La peur
(Ce n’est pas un roman de S. Zweig)
Le nouveau pape, dans son homélie inaugurale, a repris cet appel revigorant de son prédécesseur « N’ayez pas peur ! ». Mais au Liban, lorsque le Hezbollah se manifeste en proclamations (souvent tonitruantes) ou en parades paramilitaires, tout le monde a peur.
Pourquoi ne pas l’avouer ? En voici une illustration :
Le Nahar du dimanche 24 avril rapporte les propos suivants tenus la veille par le député Mohammed Raad, porte-parole du parti et chef de son bloc parlementaire (traduction textuelle certifiée conforme) :
« La résolution 1559 n’est pas dirigée seulement contre la Résistance, mais contre le Liban tout entier, et ceux qui se font les chantres de cette décision se mueront en hommes liges et en laquais des Américains… »
On regarde autour de soi pour chercher qui, au Liban, n’est pas visé par ces propos, à commencer par les trois Premiers qui reviennent de Rome, qui ont accepté la 1559 et se sont dits prêts à coopérer à son application. Nous pensons en particulier à l’admirable Mme Bahia Hariri. Ces anathèmes ne sont pas du vaudeville, mais laissent voir, derrière, les baïonnettes pointées sur les « mauvais citoyens » qui ne marchaient pas droit selon les conceptions des « patriotes ».
Triste contraste, au moment où l’émancipation est en train de gagner du terrain dans la région, de voir dans notre pays la persistance de l’emploi de la langue de bois, justement parce que ceux qui détiennent les rênes du pouvoir ne peuvent pas appliquer les paroles du pape : « N’ayez pas peur ! »
Albert SARA
À l’école de l’URSS
Dans cette crise politique, sociale et économique grave que traverse le Liban en ce moment, sur fond de retrait des troupes syriennes, personne ne veut prendre en considération un fait pourtant important. La Syrie a été un allié de la Russie soviétique et ses cadres ainsi que sa politique ont été formés par l’école socialiste communiste. La Syrie a appliqué au Liban le système de la Russie en Europe de l’Est, c’est-à-dire en annihilant les institutions nationales et en bafouant la constitution du pays satellite pour finalement tout superviser et diriger sur le plan local.
Joseph TABBAH
Décorations ultimes
Après bien des années, les Syriens s’en vont... décorés. C’est un comble !
Mais combien d’honnêtes patriotes sont morts pour la même République, partis sans tambours ni trompettes et sans être décorés ou honorés post mortem ?
Et combien de patriotes continuent à croupir dans les geôles voisines ?
Quand ils en sortiront, bientôt nous l’espérons, seront-ils décorés et honorés ?
Vivement le changement de mentalité !
Dimitri HABIS
Al-Khobar, Arabie saoudite
Né un 26 avril
Je suis né le 26 avril 1966 à Beyrouth. Des dix premiers anniversaires célébrés au Liban, des photos commémoratives jaunies dans l’album familial tenu par ma mère rappellent que certains 26 avril se sont passés sous le couvre-feu. J’ai fêté mes 20 ans à Paris, le jour de l’explosion de la centrale de Tchernobyl. Depuis, chaque date anniversaire est source d’inquiétude ! J’ouvre ce matin-là la une de L’Orient-Le Jour sur l’Internet et j’ai le cadeau le plus inattendu et le plus précieux que l’on m’ait jamais offert : le départ de Rustom Ghazalé. Fébrile, je fouille dans les archives de l’histoire à la quête d’un évènement symboliquement aussi fort pour le Franco-libanais que je suis : le 26 avril 1945, le maréchal Pétain s’était constitué prisonnier. L’histoire et les dates fournissent parfois des raccourcis émotionnels qu’il m’a plu de prendre aujourd’hui. Prions ensemble pour que le peuple libanais ne rate pas encore une fois cette unique opportunité de liberté.
