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À tout à l’heure…

Dérisoire je. Peu importe. Pardon d’oublier, juste une fois, le métier, la mesure, la nuance. Pardon pour la candeur. Zapper le journaliste et laisser écrire l’autre soi, le simple citoyen. Je me souviens, Salah. De ces cinq ans que tu as passés avec la Constitution comme oreiller. Tes sursauts avant l’aube quand une idée te réveillait, une solution ; comment, par exemple, un exemple entre mille, forcer légalement Nabih Berry à proposer au vote la loi sur le caza. Tes nuits sans sommeil, avant chacune de tes interventions : contre la tutelle syrienne, contre l’annexion de la libre décision de ton pays, contre le régime brun, contre l’hégémonie des Pétain d’ici, contre leurs efforts délibérés d’occulter le bien public. Tu as pensé, rédigé, expliqué une soixantaine de propositions de loi, plus que tes 127 autres collègues réunis. Tu as fait ce pour quoi les Libanais te payaient. Ta loyauté, tes intégrités, ton éthique, ton indépendance, ta liberté étaient tellement « trop » qu’elles finissaient par être agaçantes. Terriblement anachroniques. Parfois même, je me surprenais à te supplier d’être un loup, comme les autres. Tu me disais gentiment qu’il vaut mieux contaminer que d’être contaminé. J’avais envie de t’emmener faire des combats de boxe. Toi tu étais dans tes livres, patient, minutieux, respectueux, ferme, implacable, poli, enthousiaste, législateur intraitable quand tu savais que tu avais raison. Tu avais presque toujours raison, ça en devenait rageant. Tu cherchais des médicaments aux maux de tes compatriotes. Tu épatais tes collègues, toutes tendances politiques confondues. Ta confiance en l’autre était ton arme. Tu n’as pas voulu voir qu’une arme, parfois, ça se retourne contre toi. Toi, tu as même réussi à compenser toutes ces illusions que j’ai perdues, jour après jour, dans mes voyages en politique. Tu passais des heures, des jours à essayer de corriger tes défauts, à dompter ta timidité ; devant le miroir, tu disais tes textes, tu les répétais, inlassablement, tu cherchais le ton juste, tellement ton respect pour ton électeur, l’électeur, pour la chose publique, était obsessionnel. Maintenant, tu as un peu de temps. Pour toi. File en profiter, ne fais pas que labourer le pays à écouter les gens, leurs problèmes, trouver des solutions. Même si tu adores ça. À tout à l’heure, Salah. Dans un gouvernement ou un autre Parlement, dans 1 mois, 1 an, 4 ans. Ou une bière au soleil. À trouver des solutions. Z.M.

Dérisoire je. Peu importe. Pardon d’oublier, juste une fois, le métier, la mesure, la nuance. Pardon pour la candeur. Zapper le journaliste et laisser écrire l’autre soi, le simple citoyen.
Je me souviens, Salah. De ces cinq ans que tu as passés avec la Constitution comme oreiller. Tes sursauts avant l’aube quand une idée te réveillait, une solution ; comment, par exemple, un exemple entre mille, forcer légalement Nabih Berry à proposer au vote la loi sur le caza. Tes nuits sans sommeil, avant chacune de tes interventions : contre la tutelle syrienne, contre l’annexion de la libre décision de ton pays, contre le régime brun, contre l’hégémonie des Pétain d’ici, contre leurs efforts délibérés d’occulter le bien public. Tu as pensé, rédigé, expliqué une soixantaine de propositions de loi, plus que tes...