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Actualités - Opinion

Le point À l’italienne

C’est Gianfranco Fini, le fidèle allié de jours autrement plus heureux, qui s’est chargé de porter l’estocade au lendemain du retrait des centristes : « J’ai les démissions des ministres (ceux de sa formation) en main ; si c’est nécessaire, je les présenterai », a dit le leader d’Alliance nationale (AN) et numéro deux de l’équipe au pouvoir gouvernement. À cette ire, il existe plus d’une raison dont la moindre n’est pas la fâcheuse propension de Silvio Berlusconi à se livrer à des pirouettes qui laissent pantois ses adversaires et jusqu’à ses fidèles alliés. Lundi, Il Cavaliere – c’est l’un des innombrables surnoms dont l’affublent ses nombreux détracteurs – avait laissé croire qu’il était sur le point de remettre son tablier... avant d’opérer une de ces volte-face dont il a le secret et de déclarer, à l’issue de sa rencontre avec le chef de la Ligue du Nord, Umberto Bossi : « Je ne vais pas me démettre ; je n’y pense même pas une seconde. » Trop n’est-ce pas trop, même dans un pays où les exagérations les plus graves ne sont que peccadilles prêtant à sourire ? Lundi 3 et mardi 4 avril : les Italiens participent à des élections municipales auxquelles les a appelés un gouvernement qui avait parié sur une faible participation en raison du deuil pour la mort de Jean-Paul II. Les quatre partis formant la coalition de centre-droit au pouvoir contrôlent huit des treize régions en jeu, sur un total de vingt ; ils espèrent, au pire des cas, conserver leur supériorité. Au lieu de quoi c’est la Bérézina. Le jugement des urnes est sans appel : il ne leur reste que la Lombardie et la Vénétie, les autres places fortes s’étant effondrées comme châteaux de cartes. Perdus ainsi le Latium (périphérie de Rome) et surtout les Pouilles (Sud), tombées dans l’escarcelle des communistes de Niki Vendola. Au niveau national, l’opposition passe à 52,9 % des voix contre 45,1 aux loyalistes. Une débâcle d’une ampleur telle, écrit le Corriere Della Sera, que rien ne peut l’atténuer, encore moins l’excuser. Pourtant Sua Emmitenza – Son Émetteur, en allusion aux innombrables chaînes de télévision dont il est propriétaire – aura passé ces derniers mois à cajoler l’électorat. C’est ainsi qu’il a commencé par gratifier ses concitoyens de deux baisses d’impôt, accompagnées il est vrai d’un relèvement de plusieurs taxes indirectes. Mais, connaissant le poids du déficit budgétaire et celui des dettes contractées par l’État, l’opinion publique n’a pas semblé accorder foi à des promesses que n’accompagnait aucun train de réformes susceptibles de libéraliser une économie sclérosée. Il y a eu aussi l’engagement à retirer dès le mois de septembre le contingent présent en Irak aux côtés des Américains. Une promesse reniée le lendemain même – le délai annoncé ne représentait qu’un simple souhait, dira le président du Conseil –, à la suite d’un entretien avec George W. Bush, alors même que 70 % des Italiens réclament un rapatriement immédiat de ces unités. Enfin, l’alliance conclue avec la Ligue du Nord d’Umberto Bossi, un mouvement populiste et xénophobe, n’a pas fait que des heureux dans les rangs de l’actuelle majorité. Malgré ses multiples erreurs et errements, le Premier ministre sortant, en poste depuis 2001, doit être crédité d’un record de longévité sans précédent depuis la dictature de Benito Mussolini (1922-1943) – dont certains héritiers politiques figurent d’ailleurs en bonne place dans la présente coalition. Son départ annoncé relance les spéculations concernant des élections anticipées que son principal adversaire, Romano Prodi, paraît assuré de gagner. Hier en soirée, le chef du gouvernement donnait l’impression de vouloir préparer son retour, à la tête d’une équipe disposant d’un nouveau programme de travail qui lui permettrait d’aller jusqu’au terme du mandat de la présente législature, soit au printemps 2006. Au vu du discours prononcé en début d’après-midi devant le Sénat, il est probable que ses deux alliés de l’UDC (Union des chrétiens-démocrates) et d’AN ne feront pas défection et continueront de lui accorder leur caution. Pour ces deux partis, c’est cela ou la perspective, peu alléchante, d’élections anticipées dont ils pourraient être, avec Forza Italia, les principales victimes. À quelques jours d’une campagne électorale lancée au printemps de l’an 2000 au pas de charge, Berlusconi haranguait ainsi ses troupes : « Nous attaquerons par le ciel, par la terre, par la mer. Et nous gagnerons. » Tout se passe comme si, cette fois encore, il devait l’emporter. Et tant pis pour Piero Fassino, leader du Parti démocratique de la gauche, qui trouve que tout cela commence à trop ressembler à « une farce indécente ». Au moins aura-t-elle été jouée jusqu’au bout. Christian MERVILLE
C’est Gianfranco Fini, le fidèle allié de jours autrement plus heureux, qui s’est chargé de porter l’estocade au lendemain du retrait des centristes : « J’ai les démissions des ministres (ceux de sa formation) en main ; si c’est nécessaire, je les présenterai », a dit le leader d’Alliance nationale (AN) et numéro deux de l’équipe au pouvoir gouvernement. À cette ire, il existe plus d’une raison dont la moindre n’est pas la fâcheuse propension de Silvio Berlusconi à se livrer à des pirouettes qui laissent pantois ses adversaires et jusqu’à ses fidèles alliés. Lundi, Il Cavaliere – c’est l’un des innombrables surnoms dont l’affublent ses nombreux détracteurs – avait laissé croire qu’il était sur le point de remettre son tablier... avant d’opérer une de ces volte-face dont il a le...