Pr Jean-Jacques MOURAD
Bobigny, France
Politique et levée de fonds
La lettre, en provenance du Canada, d’une lectrice (« L’Orient-Le Jour » du mardi 26 avril 2005) nous a valu… deux autres lettres : la première est une réponse du Courant patriotique libre ; la seconde est une précision de Mme Laure Monin, épouse du professeur Pascal Monin. Nous publions ici l’une et l’autre :
La réponse du CPL :
Il est courant dans beaucoup de pays démocratiques, et notamment en France et aux États-Unis, que les partis politiques fassent des campagnes de levées de fonds, appelées « fund raising », pour financer leurs campagnes électorales et leurs activités politiques. L’appel aux donations sur le site www.tayyar.org entre dans le cadre de cette opération. Cette pratique saine et totalement transparente pourrait surprendre certains lecteurs au Liban, dont Mme Monin, habitués aux hommes et partis politiques qui ont choisi la corruption et l’abus de pouvoir comme mode de financement de leurs activités politiques. Le Courant patriotique libre souhaite à travers cette opération contribuer à l’évolution des pratiques et des mentalités au Liban dans le sens de la modernité, de la transparence et de l’intégrité.
Courant patriotique libre
Comité tayyar.org
La précision de Laure Pascal Monin :
Je ne suis pas la personne ayant envoyé une lettre sous le titre « Situation incompréhensible » au courrier des lecteurs, publiée dans L’Orient-Le Jour daté du 26 avril 2005 et signée Laure Monin.
Pensée à méditer par nos politiciens
Que de bruit, que de palabres, que de discussions stériles pour disséquer le partage de postes et charges à remplir pour le plus grand bien de la « res publica » (la chose publique). Le gouvernement n’est pas parvenu à satisfaire tout le monde pour le partage du gâteau.
Cela me rappelle ce passage si éloquent cueilli dans les Mémoires du général Maurice Sarrail, un des plus brillants soutiens du général Joffre à la bataille de la Marne (1914). Le général Maxime Weygand, haut-commissaire sortant, lui donna ce conseil prophétique : « Maurice, je suis venu ; c’était le chaos et l’insécurité totale ; le brigandage régnait dans tout le pays ; j’ai dressé les potences ; le pur hasard a voulu que sur les 14 condamnés, 7 étaient chrétiens et les 7 autres musulmans appartenant à tous les rites ; j’ai conclu que j’ai failli quelque peu à ma mission. Car, écoute-moi bien Maurice, pour gouverner ce pays mosaïque (17 communautés), celui-là n’est pas encore né et ne le sera pas avant longtemps. Donc, ce gouverneur se doit de se souvenir qu’il marche sur un gazon d’œufs de Pâques ; s’il va vite, c’est l’omelette au bout du parcours ; même s’il va doucement, très doucement, il ne manquera pas de briser quelques-uns. Donc, celui-là, ce digne gouverneur, se doit de ménager les susceptibilités. Malgré ma meilleure volonté, j’ai coulé piteusement à mon examen. »
Cher Monsieur le Président du Conseil, vous avez bien commencé ; il faut savoir terminer. Bon courage !
Brigadier retraité François GENADRY
Opportunisme et machiavélisme
Il est vraiment écœurant de constater à quel point l’opportunisme et le machiavélisme sont encore présents chez nos politiciens. Dès qu’il a été question d’une amnistie pour Samir Geagea, M. Abdel Rahim Mrad a voulu en tirer profit et se gagner la faveur de quelques voix. Il a de suite mis en parallèle l’amnistie demandée pour le leader des FL, victime d’une injustice flagrante qui a terni notre image de pays démocrate, avec celle de terroristes coupables d’avoir décapité et assassiné des militaires et civils innocents, et planifié des attentats (heureusement avortés) contre des symboles étrangers chez nous.
Et si ces terroristes devaient être libérés, ils s’égailleront aussitôt dans la nature et feront école et essaimeront en une multitude de terroristes. De grâce, nous ne voulons plus retomber dans les erreurs du passé.
Et aussi, comment a-t-on le toupet de se révolter et de protester à cor et à cri, contre les décisions européennes d’interdire d’émission sur leur territoire une certaine télévision, alors qu’à commencer chez nous, tous ces édiles si loquaces et si âpres à défendre la cause de la veuve et de l’orphelin ont oublié ce qui s’est passé avec la MTV ?
Élie MAMARI
Le retour des touristes
L’année touristique 2005 s’annonçait sous de très bons auspices. Les chiffres de janvier et de la première semaine de février auguraient d’une année des plus prospères de l’histoire du Liban moderne. Les prévisions les plus pessimistes avançaient un chiffre de 1 600 000 touristes dépassant de quelques centaines de milliers le chiffre record de 1 400 000, un chiffre inégalé jusqu’à nos jours, enregistré le 31 décembre 1974, à l’époque où Beyrouth figurait au septième rang mondial des villes les plus fréquentées et des destinations les plus en vogue, selon l’OMT (rapport de 1975).
