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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE - Les lundis au soleil

Vingt-deuxième semaine de 2005 (J+111). La chose publique est à réinventer. Tout le monde convient qu’il faut reconstruire le pays. Il faut moderniser. Remodeler les mentalités. Mais avant cela, pour cela, il faut nettoyer. À l’eau de Javel. Il faut épurer en profondeur, du haut jusqu’au bas de la pyramide. Éradiquer tous les symboles de la tutelle syrienne, tous les symboles du suivisme complice, toutes les façons de faire et toutes les figures qui ont contribué, de près ou de loin, à l’annexion des volontés. Il faut bien évidemment restructurer tout l’appareil sécuritaire, l’ensemble des services. Chéhabiser. En évitant, naturellement, les outrances d’un second bureau, ses prérogatives moyenâgeuses, inacceptables. Chéhabiser civilement. Bien entendu. Pour cela, il faut d’abord que l’autochtone maître d’œuvre du chantier de clonage du Liban sur le modèle syrien, l’ultrasymbole du mortifère système militaro-sécuritaire, quitte, pour ne plus jamais y retourner, la vie politique. Absolument pas suffisante, cette étape n’en reste pas moins d’une urgente nécessité. Le seul à ne pas avoir encore compris que c’est irrévocable, que c’est maintenant et pas demain que cela doit se faire, s’appelle Émile Lahoud. Georges Malbrunot n’a pas inventé les mots qu’il a rapportés dans Le Figaro. L’indélogeable locataire de Baabda, bunkerisé dans un ahurissant entêtement, ne voit plus rien, n’entend plus rien, ne renifle plus rien ; lâché de presque toutes parts, indéfendable même par les quelques alliés qui restent, il veut continuer jusqu’au bout le demi-mandat qu’il a volé à la volonté des Libanais. Il l’a dit à l’ex-otage, et son démenti n’a fait que confirmer l’énormité de la chose. Émile Lahoud est persuadé que la communauté internationale ne veut pas se séparer de lui ? À la bonne heure. Sauf que tout le Bristol le veut, y compris ses ténors maronites – et ça, c’est tout nouveau. Sauf que le peuple le veut. Sauf que le Hezbollah ne le défend plus. Sans compter que Washington et Paris ont émis le souhait de voir l’enquête sur l’assassinat de Hariri s’élargir à celui de Kassir. Il y a des signes qui sont clairs. Il y a d’incompréhensibles myopies. Il y a des lundis au soleil. Seul encore à le défendre, l’autre général : Michel Aoun. Cet homme que presque tous les Libanais attendaient avec impatience, pressés de le voir former, avec tous les composantes du Bristol, le plus implacable, le plus outillé des rouleaux compresseurs, est en train d’accumuler, chaque jour davantage, les erreurs de jugement, les erreurs tout court. Non content de ne pas avoir compris que le ticket Bristol, Hariri-Joumblatt-Kornet Chehwane-FL, sera dans tous les cas le bloc gagnant du prochain hémicycle ; non content d’avoir considérablement affaibli le partenaire chrétien de ce quartette en jouant cavalier seul ; le général rentré d’exil a oublié qu’en cas de vacance à Baabda, c’est le Conseil des ministres réuni qui tient les rênes du pays. Que dans tous les cas, c’est la nouvelle Chambre qui élira le successeur d’Émile Lahoud. Qu’il est inenvisageable que le futur quartette soutienne la candidature de Nabih Berry au perchoir. Depuis quelques jours, et notamment hier, avec son retentissant et inouï « Hariri et Joumblatt font également partie du régime sécuritaire » – on peut les accuser de tout sauf de cela –, Michel Aoun donne l’insupportable impression, parce que tout le monde croit en lui, de se suicider en direct. Ziyad MAKHOUL PS : Cela n’a rien à voir – quoique… La liste du Bristol à Baabda-Aley n’a pas été encore annoncée. Les Libanais l’attendent avec impatience, fatigués par avance de la bataille à venir, mais rassurés de voir se concrétiser l’alliance entre Joumblatt, les FL, le mouvement de réforme Kataëb, le Courant du futur, les familles traditionnelles de Aley. Sauf que les Libanais ne comprendraient aucunement que cette évidente symbiose se fasse au détriment d’un des législateurs les plus stakhanovistes de ce dernier mandat et l’un des plus farouches combattants contre la tutelle syrienne : Salah Honein.
Vingt-deuxième semaine de 2005 (J+111).
La chose publique est à réinventer. Tout le monde convient qu’il faut reconstruire le pays. Il faut moderniser. Remodeler les mentalités. Mais avant cela, pour cela, il faut nettoyer. À l’eau de Javel. Il faut épurer en profondeur, du haut jusqu’au bas de la pyramide. Éradiquer tous les symboles de la tutelle syrienne, tous les symboles du suivisme complice, toutes les façons de faire et toutes les figures qui ont contribué, de près ou de loin, à l’annexion des volontés. Il faut bien évidemment restructurer tout l’appareil sécuritaire, l’ensemble des services. Chéhabiser. En évitant, naturellement, les outrances d’un second bureau, ses prérogatives moyenâgeuses, inacceptables. Chéhabiser civilement. Bien entendu. Pour cela, il faut d’abord que l’autochtone...