la langue du tiercé. Des mots fusent : chiites, sunnites, maronites, orthodoxes, arméniens, druzes. Des hommes, des femmes, des sensibilités figées en termes de sièges, de nombre, de listes. Le jeu ressemblerait plutôt au Maillon faible, cette émission agaçante dont on exclut arbitrairement les plus brillants de peur qu’ils ne raflent la mise. On dit que le week-end sera chaud, que les dés ne sont pas joués d’avance. Pour une fois qu’il y a des inconnues pour pimenter la partie. Mais l’enjeu ? C’est vous et moi, l’enjeu qui appelle de ses vœux un après. Déjà le mois de juin, bientôt les grandes vacances, nous n’avons pas senti l’année passer. De traumatismes en exaltations, de chocs en reprises, de deuils en compensations, notre équilibre en a pris un coup, et l’optimisme est notre plus grande audace. Pourtant c’est là que réside l’âme quand on croit avoir tout perdu. Que ferez-vous pour protéger la vôtre ? Mon voisin tourne autour de sa voiture en quête d’un oisillon. Et le garagiste plante un bouquet en plastique rouge dans un piquet du trottoir. Dans ces petits riens, tout l’appel de la vie, et l’ineffable poésie de l’attente. Fifi ABOU DIB
Ce matin, un homme faisait le tour de sa voiture, drôlement penché, les mains sur les jambes. Aussitôt, les concierges sont accourus. Soupçonnait-il la présence d’une bombe ? Dans son regard, tout l’embarras et tout l’étonnement du monde. Non. Un oisillon est tombé de l’arbre. Il est trop petit pour s’envoler. C’était juste pour vérifier qu’il s’était éloigné des roues avant de démarrer. Un peu plus haut, le garagiste sans garage arrange devant de son échoppe des roses de Noël en plastique dans le creux d’un petit poteau. Depuis qu’il lui est interdit d’exercer son métier dans ce quartier résidentiel, il opère sur le terrain. Son atelier n’est plus qu’un poste d’urgence où il peut faire la sieste aux longues heures où personne n’a besoin de lui.
À l’entrée des bureaux du journal,...