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Actualités - Opinion

Impression Histoire de pierre

Il y a un peu plus d’un an, Dominique Fernandez se trouvait seul à Beyrouth pour les besoins du Salon du livre. Après s’être prêté à une interview d’Edgar Davidian dans le hall du Palm Beach où il était logé, il avait émis le souhait de découvrir la ville. Que restait-il à montrer à cet observateur avide, pensions-nous, de pittoresque et d’insolite ? Le café vitré de Gemmayzé, silencieux en cet avant-midi ; quelque boui-boui du bord de mer tapissé d’un béton cancéreux. À sa demande, nous l’avions conduit chez un bouquiniste, géant méditerranéen au teint bistre, le crayon derrière l’oreille, devisant avec faconde de ses trouvailles et de ses raretés, mais totalement ignorant de l’œuvre de notre auteur. Fernandez, heureux, avait fait des découvertes. Il quitterait Beyrouth le lendemain avec, en guise de souvenir, de bon livres français que la France n’imprime plus. En traversant le centre-ville, il avait été fasciné par le gigantisme de la mosquée al-Hussein en plein chantier. Ce monument encaissé en marge de la place des Martyrs, sans perspective, sans recul, sans argument architectural qui permette de justifier sa dimension était, pour lui, chargé de matière sociologique. Il l’avait comparé à ce Sacré-Cœur que les Parisiens regardent comme une meringue monstrueuse, ou bien à la « Macchina da scrivere », mégalomanie mussolinienne de la place de Venise qui désespère les Romains. «Mais vous verrez, avait-il ajouté, dans cent ans vous l’aimerez, cette mosquée.» Nous n’avons pas attendu cent ans, cher Dominique. Cette mosquée, un destin brutal est venu donner un sens à sa démesure. Depuis qu’elle enveloppe de son ombre les sépultures de Rafic Hariri et de ses compagnons, elle est sans doute la première mosquée au monde où chrétiens et musulmans ont uni leurs prières. De ce jour, et de manifestation en manifestation, on a vu des hommes et des femmes grimper sur les échafaudages, ramper sur le bras des grues, faire corps avec les murs, embrasser la pierre, revêtir le monument de leur peau, ouvrir les bras au sommet des coupoles dont le bleu est une entorse au vocabulaire traditionnel des mosquées. Encore inachevé, ce lieu de culte vibrait de mille vœux et de mille douleurs, et tel une Babel du troisième millénaire bruissait de toutes les langues. Le jour des funérailles, j’ai pensé qu’on aurait même pu la faire un peu plus grande, cette mosquée qu’elle puisse abriter la cathédrale spirituelle élevée dans ses murs. Fifi Abou Dib
Il y a un peu plus d’un an, Dominique Fernandez se trouvait seul à Beyrouth pour les besoins du Salon du livre. Après s’être prêté à une interview d’Edgar Davidian dans le hall du Palm Beach où il était logé, il avait émis le souhait de découvrir la ville. Que restait-il à montrer à cet observateur avide, pensions-nous, de pittoresque et d’insolite ? Le café vitré de Gemmayzé, silencieux en cet avant-midi ; quelque boui-boui du bord de mer tapissé d’un béton cancéreux. À sa demande, nous l’avions conduit chez un bouquiniste, géant méditerranéen au teint bistre, le crayon derrière l’oreille, devisant avec faconde de ses trouvailles et de ses raretés, mais totalement ignorant de l’œuvre de notre auteur. Fernandez, heureux, avait fait des découvertes. Il quitterait Beyrouth le lendemain avec, en...