Des manifestations culturelles de très grande envergure étaient prévues. Concerts, festivals, de Baalbeck à Beiteddine en passant par Byblos et Beyrouth, le pays du Cèdre allait connaître une année sans précédent qui le consacrerait comme un des centres artistiques les plus dynamiques d’Orient pour l’an 2005.
Mais comme à chaque signe de redressement économique, une déstabilisation politico-sécuritaire se produisait, comme si le développement et la prospérité représentaient des lignes rouges à ne pas franchir.
À l’heure où les spots publicitaires touristiques sur l’Égypte, la Grèce, Chypre, la Turquie, Dubaï et la Jordanie envahissent les écrans du monde, une campagne publicitaire mondiale n’est plus une nécessité mais un devoir d’urgence. À bon entendeur, salut !
Walid ABOU SAMAH
Attention aux dérapages
Il est évident qu’une ère nouvelle s’inscrit progressivement au sein de l’environnement socio-politique. Seulement, tout un processus de préparation et d’assimilation, une prise de conscience en bonne et due forme, s’impose de toute urgence. Justement pour ne pas glisser en terrain propice aux dérapages.
Du point de vue sociologique, il est du devoir des différentes forces politiques de retenir et de canaliser les sentiments des uns et des autres, qui menaceraient de déborder. Tout en préparant le retour probable de Michel Aoun et Samir Geagea sur la scène politique. Car après tant d’années de mise à l’écart, ce retour ne peut que provoquer un choc, du moins psychologique, au plus socio-politique, chez les partisans concernés. Alors il faut rééduquer les sentiments, penser les émotions d’une façon constructive, pour ne pas retomber dans les erreurs du passé.
Nos nerfs, ceux des jeunes surtout, sont actuellement à fleur de peau. Une page de notre histoire est tournée, mais une autre est en train de s’inscrire. De grâce, attention aux dérapages que beaucoup essaieront de provoquer et que seule l’instauration d’une adéquate « culture de l’événement » saura contrer.
Ne laissons pas nos ambitions nous entraîner au-delà de notre objectif principal, le rééquilibrage des forces, au risque de perdre à jamais une occasion historique. Et de confirmer, par-là même, les appréhensions des parieurs.
Muriel MATTA
Limassol
Priorité à l’unité
Le retour du général Aoun au Liban et la libération du Dr Geagea bouleverseront très certainement le paysage politique libanais en général et chrétien en particulier.
Leurs deux formations ont leurs sacrifices, leurs succès, leurs erreurs, leurs ambitions, leurs candidats, et leurs patrimoines politiques.
Leur désunion a été à l’origine de la chute d’un certain Liban.
Leur union contribuera à confirmer les contours de la IIIe République.
Il est à craindre de voir se réveiller les esprits du mal qui chercheront à raviver de douloureux souvenirs pour affaiblir le camp souverainiste. La seule parade est dans l’union pour le Liban.
Le pays gagnera à voir le Courant et les FL se fondre en un seul parti, dirigé alternativement par Michel Aoun et Samir Geagea. C’est loin d’être une idée saugrenue ou une vue de l’esprit.
Les deux hommes ont toujours choisi les principes avant les intérêts.
Que Dieu leur donne la sagesse pour faire triompher le principe majeur, celui de l’unité, au détriment des intérêts électoraux ou personnels.
Raymond NAMMOUR
Côte d’Ivoire
On ne vous oubliera jamais
Si notre jeunesse a su quand et comment s’exprimer, si elle a respecté le droit de chacun de s’afficher, si elle a acquis une maturité civile et civique « 100 pour cent made in Lebanon », si les sociétés les plus évoluées jalousent cette nouvelle constante, qui s’exporte et qui se donne en exemple, si malgré trente ans de pénombre sinon d’ombre, les valeurs civiles et civiques ont survécu, si notre jeunesse accouche d’une nation moderne et refuse un régime corrompu, c’est en grande partie grâce à des professeurs, des instituteurs et des institutrices, qui se sont donnés, et qui ont offert à nos enfants le plus beau cadeau, celui d’entrer dans un nouveau siècle par la grande porte.
Merci, mesdames et messieurs les professeurs, on ne vous oubliera jamais.
Jean-Claude DELIFER
Montréal, Canada
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