Rien ne peut consoler de la perte de l’ami, de l’historien, du journaliste ! Tout dans son assassinat nous révolte, nous scandalise, nous anéantit. Il ne serait pas décent d’évoquer une fois de plus l’exemplarité de son combat et de son courage, le symbole de son action, pour en faire un martyr et dire que sa mort va renforcer la lutte de ceux qu’il a soutenu et atténuer ainsi l’absurdité de sa mort. Si violente, si insupportable à imaginer, elle fait voler en éclats la raison de sa lutte !
Samir Kassir, amoureux de la vie, est victime de cet amour qui dérangeait ceux uniquement tournés vers la culture de la mort. Pénétré par les idées de « la Gauche démocratique », il est certainement victime aussi d’intérêts politiques internes et externes. La disparition de Samir Kassir nous laisse encore plus désespérés de voir changer les choses. Mariant la connaissance du Moyen-Orient et celle de l’Europe occidentale, il espérait toujours que le malheur arabe pourrait bientôt faire émerger une nouvelle renaissance arabe ! Son rêve a été fracassé et déchiqueté comme lui, physiquement et symboliquement. Sa mort nous contraint à regarder en face ces forces de désintégration qui, au Moyen-Orient peut-être plus qu’ailleurs, nous menacent actuellement de désarticulation mentale, d’interdiction de penser. Comment peut-on vivre l’insoutenable, écartelés que nous sommes entre le rythme de notre histoire, les blocages de nos structures mentales, le cynisme et la corruption, et par ailleurs le monde dit « moderne » ? Ce monde dont on veut nous imposer les valeurs superficiellement, comme des cataplasmes inopérants, alors que sont à l’œuvre dans nos pays des pouvoirs politiques autocratiques à l’intérieur et des puissances extérieures dominantes.
Samir Kassir proclamait haut et fort qu’il croyait à l’apport bien compris de ces valeurs bien avant qu’on veuille nous les imposer de l’extérieur, il voulait résoudre la quadrature du cercle, il conjuguait la vigueur de l’action et la lucidité de la pensée, et « on » l’a fait taire. En le tuant, ce sont les blocages de nos sociétés qu’on veut camoufler, et tout le désenchantement demain de la jeune sève qui monte, transformée en graine de violence. En le tuant, c’est la parole libre qu’on assassine pour continuer à enrégimenter les esprits et les cœurs.
Gérard KHOURY
Rien ne peut consoler de la perte de l’ami, de l’historien, du journaliste ! Tout dans son assassinat nous révolte, nous scandalise, nous anéantit. Il ne serait pas décent d’évoquer une fois de plus l’exemplarité de son combat et de son courage, le symbole de son action, pour en faire un martyr et dire que sa mort va renforcer la lutte de ceux qu’il a soutenu et atténuer ainsi l’absurdité de sa mort. Si violente, si insupportable à imaginer, elle fait voler en éclats la raison de sa lutte !
Samir Kassir, amoureux de la vie, est victime de cet amour qui dérangeait ceux uniquement tournés vers la culture de la mort. Pénétré par les idées de « la Gauche démocratique », il est certainement victime aussi d’intérêts politiques internes et externes. La disparition de Samir Kassir nous laisse encore plus...
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