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Actualités - Opinion

Les lecteurs ont voix au chapitre

Le souvenir de Raymond Eddé Regardant avec émotion le retour du général Michel Aoun après quinze ans d’exil, je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour ceux qui n’ont pas eu la chance de leur vivant de connaître cette joie. On a pu critiquer ou sourire de l’intransigeance de Raymond Eddé, qui refusait de céder au chant de certaines sirènes complaisantes et martelait inlassablement sa détermination à ne fouler le sol de son pays qu’après la sortie des troupes étrangères. S’il n’y avait pas eu ce genre d’homme garant de valeurs symboliques, il n’y aurait probablement pas eu de 14 mars. La reconstruction d’une indépendance nécessitera en revanche beaucoup plus que des symboles : il faudra aussi un peuple qui la désire. Pr Jean-Jacques MOURAD Paris Réconciliation, mais… Oui, elle est émouvante cette réconciliation entre les FL et le général Michel Aoun. C’est un premier pas vers l’unité nationale et un grand pas vers la réforme de la mentalité sociale. Mais, personnellement, je trouve qu’elle est incomplète. Et cela pour la simple raison qu’elle n’a pas inclus les centaines de victimes, les centaines de veuves, de parents qui ont perdu leur ou leurs fils, de familles blessées, les centaines de handicapés, de mutilés, de traumatisés ou de déprimés, les milliers d’emigrés générés par la guerre fratricide entre ces deux camps. Je trouve que le général et les FL nous doivent des excuses, des excuses officielles pour avoir choisi la violence pour régler leurs problèmes et leurs différends, pour nous avoir utilisés comme pions dans leur jeu d’échecs. À ce moment-là, il sera possible de tourner la page. Samy R. NOUN Monopolisation Enfin, le peuple libanais se prononce. Avec banderoles et slogans, mais dans un jeu de société aux dés pipés. Serait-il sur une case départ ou un retour en prison ? Quel chemin prendre pour la rue de la paix ? À quelques semaines d’un grand jeu électoral dont les règles viennent d’être établies, les participants sont-ils prédestinés par leur désignation ou leurs qualifications ? Jeu de bluff ou cartes sur table, pour qui voter ? Anne-Marie SABATIER Privés d’élections J’ai quitté le Liban en 1984. Jusqu’à cette date, nous lisions L’Orient-Le Jour qui nous était livré tous les matins sur le pas de la porte de notre domicile, à la rue de Verdun. Je pense que tous ceux qui ont pris part à la guerre libanaise ainsi que les membres des gouvernements qui se sont succédé dans les années 90 ne devraient pas être candidats aux élections législatives. Il est curieux de noter qu’au Liban, chaque partie croit avoir raison. C’est ainsi que nous avons eu cette guerre. Plaise à Dieu que nous n’en ayons pas une autre… Billy P. SARGOLOGO Washington Sécurité et liberté Bonjour, je suis français et j’aime beaucoup votre pays, j’espère que grâce au général Aoun vous pourrez enfin vivre dans la sécurité et la liberté. Bon courage. M.L. Étudiants libanais à Bordeaux L’Association des étudiants libanais de Bordeaux vient de voir le jour. Il s’agit d’une association à but non lucratif dont le but est l’accueil et l’insertion des nouveaux étudiants libanais à Bordeaux ainsi que la promotion du Liban à Bordeaux et en Aquitaine à travers des activités sociales et culturelles. Si vous pensez venir à Bordeaux l’année prochaine pour poursuivre vos études, contactez-nous et nous ferons tout notre possible pour vous prendre en charge dès votre arrivée et pour faciliter votre installation à Bordeaux. Contactez-nous aux adresses suivantes : aelb@hotmail.fra elb33@hotmail.com http://groups.msn.com/bordeaux-libanaisgroupe Tristesse et non peur Quel attentat odieux que celui perpétré à Jounieh contre la Voix de la Charité ! S’en prendre à une radio qui prône l’amour et la paix, quel crime ! J’ai assisté le dimanche 8 mai à la messe célébrée sous la tente improvisée à « Saout el-Mahabbah ». Cela faisait chaud au cœur de voir tous ces gens réunis au nom de la paix et de l’amour, malgré un soleil de plomb. Le père Fadi Tabet a baptisé la place devant la radio « Sahat el-Mahabbah » ou place de l’Amour. Il a pleuré pendant son sermon, affirmant qu’il avait pardonné comme nous le demande notre religion et que ses larmes exprimaient la tristesse mais non la peur. Cet attentat vise la liberté d’expression et la présence chrétienne au Liban et au Moyent-Orient, mais il ne remet pas en question la foi, l’engagement et la détermination de nos personnalités religieuses telles que le patriarche Nasrallah Boutros Sfeir et le père Fadi Tabet. Grâce à eux nous sommes fiers d’être chrétiens libanais et de rester ancrés au Liban. Ce n’est en effet pas le ballet politique souvent grotesque et décevant, que beaucoup de nos dirigeants nous imposent au quotidien, qui nous y encourage. Abdallah TAMBEY Tsunami ou crue du Nil ? Tsunami ou crue du Nil ? Les deux sont des déferlements d’eau exceptionnels. Sauf que le tsunami représente une gigantesque vague d’eau salée qui rafle et tue tout sur son passage, alors que la crue du Nil recouvre les terres avec son eau nourricière pour y laisser son limon riche et fertile qui permettra la renaissance de la vie sur les rives desséchées du fleuve. Le retour du général Aoun, comparé à un tsunami par certains, serait donc perçu comme un élément dévastateur ? N’ayant aucune affiliation partisane, j’espère que ce retour sera