Deux semaines après le début de l’énoncé du jugement, l’incertitude reste totale : Mikhaïl Khodorkovski sera-t-il condamné à 3 ans, 5 ans ou 10 ans comme le demande le parquet général ? Le « final » de ce procès retentissant doit se jouer cette semaine.
« J’espère que la sentence sera énoncée lundi (aujourd’hui) ou mardi », déclarait vendredi soir l’avocat Guenrikh Padva, après avoir écouté un jour de plus la monotone lecture de la juge Irina Kolesnikova.
Depuis le 16 mai, la juge fait durer le suspense, ayant décidé de lire l’intégralité des textes constituant le jugement tant attendu de l’ex-patron du groupe pétrolier Ioukos, soit plus d’un millier de pages.
« Une véritable farce », ont dénoncé les avocats de la défense.
À chaque jour ses nouveaux intermèdes : déploiement de détecteurs de métaux et de 500 policiers devant le tribunal, apparition soudaine de bétonneuses et rouleaux compresseurs empêchant les partisans de l’homme d’affaires d’approcher du bâtiment, manifestants antioligarques recrutés parmi les figurants de la compagnie de cinéma Mostfilm...
Si l’objectif était de fatiguer les journalistes qui étaient au rendez-vous au premier jour, il n’est pas certain qu’il soit atteint. La presse devrait être à nouveau nombreuse sur les bancs de la petite salle du tribunal Mechtchanski dès aujourd’hui.
Pour les plus optimistes, la condamnation de celui qui, avant son arrestation, en octobre 2003, était considéré comme l’homme le plus riche de Russie sera de cinq ans : M. Khodorkovski, 41 ans, ne sortira de prison qu’après la présidentielle de 2008, ce qui le tiendra éloigné du jeu politique au cas où il aurait voulu y participer.
Pour les pessimistes, la peine sera proche de dix ans, car en défiant Vladimir Poutine au Kremlin en février 2003 (il avait alors dit ouvertement au chef de l’État que la société publique Rosneft était impliquée dans une affaire peu transparente, accusant presque directement l’entourage de M. Poutine de corruption), l’oligarque se serait fait des ennemis très rancuniers et particulièrement puissants, comme l’a prouvé le développement de l’affaire Ioukos au cours des 19 derniers mois.
Le tribunal a déclaré durant ces deux dernières semaines que la culpabilité du milliardaire était « prouvée » pour la quasi-totalité des onze chefs d’accusation (fraude fiscale, acquisition frauduleuse d’une participation de 44 % dans l’Institut des engrais, escroquerie en groupe criminel organisé...).
Et de nouveaux chefs d’inculpation pourraient même être retenus contre lui une fois prononcée la sentence.
Le parquet général a évoqué une affaire de blanchiment d’argent, laissant planer la menace d’un deuxième procès, et d’une nouvelle peine.
Celle-ci ne manquerait pas de faire à nouveau scandale, alors que Khodorkovski, ni meilleur ni pire que tous les autres oligarques enrichis dans les années 1990, est devenu un symbole de la Russie de Vladimir Poutine.
Une Russie dans laquelle le Kremlin est désormais tout-puissant, ont dénoncé les opposants libéraux.
Une Russie dans laquelle l’expropriation peut brutalement toucher n’importe qui, ont ajouté les investisseurs, alors que les meilleurs actifs de Ioukos sont retombés dans l’escarcelle de l’État au terme d’une procédure très contestée.
Une Russie dans laquelle la justice peut être utilisée à des fins politiques, se sont inquiétées les chancelleries étrangères. « Il est évident que chaque épisode de l’affaire Ioukos découlait d’un ordre du Kremlin », commentait récemment l’analyste Anders Aslund, de la fondation Carnegie.
Et « quelle que soit la sentence finale, Poutine a montré que la grande réforme de la justice (annoncée au début de son premier mandat en 2000) était une plaisanterie ».
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