Bkerké qualifie la loi 2000 d’inique. Et Berry lui-même dit qu’elle est malade. À l’ombre de cette formule, le pays s’achemine vers la domination du nombre. D’autant que la minorité est éparse, fractionnée, disloquée. On aboutirait ainsi aux mêmes effets qu’aurait l’abolition, dans les formes et la lettre, du confessionnalisme politique. Qui reste, au-delà de ses lourdes tares, un réceptacle de démocratie du consensus.
La loi n’assure pas la vraie représentation d’une large partie de l’électorat. Dès lors, elle ne préserve pas comme il faut le principe vital de la coexistence qui devient tronquée, artificielle. Avec, si l’on peut dire, un zeste de fausseté en plus. Dans ce sens que, dans le fond, la nouvelle Chambre ne serait qu’un prolongement de la sortante, tout en ayant l’air d’apporter quelque changement. L’opinion risque dès lors d’être frappée encore plus durement de ce sinistre « ihbat », sinistrose qui l’accable depuis tant d’années. En éprouvant de surcroît un sentiment encore plus accentué d’écœurement devant un fait accompli qu’un dignitaire religieux détaille de la sorte :
– En l’absence de partis à programmes, la représentation des communautés minoritaires est écrasée dans nombre de circonscriptions où la coexistence n’est plus qu’un vain mot. Le candidat qui dispose d’une confortable majorité dans son milieu propre, qui représente donc bien sa collectivité, la voit engloutie par le surnombre d’une région à laquelle la sienne est électoralement rattachée.
– Le chef de liste choisit les postulants à sa guise et fait sauter tel député pour le remplacer quand cela lui convient.
– Même si la désignation se fait par consensus avec tel courant représentatif, elle ne devra pas s’accompagner de la condition courante prévoyant que le député aura par la suite à suivre fidèlement les directives du chef de liste. Cet engagement n’est normal que pour des éléments adhérant à des partis. Le député indépendant doit rester libre de ses opinions et de ses choix tout autant que son électeur. Dont il doit d’ailleurs refléter, répercuter les options ou les desiderata à la Chambre. On peut affirmer avoir amélioré la représentation dans les listes à l’ombre de la 2000 si, en sus de la qualité et de la popularité authentique des candidats, on leur donne leur liberté de mouvement ultérieure, sans les emprisonner dans les blocs parlementaires massifs. Sans quoi la majorité numérique va encore plus étouffer la voix, et les droits, de la minorité déjà lésée au départ par la 2000. En l’écartant toujours de la prise de décisions. Ce qui dilue le principe national, à l’heure où le pays va vers des échéances importantes, comme la présidentielle, la désignation d’un président du Conseil, la formation d’un gouvernement ou l’élection du président de la Chambre. Sans compter qu’il faut traiter la question délicate de l’application des clauses restantes de la 1559. Dont le désarmement du Hezbollah et des Palestiniens.
Or il est clair que la formation des listes se fait de manière à ce qu’ensuite les chefs de liste deviennent les chefs de blocs parlementaires denses, imposant à leurs colistiers leur volonté au sujet des décisions importantes à adopter, en faisant fi de l’opinion véritable des députés et de l’électorat. La question est de savoir si la communauté internationale, plus précisément la France et l’Amérique, va se contenter d’avoir obtenu que les élections soient organisées dans les délais. Ou si elle va s’efforcer de réguler la démocratie dans ce pays pour la protéger des faits accomplis du monopole.
Émile KHOURY
Bkerké qualifie la loi 2000 d’inique. Et Berry lui-même dit qu’elle est malade. À l’ombre de cette formule, le pays s’achemine vers la domination du nombre. D’autant que la minorité est éparse, fractionnée, disloquée. On aboutirait ainsi aux mêmes effets qu’aurait l’abolition, dans les formes et la lettre, du confessionnalisme politique. Qui reste, au-delà de ses lourdes tares, un réceptacle de démocratie du consensus.
La loi n’assure pas la vraie représentation d’une large partie de l’électorat. Dès lors, elle ne préserve pas comme il faut le principe vital de la coexistence qui devient tronquée, artificielle. Avec, si l’on peut dire, un zeste de fausseté en plus. Dans ce sens que, dans le fond, la nouvelle Chambre ne serait qu’un prolongement de la sortante, tout en ayant l’air d’apporter...
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