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Actualités - Opinion

LE POINT L’heure des bilans

Yassine Hajj Saleh est loin de porter dans son cœur le présent régime en Syrie. Aussi son appel n’en revêt-il que plus de valeur. « Ne hâtez pas l’avènement de la révolution », écrit-il dans un article publié dans le New York Times le jour même où s’ouvraient au palais des Omeyyades les assises du 10e congrès régional du Baas, placées sous le signe d’une « vision renouvelée ». Écrivain opposant, l’homme aura passé seize années de sa vie, entre 1980 et 1996, dans les geôles damascènes. Ce qu’il dit ? En gros ceci : l’homme de la rue aspire à voir se produire dans le pays des changements réels; mais ce qui se passe depuis quelques mois en Irak l’a convaincu qu’une intervention extérieure directe mènerait le pays droit à un désastre. Mieux vaudrait s’en tenir à des pressions des grandes puissances et des organisations internationales, jointes à des sanctions matérielles (financières et autres). Il dit aussi, et ses mots devraient être entendus à Washington : tant qu’Israël n’aura pas restitué le Golan, la politique demeurera un exercice profondément militarisé. À suivre le déroulement des événements dont le Proche-Orient est le théâtre ces dernières années – et bien avant la date du 14 février de funeste mémoire - , il semble bien que l’Administration Bush ait compris que le progrès est affaire de pas comptés plutôt que de bonds géants. Ce qui explique l’apparente (et toute relative) patience dont elle fait montre à l’égard de Damas, alternant la carotte et le bâton pour faire avancer les choses dans le bon sens. Du côté syrien, il est clair que Bachar el-Assad profite du répit dont, pour l’heure, il bénéficie, ainsi que le prouve son discours devant les 1 231 délégués du parti . Le jeune président veut, dans le même temps qu’il élargit la participation populaire, consacrer le rôle d’une formation à l’idéologie « développée », dit-il, et au projet social « modernisé ». Le 5 mars dernier, le chef de l’État avait convoqué les instances dirigeantes de la nation pour leur annoncer le retrait de son armée du Liban, après une présence de vingt-neuf années, et l’avènement proche d’une nouvelle étape consacrée au développement. Les plans, a-t-on annoncé, existent ; c’est l’exécution qui menace de subir un retard majeur du fait précisément des problèmes économiques qui se posent comme jamais par le passé. Après tout, la Syrie n’est pas l’Inde, encore moins la Chine, et les possibilités de relance paraissent plutôt minces au regard des difficultés présentes. Le chômage atteint des proportions inquiétantes et la croissance tarde à adopter un rythme de croisière, alors que les débouchés se réduisent chaque jour un peu plus. Ministre des Émigrés et porte-parole du congrès, Buthaïna Chaabane enfonce des portes ouvertes quand elle déclare : « Toute initiative à venir découlera de nos responsabilités vis-à-vis de notre pays et de notre peuple. » Le quotidien Syria Times , lui, ne se hasarde pas en terrain dangereux en écrivant : « Les récents événements ont prouvé combien il était pertinent et nécessaire de modifier les vieilles tactiques et d’établir une vision claire pour l’avenir. » Et si, à l’un et à l’autre, on demandait de commencer par être eux-mêmes un peu moins obscurs ?… Le précédent congrès s’était tenu en l’an 2000, dix jours après le décès de Hafez el-Assad. Ce fut pour élire son fils au poste de secrétaire général. Les augures, alors, lui étaient favorables, et le nouvel homme fort bénéficiait d’un préjugé favorable, notamment en raison de son âge et du fait qu’il ne faisait pas partie de l’establishment. Cinq ans plus tard, et après le profond bouleversement survenu en Irak qui a modifié la donne dans l’ensemble du monde arabe, les lendemains se présentent sous des jours particulièrement sombres. C’est bien pourquoi nul ne s’attend à des modifications majeures dans les orientations politiques ou même économiques. Si, comme on lui en prête l’intention, Bachar el-Assad se propose d’écarter des postes de commandement une vieille garde héritée de l’époque héroïque de son père, il ne pourra le faire qu’en s’appuyant sur un appareil militaro-partisan lui-même sclérosé. Circonstance aggravante : le dilemme s’inscrit dans la perspective de l’élection présidentielle de 2007, alors qu’il s’agit tout à la fois de rassurer les tenants d’une orthodoxie aujourd’hui vieille de quarante-deux ans, de donner quelques gages à la communauté internationale, enfin de calmer l’impatience d’une jeune génération ardemment désireuse de voir le régime tenir certains au moins de ses engagements pris lors d’un éphémère printemps. Certes, le Baas est porteur, ainsi que le dit son slogan, d’un « message éternel ». Encore faudrait-il qu’une telle promesse finisse par se traduire en actes. Christian MERVILLE
Yassine Hajj Saleh est loin de porter dans son cœur le présent régime en Syrie. Aussi son appel n’en revêt-il que plus de valeur. « Ne hâtez pas l’avènement de la révolution », écrit-il dans un article publié dans le New York Times le jour même où s’ouvraient au palais des Omeyyades les assises du 10e congrès régional du Baas, placées sous le signe d’une « vision renouvelée ». Écrivain opposant, l’homme aura passé seize années de sa vie, entre 1980 et 1996, dans les geôles damascènes. Ce qu’il dit ? En gros ceci : l’homme de la rue aspire à voir se produire dans le pays des changements réels; mais ce qui se passe depuis quelques mois en Irak l’a convaincu qu’une intervention extérieure directe mènerait le pays droit à un désastre. Mieux vaudrait s’en tenir à des pressions des grandes...