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Actualités - Opinion

Le point God save Tony

L’équivalent anglais de la roche Tarpéienne, c’est quoi ? De mémoire de fidèle sujet de Sa Majesté, on n’a jamais vu des députés aussi pressés de voir s’en aller l’homme qui vient de leur offrir une victoire historique. Depuis, les plus virulents adversaires du Premier ministre au sein de son propre parti se bousculent sur les chaînes de télévision pour exposer le plus doctement du monde les multiples raisons qui militent en faveur de son départ, alors que ses amis (de plus en plus rares en ces temps de disette politique) s’évertuent à expliquer pourquoi il doit demeurer en poste, mais pour trois nouvelles années seulement . Comme si, une fois acquis – quoique la guerre irakienne demeure hautement impopulaire en dépit de tous les maquillages entrepris par les « spin doctors » –, ce troisième mandat consécutif ne revêtait plus aucune signification profonde même si le pays continue d’afficher une bonne santé dont l’insolence n’a d’égal que la durée. Ce miracle économique, parlons-en. Les spécialistes constatent aujourd’hui que sur les cinquante trimestres de boom continu, moins de la moitié sont dus à l’actuel locataire du 10, Downing Street et à son chancelier de l’Échiquier, Gordon Brown. Ils notent en outre que pour améliorer de 3 pour cent les services de santé, le gouvernement a engagé des crédits supplémentaires de 30 pour cent ; que la qualité des résultats scolaires est à mettre au compte d’une nette baisse des niveaux requis ; que les queues devant les hôpitaux s’allongent et que le métro de la capitale, le fameux « tube », est le plus déficient du monde. La victoire, soutient aujourd’hui l’ancien chef de la diplomatie Robin Cook, a été obtenue non pas grâce, mais malgré notre leader. Encore, au soir de jeudi dernier, était-on loin du raz-de-marée escompté, la majorité à la Chambre des communes ayant fondu, passant de 161 sièges d’avance à 67, avec des pertes significatives à Londres même, ainsi qu’au pays de Galles et en Écosse. Bien sûr, dans son fief de Sedgefield, Tony Blair a été réélu par 44,5 pour cent des voix, mais la perte est de six points par rapport à la précédente consultation et ailleurs, tant les Tories que les indépendants enregistrant de notables percées. La casserole la plus difficile à traîner est celle de l’Irak, comme en témoignent – un exemple entre des dizaines d’autres – les résultats dans la circonscription londonienne de Bethnal Green and Bow, un fief travailliste, où le gauchiste rebelle George Galloway, expulsé du parti pour sa virulente opposition à l’alignement sur les États-Unis, l’a emporté face à l’ultra blairienne Oona King. C’est que l’addition militaire, survenant après les engagements dans les Balkans, en Sierra Leone et en Afghanistan, a fini par être particulièrement lourde au regard de son coût. On notera cependant pour la petite histoire que l’expédition anti-Saddam Hussein aura été également bénéfique pour d’autres dirigeants, comme George W. Bush lui-même ou encore l’Australien John Howard, l’exception la plus notable étant représentée par l’Espagnol José Maria Aznar, victime de son excès de confiance et du dérapage enregistré à la suite de l’attentat ferroviaire de Madrid. Mis à part les conservateurs, qui avaient réussi une performance aussi brillante sous l’égide de Margaret Thatcher avant sa retraite de 1990, les autres groupes de l’opposition s’en tirent mieux que prévu. Charles Kennedy, leader des libéraux-démocrates, peut même estimer, avec un gain de 16 sièges par rapport à la consultation de 2001, que l’on vient d’assister à la consécration du système des trois partis. Avec une tendance à un crépuscule travailliste ? Pas si sûr, à tout le moins dans le proche avenir. À la veille des élections, Blair avait annoncé qu’il menait sa dernière campagne mais qu’il comptait terminer son mandat de cinq ans alors qu’il aura seulement 56 ans. Nullement désarmé pour autant, l’un de ses plus farouches détracteurs, l’ancienne ministre Clare Short, lui reproche de vouloir s’accrocher et le qualifie de « vieux dirigeant, incapable d’avoir une pensée rafraîchie, renouvelée ». Devant la grogne des jeunes poulains du parti et alors que Brown lui-même commence à donner des signes d’impatience, il est question d’engager une procédure interne susceptible de mener à l’élection d’un nouveau dirigeant. Une initiative qui ferait un peu désordre quand on songe que l’intéressé doit assurer la présidence tournante de l’Union européenne vers la fin de l’année en cours. D’ici là, l’homme affublé des sobriquets les moins flatteurs (« Bliar » pour les uns, « caniche des Américains » pour les autres) ne donne pas l’impression de vouloir décrocher, fort du soutien renouvelé, même s’il paraît conditionné, de ses électeurs. Sur les bords de la Tamise encore moins qu’ailleurs, on ne change pas une équipe qui gagne, même chichement. Christian MERVILLE

L’équivalent anglais de la roche Tarpéienne, c’est quoi ? De mémoire de fidèle sujet de Sa Majesté, on n’a jamais vu des députés aussi pressés de voir s’en aller l’homme qui vient de leur offrir une victoire historique. Depuis, les plus virulents adversaires du Premier ministre au sein de son propre parti se bousculent sur les chaînes de télévision pour exposer le plus doctement du monde les multiples raisons qui militent en faveur de son départ, alors que ses amis (de plus en plus rares en ces temps de disette politique) s’évertuent à expliquer pourquoi il doit demeurer en poste, mais pour trois nouvelles années seulement . Comme si, une fois acquis – quoique la guerre irakienne demeure hautement impopulaire en dépit de tous les maquillages entrepris par les « spin doctors » –, ce troisième mandat...