1595 dans l’histoire
Maintenant que la résolution 1595 de l’Onu a été votée à l’unanimité, nous sommes tous impatients de connaître la vérité. Mais selon quelques observateurs, des points d’ombre risquent d’entraver le travail des enquêteurs. En effet, la commission ne pourra pas convoquer des personnes qui ne se trouvent pas au Liban. Ce qui explique que des frères et nos ex-anges gardiens en feront exception. Il suffit de porter les lunettes de l’histoire pour comprendre une étrange loi appliquée en 1595 du temps des Ottomans par le sultan Mohammed III, qui ordonna la mise à mort de ses dix-neuf frères pour pouvoir régner seul. Et, dans un autre coin du monde, c’est, en 1595, le retour du roi Henri IV au catholicisme. Loin de tout égoïsme, de toute soumission, la liberté et le retour aux sources restent l’ultime choix des Libanais.
Antoine SABBAGHA
Sauvons notre pays
Sauvons ensemble le Liban. C’est une phrase qu’on devrait se répéter une fois, deux fois, trois fois.
Oublions notre religion, notre parti politique, et unissons nos forces pour atteindre notre but. L’union fait la force, et c’est ce que le pays demande. Travaillons ensemble et rendons hommage à tous ceux qui nous ont quittés. À travers nos manifestations, nous avons gagné une bataille. Continuons pour gagner la guerre.
Vicky ISSA EL-KHOURY
Collégienne
Le Liban retient son souffle
Le Liban retient son souffle. Une plongée en apnée en pleine Méditerranée! Le Liban plonge dans l’espoir fou de remporter une victoire longtemps souhaitée. Peur de couler ? Ça fait trente ans que le pays coule, il est grand temps de remonter à la surface !
Depuis le 14 février 2005, le Liban pleure Rafic Hariri, mais surtout trente ans de silence et d’oppression.
Une jeunesse qui se réveille d’un long coma politique, une jeunesse qu’on avait oubliée, ignorée. Oui, elle a soif de liberté, même si une telle liberté s’avérait fragile dans un pays comme le nôtre. Oui, elle a peur de ne s’accrocher de nouveau qu’à des illusions et de retomber dans la déception. Et pourtant elle plonge, en espérant que cette fois-ci sera la bonne.
Katia Bouéri
Bravo les opposants !
Il était bon de maintenir vos demandes, sans sourciller aucunement : vous avez encore mieux réussi en faisant nommer Najib Mikati, un homme intègre – avec ses faiblesses, certes, et ses penchants politiques, comme tout autre (mais plus mesurés) – qui saura maintenir le cap vers l’indépendance, des élections libres et sans retard, en écartant les chefs des « services », assurant ainsi la non-ingérence des services syriens et libanais.
Et que la vérité soit faite sur l’assassinat de Rafic Hariri, grâce au concours de l’Onu, et surtout des États-Unis et de la France.
Nous progressons enfin vers notre nouvelle indépendance et notre fierté en tant que Libanais.
Encore faut-il que nous allions tous aux urnes pour formuler notre choix.
Élie Antoine SEHNAOUI
Ingénieur
À Beyrouth
Bercée langoureusement par la Méditerranée
Ensorcelant joyau au charme suranné
Yseult d’un Tristan aux amours profanées
Réceptacle béni, mémoire des années
Odyssée des braves, de lauriers couronnés
Une rose d’Orient aux effluves safranés
Témoin de conquérants aux âmes damnées
Héroïque capitale par les dieux parrainée.
Beyrouth, chaque matin, par tes fils, pour tes fils, tu renais.
Liliane MASRI
Prière
Seigneur Jésus, ayez pitié de Jean-Paul II
Car il est digne de Vous regarder dans les yeux
Là où il y a le doute, il a mis la foi
Là où il y a la tristesse, il a mis la joie
Là où il y a l’offense, il a mis le pardon
Là où il y a la discorde, il a mis l’union
Là où il y a les ténèbres, il a mis Votre lumière
Faites de lui, Seigneur, le saint de l’univers
Orientez-nous à vivre comme lui, saint
Vous êtes tout pour nous et, Seul, la fin
Georges RICHA
Un berger vient de tomber
« Un berger vient de tomber sous les armes
Le cœur de l’humanité est en larmes
Et le monde bouleversé, réalise d’un seul coup
que la terre engendre quelquefois des fous
Comme nous l’ont appris les prophètes
Qui sème le vent récolte la tempête
Alors j’affirme aujourd’hui à ceux qui l’ont sacrifié
Que déjà dans le ciel on les a jugés [...]
