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Le Point OPA sur l’Onu

Il y a ceux qui sont violemment contre : « Les sinistres machinations de Iago et le goût de Lady Macbeth pour le sang ne figurent pas parmi les qualités requises d’un ambassadeur américain», relève un peu emphatiquement le Korea Times. Il y a ceux qui sont inconditionnellement pour : « Il jouit de la confiance du président. C’est le candidat idéal pour un tel poste », affirme Stephen Haldley, conseiller à la Sécurité nationale. Et puis il y a ceux qui préfèrent manier l’euphémisme et s’entourer de toutes les précautions oratoires pour déclarer, tel le sénateur George V. Voinovich : « Le pays peut faire mieux. » De fait, il n’est pas difficile de faire mieux. John R. Bolton, actuel secrétaire d’État adjoint chargé des questions de désarmement et choisi par l’Administration Bush comme représentant à l’Onu, est un homme qui a pour l’Organisation le plus profond mépris. Ainsi ne verrait-il aucun inconvénient à supprimer dix étages du Palais de Verre, à réduire l’honorable Assemblée à une seule voix, celle des États-Unis bien évidemment, et à vivre dans un monde – conception toute hobbésienne – uniquement habité par les plus aptes. Sans doute est-ce la raison pour laquelle Jesse Helms avouait en janvier 2001 : « C’est l’homme que je voudrais avoir à mes côtés à Armageddon », en allusion à la bataille finale entre le Bien et le Mal, quand Dieu ayant prévalu, selon la Bible, il gouvernera un monde où règneront la paix et l’abondance pour mille ans à venir. Cela explique sans doute le choix d’une Maison-Blanche où le principal locataire entame sa journée par une conversation à bâtons rompus avec le Créateur… À Washington aujourd’hui, la crainte d’un cataclysme à l’échelle planétaire tourne à l’obsession, d’où le recours à un homme qui a fait de cet épouvantail son cheval de bataille. Depuis trois ans, en effet, Bolton a une idée fixe : les projets nucléaires iranien et nord-coréen. Avec les mollahs de Téhéran, avec Kim Jong-il, il mène par adjoints interposés des pourparlers qui s’apparentent bien plus à un combat au sabre d’abordage qu’à un duel à fleurets mouchetés. Ainsi, l’omnipotent maître de Pyongyang est qualifié par lui de « dictateur tyrannique », ce qui lui vaut aussitôt de la part de l’intéressé l’appellation peu élégante de « déchet humain ». Pour le coup, le dialogue entre les deux parties a dû être suspendu en attendant la désignation d’un nouveau négociateur yankee. Parallèlement, l’Administration républicaine poursuit depuis des mois un patient travail de sape contre l’Organisation internationale et son secrétaire général, mis en cause tous deux dans le soi-disant scandale du programme « pétrole contre nourriture », au plus fort de l’embargo décrété par la communauté internationale contre le régime de Saddam Hussein. Dans le mince dossier constitué sur l’affaire, on retrouve essentiellement de vagues accusations contenues dans un journal irakien jouissant de la bienveillante sollicitude de l’administrateur US de l’époque, Paul Bremer. Mais qu’importent les sources, pourvu qu’on ait les résultats : de ce qui n’était qu’un tissu de ragots, on a fait une affaire, doublée pour une efficacité accrue des égarements d’Annan junior. Au nom de la nécessité d’assainir un organisme présenté par le sénateur Richard Lugar comme étant miné par la corruption, on en est arrivé ainsi à réclamer de profondes réformes. Devinez qui devrait prendre la tête d’une telle croisade ? L’ennui dans le choix de George W. Bush est que son favori pour le « job » est un peu trop marqué par ses exploits récents et plus anciens. Au point que la commission chargée de l’adouber – et où la victoire semblait par trop aléatoire, avec un avantage favorable de deux voix seulement, dont l’une pouvait à tout moment faire défection – a longuement hésité avant de s’en remettre à l’Assemblée plénière au sein de laquelle les républicains jouissent d’une majorité de 55 voix. Là encore le risque est grand de voir les démocrates exhumer une procédure exigeant 60 voix et non plus 51. Condoleezza Rice préférerait, dit-on, tenir un aussi encombrant allié éloigné de Washington. Louable intention, mais pourquoi donc l’envoyer dans la termitière onusienne sinon pour y donner un violent coup de pied, et alors dans quel but ? Jeudi dernier, Paul Sarbanes sénateur démocrate du Maryland et membre de la commission des relations extérieures devant laquelle comparaît Bolton, s’est contenté, pour marquer sa désapprobation, d’égrener les noms des prédécesseurs de celui-ci, de Henry Cabot Lodge à John Danforth, en passant par Adlai Stevenson et … un certain George H. W. Bush. La présidence n’a pas commenté. On la comprend. Christian MERVILLE

Il y a ceux qui sont violemment contre : « Les sinistres machinations de Iago et le goût de Lady Macbeth pour le sang ne figurent pas parmi les qualités requises d’un ambassadeur américain», relève un peu emphatiquement le Korea Times. Il y a ceux qui sont inconditionnellement pour : « Il jouit de la confiance du président. C’est le candidat idéal pour un tel poste », affirme Stephen Haldley, conseiller à la Sécurité nationale.
Et puis il y a ceux qui préfèrent manier l’euphémisme et s’entourer de toutes les précautions oratoires pour déclarer, tel le sénateur George V. Voinovich : « Le pays peut faire mieux. »
De fait, il n’est pas difficile de faire mieux. John R. Bolton, actuel secrétaire d’État adjoint chargé des questions de désarmement et choisi par l’Administration Bush comme...