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Actualités - Opinion

Le point Tour de Babel

Irak, pays de toutes les contradictions... Des exemples ? Le 30 janvier dernier, les sunnites dans leur immense majorité avaient décidé de boycotter le scrutin législatif. Aujourd’hui, ils prétendent dicter les conditions de leur participation au gouvernement présidé par Ibrahim el-Jaafari, au sein duquel demeurent sans titulaires un des deux postes de vice-Premier ministre et cinq portefeuilles, dont ceux de la Défense, du Pétrole et de l’Électricité. Autre exemple : la question de la débaassification. Plus de représentants de l’ancien parti unique au sein du pouvoir, de l’Administration ou de l’armée, décrète Abdel Aziz el-Hakim, le tout-puissant leader du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII) dont 24 frères, oncles ou cousins ont été assassinés par les séides de l’ancien tyran. Pas de purges massives, rétorquent les Américains, et ne doivent être limogés que les partisans de Saddam Hussein directement impliqués dans les atrocités commises durant les interminables années de son règne. Un exemple encore : tout le monde – Londres, Washington, Rome, Sofia en premier – est d’accord pour estimer que plus tôt les troupes étrangères seront retirées, mieux cela vaudra. Mais auparavant, il faudra venir à bout d’une insurrection qui retrouve de nouvelles forces chaque fois qu’on la dit sur le point d’être annihilée. Résultat , chacune de ses opérations retarde d’autant ce départ si ardemment désiré par tous. Le bilan des sept derniers jours est terriblement lourd : 250 morts, principalement dans les rangs des recrues de l’armée et de la police, des centaines de blessés, de nombreuses défections et un net flottement au niveau officiel. Le chiffre pour les quatre premiers mois de l’année présente, selon la Brookings Institution, est de 616 policiers abattus. Le ministre des Affaires étrangères Hoshyar Zebari avoue n’y rien comprendre : « Ces gens-là (les terroristes) haïssent la vie. Ils veulent tuer le plus grand nombre possible de personnes. » Ce qu’il ne dit pas, c’est que l’on ne peut localiser les caches des partisans d’Abou Moussaab Zarqaoui. Le général Richard Myers, chef d’état-major interarmes US, reconnaît que les capacités de la résistance demeurent intactes et que celle-ci est toujours présente « là où elle se trouvait il y a un an ». Les méthodes utilisées sont, elles, de plus en plus audacieuses : tirs contre des hélicoptères, voitures piégées, bombes humaines. En regard, le tableau de chasse officiel paraît ridicule. C’est tout juste si, de temps à autre, un responsable irakien ou un porte-parole militaire américain annonce l’arrestation d’un des « lieutenants » de l’insaisissable Jordanien, lequel, à en juger par les multiples déclarations, doit posséder autant d’adjoints que de candidats au suicide. La situation sur le plan politique n’est guère plus brillante. Passés les premiers moments d’euphorie au lendemain des élections générales, force est de constater que les États-Unis et les dirigeants qu’ils ont aidé à placer aux principaux postes de responsabilité font du surplace, comme durant les 460 jours depuis le déclenchement de la guerre et la mise sur pied de l’équipe Allawi. Il reste moins de huit mois avant une consultation populaire, fin décembre, censée déboucher sur l’installation d’une nouvelle équipe pour une durée de cinq ans. Auparavant, Jaafari dispose d’un délai expirant le 15 août pour obtenir l’aval de l’Assemblée nationale à une Constitution définitive, soit près de 15 semaines alors qu’il lui en avait fallu douze pour former une équipe demeurée incomplète. D’ici là, entre chiites, sunnites et Kurdes, les sujets de désaccord, sinon de discorde, sont nombreux, allant du rôle de la religion dans le nouvel État à la répartition des charges et des recettes provenant du pétrole, en passant par la délimitation géographique des zones d’influence. Mais le thème le plus préoccupant demeure celui de l’insécurité. Pour la présentation du cabinet, la semaine dernière, plus de 90 députés sur 275 s’étaient prudemment fait porter absents, au lendemain du décès d’une de leurs 89 collègues femmes, abattue en pleine rue de plusieurs rafales de mitraillette. Que la guérilla soit pour l’essentiel l’œuvre de fidèles de l’ancien régime, de fondamentalistes religieux et de quelques éléments étrangers, responsables locaux, journalistes européens et même militaires américains sont unanimes à le reconnaître. Toutefois, tel ne semble pas être l’avis du général John Abizaid. En effet, le chef du Centcom vient d’accuser la Syrie de laisser se mettre en place une perméabilité excessive à sa frontière orientale. Une attitude, reconnaît-il, qu’il ne s’explique pas. Mais est-ce là l’unique élément de la situation que l’Amérique ne comprend pas ? Christian MERVILLE
Irak, pays de toutes les contradictions... Des exemples ? Le 30 janvier dernier, les sunnites dans leur immense majorité avaient décidé de boycotter le scrutin législatif. Aujourd’hui, ils prétendent dicter les conditions de leur participation au gouvernement présidé par Ibrahim el-Jaafari, au sein duquel demeurent sans titulaires un des deux postes de vice-Premier ministre et cinq portefeuilles, dont ceux de la Défense, du Pétrole et de l’Électricité. Autre exemple : la question de la débaassification. Plus de représentants de l’ancien parti unique au sein du pouvoir, de l’Administration ou de l’armée, décrète Abdel Aziz el-Hakim, le tout-puissant leader du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII) dont 24 frères, oncles ou cousins ont été assassinés par les séides de l’ancien tyran....