Des idées qu’il défendait et cette main qu’il tendait
Serviront un jour ou l’autre à faire la paix. »
Ces paroles n’ont pas été écrites pour Rafic Hariri après sa mort. Il s’agit d’une chanson d’Enrico Macias, qui remonte à 1982, après l’assassinat du président égyptien Anouar Sadate. Elles sont tout aussi valables pour notre regretté Premier ministre, vingt-trois ans après. Le chemin que Rafic Hariri a tracé, nous l’avons tous en mémoire, et c’est en martyr qu’il a forcé les portes de l’histoire.
Georges GHARIOS
Étudiant à l’AUB
NDLR
Dans le nombreux courrier que nous recevons quotidiennement, certaines lettres comportent des passages qui seraient difficilement publiables. Pour cette raison, et aussi afin de faire paraître le plus grand nombre possible de lettres, le journal se réserve le droit de n’en reproduire que les parties les plus significatives et d’en rectifier certains termes désobligeants. En outre, chaque missive doit comporter la signature (nom et prénom) de son auteur. Les lecteurs, nous en sommes certains, le comprendront, ce dont nous les remercions par avance.
Albert Moukheiber reste dans nos cœurs
Il s’agit d’une belle revanche sur l’histoire. Ils se retirent, et toi tu restes dans nos cœurs.
Cela fais trois ans que tu es parti, et pourtant, tu es toujours là, dans notre mémoire. Tu étais le doyen de l’opposition, et tu le resteras. Il est bien dommage que tu ne sois pas là pour les voir se bousculer pour faire partie de l’opposition, alors même que la plupart d’entre eux ne sont pas des opposants. Tu n’auras pas eu la chance d’entendre l’écho de ton rugissement, au Parlement, pour le retrait syrien, cet appel du cœur qui les avait tous tétanisés.
Il y a quelques années, tu étais le seul à élever la voix. Trois ans après ton départ, ils ont tous enfin trouvé le courage de suivre tes pas. Le jour où tu as demandé aux Syriens de s’en aller et de laisser le Liban à ses fils, ils ont tous trouvé cela étrange, inimaginable. Aujourd’hui, des rêves sont devenus la plus belle des réalités. Le 30 avril 2005, ton vœu aura été exaucé : le Liban redeviendra libre et indépendant, comme tu l’as toujours voulu.
Trois ans qu’Albert Moukheiber n’est plus là. Quelqu’un se souvient-il de ses propos sous la coupole du Parlement, en ce jour historique de la vie du Liban démocratique ? C’est comme si, cher médecin des pauvres, pour reprendre ce surnom que tu affectionnais tant, tu avais vu plus loin que les autres. Précurseur comme toujours, tu les a tous précédés en réclamant le retrait syrien, et puis tu t’en es allé avant que ton rêve ne devienne réalité. C’est pourquoi tu nous manques plus que jamais maintenant, au moment où le dernier soldat syrien s’apprête à quitter le territoire libanais et que le Liban est tout près de redevenir un Liban libre et indépendant.
Albert Moukheiber, cher doyen des opposants et de ceux qui revendiquent la souveraineté et l’indépendance, ils s’en vont. Ils s’en vont, mais toi tu restes dans nos cœurs pour l’éternité.
Massoud ACHKAR
Trente ans après
Il a fallu attendre trente ans et la mort d’un dernier martyr pour que le complot international contre le Liban prenne fin. Je dis bien complot car il s’agit d’un travail de sape entrepris contre le Liban et non d’une guerre religieuse ou civile comme on voulait tant nous le faire croire.
On a voulu faire du Liban une patrie de rechange pour les Palestiniens, une annexe à la Syrie, un petit État « pro » ceci ou « anti » cela. Mais tous les complots ont échoué, car personne n’a voulu comprendre ou croire qu’un petit bout de pays sans ressources n’a qu’un seul besoin pour survivre : le peuple libanais multiconfessionnel.
Trente ans de la vie d’un pays gaspillés pour sauvegarder les pays voisins ; plus de 200 000 hommes, femmes, enfants tués pour permettre à d’autres de sauver leur peau.
Rendons hommage à chaque Libanais mort pour sa patrie. Rendons hommage à chaque Libanais qui s’est battu pour que son pays continue à exister. Soyons fiers d’avoir démontré au monde entier que le mot libanisation, comme ils l’entendent, n’est pas propre au Liban et ne sera jamais appliqué au Liban.
Alors il ne nous reste plus qu’à leur apprendre la vraie définition du mot libanisation : processus d’union d’un État souverain et indépendant, résultant de l’amour entre ses diverses communautés.
