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Actualités - Opinion

Vue imprenable

Un scrutin sans surprise, sans incidents majeurs mais sans grande ou même moyenne affluence, ni enthousiasme délirant non plus : premier homme fort à émerger de ces élections législatives aux résultats passablement annoncés et qui se poursuivront par étapes jusqu’au 19 juin, Saad Rafic Hariri est depuis dimanche le maître de Beyrouth. Success story née d’une tragédie nationale, la fulgurante ascension de ce magnat de 35 ans résume en soi ces mouvantes réalités qui font le Liban nouveau, un Liban pas si nouveau que cela cependant puisque continuant de se prêter bien volontiers à la loi dynastique. Né avec une cuiller en or dans la bouche, licencié en économie de Harvard, patron de colossales entreprises opérant en Arabie saoudite, Hariri fils n’avait jamais tâté de la politique avant que d’y être littéralement catapulté par le terrible séisme du 14 février. Il a pour lui la foi et le dynamisme de la jeunesse. Et il a contre lui l’inexpérience de la jeunesse, compensée il est vrai par un entourage de caciques rompus à toutes les ficelles de l’action politique, ainsi que par le formidable réseau socio-caritatif et les amitiés internationales que lui a également légués son père assassiné. Qui, parti de son Saïda natal, avait fini, lui, par balayer les dynasties beyrouthines les mieux assises. L’héritier Hariri peut-il représenter un peu de ce sang neuf que réclamait tout un peuple traumatisé par tout celui versé en ce terrible 14 février ? Oui et non. Oui, si une fois aux commandes de l’imposant bloc parlementaire qui promet d’être le sien, il garde précieusement en tête les aspirations des Libanais de sa propre génération et même de ses cadets de quelques années, exprimées avec force et constance au printemps sur la place de la Liberté. Et non, si Saad Hariri est vite happé par le Système : si la course à la puissance, si les jeux périlleux dans la cour des grands doivent lui faire oublier la quête d’évolution, de progrès, de modernité. Puisse sa jeunesse l’emporter. Ce vœu est d’autant plus pressant dans sa sincérité que la nouvelle Assemblée va devoir s’attaquer à de véritables travaux d’Hercule requérant, plus que jamais, un vaste consensus national : le sort du régime, l’application de la résolution 1559 dans son volet relatif au désarmement du Hezbollah, la redéfinition des relations avec la Syrie, l’assainissement du pouvoir judiciaire, les réformes économiques réclamées de longue date par les pays amis du Liban, toutes ces questions ne pourront être tranchées que sur l’impulsion d’un Parlement imaginatif, actif et pleinement conscient de ses immenses responsabilités. D’où, sans doute, la rare sollicitude extérieure entourant la consultation en cours et qui équivaut à une substantielle légitimité internationale d’ores et déjà offerte à la future Assemblée. Hier en effet, Kofi Annan saluait ce processus démocratique entamé dans la capitale et qui, a-t-il souligné, va aider le pays à retrouver son entière souveraineté. Au même moment les observateurs européens, qui ont surveillé sur place l’opération électorale, en dressaient un bilan des plus positifs. Pluralisme, débat libre, confidentialité du vote, remarquable esprit civique : elle en rougirait pour un peu, notre très relative démocratie, devant un tel assaut d’amabilités. De tous ces élogieux certificats délivrés hier par l’eurodéputé Salafranca Sanchez-Neyra, c’est celui de transparence cependant qui paraît le plus réconfortant : heureuse transparence en effet qui a permis aux observateurs d’observer à l’œil nu le faible taux de participation enregistré pour ce premier dimanche d’une élection proprement historique. Bénie transparence, à la faveur de laquelle s’impose à tous les regards la nécessité impérieuse d’une loi électorale enfin équitable pour tous. Issa GORAIEB
Un scrutin sans surprise, sans incidents majeurs mais sans grande ou même moyenne affluence, ni enthousiasme délirant non plus : premier homme fort à émerger de ces élections législatives aux résultats passablement annoncés et qui se poursuivront par étapes jusqu’au 19 juin, Saad Rafic Hariri est depuis dimanche le maître de Beyrouth.
Success story née d’une tragédie nationale, la fulgurante ascension de ce magnat de 35 ans résume en soi ces mouvantes réalités qui font le Liban nouveau, un Liban pas si nouveau que cela cependant puisque continuant de se prêter bien volontiers à la loi dynastique. Né avec une cuiller en or dans la bouche, licencié en économie de Harvard, patron de colossales entreprises opérant en Arabie saoudite, Hariri fils n’avait jamais tâté de la politique avant que d’y être...