Elles ont choisi de conjuguer le titre d’ambassadeur à tous les temps du plus-que-parfait. Mesdames les ambassadeurs, femmes, épouses et souvent mères, portent avec élégance et séduction une fonction qui leur va comme un gant. Mêlant à la fois savoir-faire et douceur, autorité et diplomatie, sans jamais rien perdre de leur charme naturel. Égales aux hommes, mais avec ce détail qui change, elles sont les parfaites ambassadrices de leur État. Aujourd’hui, Naziha Zarrouk, ambassadeur de Tunisie au Liban.
La force tranquille de Naziha Zarrouk
La porte est en bois, neutre, un peu stricte. Mais on ne peut s’empêcher, dans cette salle d’attente formelle, de penser à toutes ces portes de Tunisie, les bleus de Sidi Bou-Saïd, presque inventés là-bas, les verts, les jaunes… Quelques courts instants de rêverie plus tard, la porte du bureau de madame l’ambassadeur s’ouvre et toutes les autres se referment. Naziha Zarrouk, une robe rouge, du même rouge que son drapeau, posé juste à côté d’elle, entre vite dans le cœur du sujet. « Je suis au Liban depuis septembre 2002. J’ai beaucoup voyagé, mais je ne m’étais jamais installée ailleurs que dans mon pays. J’ai eu de la chance, je ne suis pas du tout dépaysée. Le soleil, la verdure, la mer et la convivialité me rappellent la Tunisie. » C’est donc sous notre ciel, d’un autre bleu, que notre hôte a fait ses premiers pas très sûrs dans le monde diplomatique, tout en précisant : « J’ai été la première femme ambassadeur arabe nommée dans un pays arabe. » Une consécration quand on sait son parcours et sa lutte, très pacifique et démocratique, dans les années 80, pour que la Femme majuscule et enfin épanouie puisse obtenir ses droits et intégrer le paysage politique et professionnel de son pays. Naziha Zarrouk devient ainsi l’illustration parfaite de sa définition de la femme d’aujourd’hui, en Tunisie et dans le monde arabe. L’égale de l’homme, mais avec sa spécificité et dans sa culture. Sans rien renier et sans agresser, en demeurant, comme elle a su le rester elle-même, à la fois ferme et aimable ; un léger pli entre les yeux, l’esquisse d’un sourire, trahissant quelquefois son émotion. Émotion vite contrôlée, vite dissipée, car ce qui intéresse Naziha Zarrouk, c’est l’action. « Je suis féministe, avoue-t-elle, pour ceux qui en douteraient encore. Toute femme est une cause pour l’humanité, pour l’équilibre social et humain. Une société où la moitié de sa population est anéantie, mise à l’écart ou n’est pas en mesure de participer à la conception des projets d’avenir est une société qui boite. » Cette victoire personnelle et nationale, sans doute la savoure-t-elle fièrement, sans pour autant déposer les armes. « Il y a tant à faire encore. Les sociétés évoluent trop vite, d’une manière assez surprenante et brusque. Beaucoup de choses doivent être adaptées et mises au point pour que cette dynamique puisse se développer dans le bon sens. »
Militante convaincue
« Les politiciens viennent de tous les horizons », nous précise-t-elle. L’horizon de Naziha Zarrouk était l’enseignement, elle fut d’abord professeur de langue et de littérature arabes. Mais très vite, son militantisme a pris le dessus. « Je suis arrivée aux responsabilités politiques en passant par un militantisme au sein du parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique. En travaillant dans ses différentes structures, j’ai pu ensuite accéder aux postes politiques. » En effet, dès 1992, et après avoir été élue membre du comité central du parti, elle est nommée secrétaire permanente, avec un objectif déclaré : mettre au point la stratégie d’intégration de la femme dans la vie politique du RCD. En 1993, elle devient la secrétaire générale adjointe du parti et membre de son bureau politique, avant d’être nommée, deux ans plus tard, ministre des Affaires de la femme et de la famille. « En tant que ministres, nous concevons, nous réalisons des projets, nous poussons pour que les choses se fassent dans le bon sens. Inchallah que je possède bien cet exercice !» En octobre 2001 et après avoir été élue présidente de l’Association des femmes de la Méditerranée, elle devient ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi. Elle poursuit : « Six ans dans l’appareil exécutif et deux ministères, c’est une grande expérience acquise qui aide la personne à mûrir.» «La diplomatie, souligne-t-elle, est plus un poste de relations et d’observation. Une profession qui allie savoir-faire et maîtrise de soi. Il faut, c’est certain, des prédispositions et une certaine vision globale des choses qui soit assez objective. Je suis essentiellement politicienne de carrière. C’est là que je continuerais, si j’avais le choix… Mais j’irais où le devoir m’appellera. »
Un juste équilibre
Malgré ce devoir, qui l’a appelé durant toutes ces années à se dévouer corps et âme à ses fonctions, faire des voyages incessants, avoir des horaires de travail fort contraignants, Naziha Zarrouk a réussi une vie familiale où elle demeure un bel exemple à suivre. Mère de deux filles et d’un garçon, et aujourd’hui deux fois grand-mère, elle dit, à voix plus basse, le sourire attendri : « J’ai scrupuleusement veillé à ce que mes engagements ne perturbent en rien l’équilibre familial. » Titulaire du grand cordon de l’Ordre de la République de Tunisie et du grand cordon de l’Ordre du 7 novembre, elle aime à se rappeler quelques autres moments importants, comme son voyage à Pékin en 1995, lorsqu’elle a conduit la délégation tunisienne à la conférence internationale de la femme. Et son expérience dans notre pays, où elle a déjà eu pleinement le temps d’observer la femme libanaise. Elle nous confie: « De nombreuses femmes m’ont impressionnée par leur détermination, leur volonté, leur ténacité et leur force. Bahia Hariri est un bel exemple. Sa façon de vivre et de gérer sa douleur m’a épatée. » Et de conclure : « La Libanaise est une personne engagée, responsable, très ouverte et intéressée par le discours politique. Une femme moderne et bien ancrée dans son environnement et son milieu. Sans pour autant être dotée d’une représentation politique conséquente. Son inaccessibilité dans les sphères politiques ne reflète, en aucun cas, sa maturité. Et son absence est injustifiée. Beaucoup plus de femmes méritent d’être présentes dans l’enceinte parlementaire. » Bientôt, Inchallah !
Carla HENOUD
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Elles ont choisi de conjuguer le titre d’ambassadeur à tous les temps du plus-que-parfait. Mesdames les ambassadeurs, femmes, épouses et souvent mères, portent avec élégance et séduction une fonction qui leur va comme un gant. Mêlant à la fois savoir-faire et douceur, autorité et diplomatie, sans jamais rien perdre de leur charme naturel. Égales aux hommes, mais avec ce détail qui change, elles sont les parfaites ambassadrices de leur État. Aujourd’hui, Naziha Zarrouk, ambassadeur de Tunisie au Liban.
La force tranquille de Naziha Zarrouk
La porte est en bois, neutre, un peu stricte. Mais on ne peut s’empêcher, dans cette salle d’attente formelle, de penser à toutes ces portes de Tunisie, les bleus de Sidi Bou-Saïd, presque inventés là-bas, les verts, les jaunes… Quelques courts instants de rêverie plus...