plutôt comparable à la crue du Nil. Qu’il répandra sur la terre politique libanaise stérile (je pense à l’exemple honteux de la dernière séance parlementaire) les aspirations riches et fertiles de tous ces jeunes, ces émigrés, de tous ceux qui misent sur le potentiel de l’individu libanais, exemple de tant de réussite à l’étranger, mais interdit d’épanouissement politique sur son propre sol. Peut-être que la vraie solution devrait être un tsunami d’eau nourricière qui balaierait sur son passage toute cette classe politique habituée aux anciennes pratiques de suivisme et d’asservissement et favoriserait l’émergence de nouvelles figures plus indépendantes, plus libanaises. Thérèse Irani HAGE Les rendez-vous manqués avec l’histoire Grâce à sa volonté, le peuple libanais, toutes communautés confondues, a obtenu l’indépendance mettant ainsi fin aux deux occupations, syrienne et israélienne. Or le spectacle donné par la classe politique et plus particulièrement les trois présidents est affligeant. Ce n’est pas assez de dire que tous trois ont manqué le rendez-vous avec l’histoire. Au lieu de s’inscrire dans la marche vers l’indépendance ils se sont opposés à la volonté populaire dans le seul but de préserver leurs propres intérêts. Le président de la République peut encore jouer ce rôle historique durant cette période de transition afin d’installer le pays dans une réelle et durable stabilité politique. Le président Berry sait que son règne est terminé. Dans toute démocratie qui se respecte, dès qu’une minorité de parlementaires demande une session, le président est tenu de suivre. Au Liban, une majorité de parlementaires demande cette session pour modifier la loi électorale et voter l’amnistie de Geagea, mais le chef du législatif fait la sourde oreille. Le président Karamé aura marqué l’histoire pour avoir été le plus mauvais Premier ministre et le plus mauvais perdant. Non seulement il a été manipulé et sacrifié par la Syrie et ses alliés libanais mais, de plus, sa déception le rend extrémiste et lui fait perdre toute objectivité. Concernant les élections, la loi actuelle est injuste et discriminatoire. Il faut donc revoir la copie afin que la population puisse choisir ses représentants en toute objectivité. Dans l’état actuel des choses et sans accorder le droit de vote aux Libanais de l’étranger, la proportionnelle est injuste car elle favorise certaines communautés au détriment des autres. Nous demandons, nous Libanais de l’étranger, le droit de vote, chose naturelle dans toute démocratie digne de ce nom. Youssef RIZK Belgique Les vrais débats sont à venir Après l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, l’heure était à l’indignation et à la solidarité avec sa famille. Il était normal pendant cette période de deuil de ne brandir que des drapeaux libanais, pour bien marquer l’unité de tous les citoyens. Cette période est à présent dépassée, les dernières troupes syriennes ayant quitté le sol libanais, les exilés étant de retour et surtout les partis politiques à nouveau libres et mobilisés. Nous entrons désormais en période électorale, et il est nécessaire que les partis reprennent leur fonction première, à savoir la critique des autres partis. En effet, le calme qui prévalait avant l’arrivée de l’ancien Premier ministre, le général Aoun, était dangereux, à la veille des élections, au point qu’il pourrait anéantir les ambitions progressistes des partis politiques de l’opposition. L’électeur se verrait confronté à des élections où tous les partis ont le même point de vue. On verrait surgir alors, au moment de la formation d’un nouveau gouvernement, des difficultés à cause du nombre de partis. Les vrais débats ne naîtront qu’après les élections, et nous entrerons à nouveau dans une crise politique bien plus aiguë que celle d’aujourd’hui... Dory MOUTRAN Bruxelles Les ratés de la révolution Quelle déception, quel gâchis, Messieurs les députés ! Une fois de plus vous trahissez le million de Libanais du 14 mars qui aspiraient au changement. Vous n’avez plus l’excuse de la présence syrienne ni rejeter la faute sur quelqu’un d’autre. Votre parodie de débat au Parlement est une mascarade. Hélas, il s’agit de l’avenir du Liban, et c’est très grave. Si vous aviez pensé un peu au pays et non pas à votre réélection vous auriez pu dire comme Mirabeau : « Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes » et ne jamais quitter l’hémicycle jusqu’à obtenir un débat sur la loi électorale. Y. KERLIDOU Adressez vos commentaires par fax (01/360390), par lettre (rubrique Courrier des lecteurs, boîte postale 2488) ou par mail : redaction@lorientlejour.com
Le souvenir de Raymond Eddé
Regardant avec émotion le retour du général Michel Aoun après quinze ans d’exil, je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour ceux qui n’ont pas eu la chance de leur vivant de connaître cette joie. On a pu critiquer ou sourire de l’intransigeance de Raymond Eddé, qui refusait de céder au chant de certaines sirènes complaisantes et martelait inlassablement sa détermination à ne fouler le sol de son pays qu’après la sortie des troupes étrangères.
S’il n’y avait pas eu ce genre d’homme garant de valeurs symboliques, il n’y aurait probablement pas eu de 14 mars. La reconstruction d’une indépendance nécessitera en revanche beaucoup plus que des symboles : il faudra aussi un peuple qui la désire.

Pr Jean-Jacques MOURAD
Paris

Réconciliation, mais…

Oui, elle...