Le chemin est long, semé d’embûches. Il nous faut maintenant instaurer une nouvelle République avec une Constitution basée sur la fraternité communautaire. C’est alors que le Liban vaincra et existera pour l’éternité.
Carlos ACHKAR
Le vote des Libanais résidant à l’étranger
Monsieur le Premier ministre,
Depuis presque une année, nous nous efforçons, nous Libanais de l’étranger, d’obtenir du gouvernement libanais le vote d’une loi afin de permettre aux Libanais de la diaspora d’exercer leur devoir de citoyens en votant dans les prochaines élections législatives.
Comme vous le savez certainement, Monsieur le Premier ministre, il y a des centaines de milliers de Libanais qui se trouvent à l’étranger pour diverses raisons, notamment politiques jusqu’à hier et certainement économiques.
C’est la première fois depuis plusieurs années qu’un Premier ministre, en l’occurrence vous-même, a formé un gouvernement avec l’appui aussi bien de la « majorité » que de « l’opposition », en vue de préparer principalement des élections libres et démocratiques qui porteront les représentants du peuple à l’hémicycle pour jeter, nous l’espérons, les bases d’un Liban nouveau.
Comment alors procéder à des élections sans que tous les citoyens libanais puissent avoir la possibilité de participer à un scrutin aussi important ? Les procédures techniques ne sont pas tellement difficiles à mettre en œuvre ; il y a encore du temps. Ce qui manque, c’est la volonté politique.
J’espère qu’une équipe ad hoc sera formée pour étudier cette revendication et qu’elle vous remettra ses recommandations à temps pour qu’elles soient votées au même moment que la loi électorale.
Joseph W. ZOGHBI
Paris
Nous ne voulons plus...
– Nous ne voulons plus de la guerre et du sang. Ceux qui agitent pour leurs propres intérêts le spectre de la mort devront disparaître à jamais ou quitter ce pays.
– Nous ne voulons plus nous taire et courber la tête. Ceux qui veulent nous imposer le silence et la soumission devront s’agenouiller devant la volonté du peuple.
– Nous ne voulons plus aucune armée ou organisation politique étrangère sur notre sol ; elles devront toutes se retirer sans concession.
– Nous ne voulons plus de ces hommes politiques qui ont participé à la guerre ou au pillage du pays de l’après-guerre, qu’ils soient présidents, ministres, faux députés, chefs de milice, généraux exilés. Ils devront être remplacés par une nouvelle classe politique issue de la jeunesse qui s’est exprimée place de la Liberté.
– Nous ne voulons plus de ces hommes politiques, requins affamés, qui vendraient père et mère pour le moindre portefeuille d’un gouvernement de transition.
– Nous ne voulons plus de criminels dans les services de sécurité de notre pays. Ils devront être jugés, condamnés et emprisonnés.
– Nous ne voulons plus entendre des chefs de parti mentir au peuple et prétendre que la Syrie a reconstruit le Liban et Beyrouth. Après trente ans, l’occupation et l’hégémonie syriennes ont généré tant de sang, de destructions, de vols et de dettes que seuls les régisseurs du pays et leurs acolytes en sont responsables. Celui qui a reconstruit Beyrouth réside dans nos mémoires et au cœur de la place de la Liberté.
– Nous ne voulons plus entendre des chefs de parti nous dire que les armes des milices ou des camps de réfugiés civils sont essentielles. Aucun civil ou étranger ne devrait avoir le droit de porter des armes sur le sol libanais, quelle qu’en soit la raison.
– Nous ne voulons plus de cette anarchie administrative dans laquelle nous vivons. Le nouveau gouvernement d’après-scrutin aura la lourde tâche de reprendre à zéro les dossiers que ses prédécesseurs ont laissés vides par incompétence ou paresse.
– Nous ne voulons plus de cette multitude de partis politiques archaïques et dépassés. Ils devront évoluer, s’adapter, s’unir pour le bien du peuple ou disparaître dans l’histoire.
– Nous ne voulons plus de ce confessionnalisme qui s’apparente au sectarisme. La place de la religion est dans les lieux de culte. Un État libanais démocratique, convivial et laïc devra voir le jour.
Le choix se trouve désormais entre les mains du peuple qui s’exprime depuis deux mois place de la Liberté. Si nous voulons bâtir un véritable Liban pour demain et non retomber dans les vieilles querelles d’antan qui pointent à l’approche des élections. Il faudra satisfaire ces exigences. Il est temps que les nouvelles générations imposent leurs idées réformatrices. Voilà la véritable révolution.
Nabil DAGHER
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