Rechercher
Rechercher

Actualités

Le point Otages perdus

Dans cette malencontreuse expédition irakienne, iI faut croire que c’est maintenant au tour des Irakiens, après les Américains, de multiplier les bides. On n’est pas près d’oublier cette ahurissante affirmation du Pentagone à propos des introuvables armes de destruction massive : « Nous n’avons pas encore réussi à nous en emparer, mais cela ne signifie pas qu’elles n’existent pas. » Cette fois, ce sont les habitants de Madaïen qui pourraient bien être requis de prouver qu’ils ne détiennent pas des otages. Les faits. Depuis une dizaine de jours, les ministères bruissent de rumeurs sur des enlèvements et des contre-enlèvements dans cette localité située à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Bagdad où sunnites et chiites tentent – tant bien que mal depuis quelque temps – de cohabiter. Rien à voir cependant avec la secte des uns et des autres, s’agissant de sociétés régies plutôt par des coutumes tribales, comme c’est souvent le cas en Irak, et où les kidnappings sont pratique courante. Dimanche, toutefois, un attentat était perpétré contre une mosquée chiite de la ville, la détruisant entièrement mais ne faisant pas de victimes. La première, la chaîne de télévision locale al-Iraqiyah, faisait alors état de 150 otages retenus par des combattants sunnites, tandis que des agences de presse occidentales parlaient d’un exode massif d’une partie de la population et que Iyad Allaoui, le chef du gouvernement démissionnaire, évoquait des « atrocités sauvages » perpétrées, selon lui, dans cette petite cité, l’antique Ctesiphon, d’à peine 7 000 habitants. Puis le grand ayatollah Ali Sistani intervenait à son tour pour tenter de calmer les esprits. Hier matin, quelque 1 500 hommes, soit cinq bataillons, des unités spéciales du ministère de l’Intérieur, soutenus par les hélicoptères Apache de l’armée américaine, entreprenaient de ratisser les quartiers, à la recherche des otages (plusieurs dizaines, selon certaines sources, et seulement trois, selon d’autres). Dans les rues, ils découvraient des hommes vaquant à leurs occupations ou sirotant leur thé sur la place publique. Les rares journalistes qui avaient accompagné les militaires recueillaient des témoignages contradictoires. Ainsi, pour le colonel Aboul Jaou, il n’y avait « ni personnes enlevées ni terroristes », une constatation confirmée par un autre officier supérieur, le général de brigade Mohammed Sabri Latif. Par contre, le major-général Adnan Thabet prétendait, lui, avoir libéré neuf hommes, mais c’était pour ajouter aussitôt : « Les chiffres avancés à ce jour sont grandement exagérés. » À la tribune de l’Assemblée nationale, Kassem Daoud, ministre d’État chargé de la Sécurité nationale, lâchait : « On tente d’entraîner le pays dans une guerre civile. » La réalité n’est peut-être pas aussi alarmante qu’on cherche à le faire croire ; elle n’en est pas moins sérieuse. Onze semaines après les élections générales, l’Irak est aujourd’hui doté d’un Parlement, d’un Premier ministre, d’un président et de deux vice-présidents. Mais de cabinet, point. « Politiquement, c’est le vide », constate un porte-parole officiel. Les tractations se poursuivent, laborieuses, pour mettre sur pied une équipe capable de diriger l’Irak de l’après-Saddam, sans pour autant que l’homme déjà désigné pour en prendre la tête, Ibrahim Jaafari, réussisse à éviter deux écueils majeurs : à qui confier le portefeuille de l’Intérieur, comment régler le problème du département de la Défense que réclame pour l’un des siens la communauté sunnite ? Et, d’un autre côté, comment convaincre celle-ci de la nécessité de faire partie de l’équipe en voie de création, alors que la principale coalition politique chiite ne fait pas mystère de son intention de confier la sécurité à sa milice, formée en Iran ? La gestion des affaires par le chef de l’actuel gouvernement intérimaire est vivement contestée au sein de sa propre communauté. On reproche notamment à ce baassiste repenti sa récente décision de recourir à d’anciens camarades du parti pour leur confier des postes importants dans l’appareil de l’État ou même de l’armée, ce qui ferait craindre de nouveaux drames. En tournée des popotes, la semaine dernière, Donald Rumsfeld a essayé de calmer les appréhensions, affirmant que des représailles seraient « contre-productives ». Il est peu probable toutefois que les appels à la raison rencontrent un écho favorable au sein d’une population en proie depuis quelque temps à une véritable hystérie, dans un pays qui vit en état de guerre permanente depuis près de trois décennies et où les longues années de privations et de terreur ont laissé une empreinte qui a profondément marqué des générations entières. On en vient à douter que le sage Hammourabi reconnaîtrait les siens s’il revenait aujourd’hui à Babylone. Christian MERVILLE
Dans cette malencontreuse expédition irakienne, iI faut croire que c’est maintenant au tour des Irakiens, après les Américains, de multiplier les bides. On n’est pas près d’oublier cette ahurissante affirmation du Pentagone à propos des introuvables armes de destruction massive : « Nous n’avons pas encore réussi à nous en emparer, mais cela ne signifie pas qu’elles n’existent pas. » Cette fois, ce sont les habitants de Madaïen qui pourraient bien être requis de prouver qu’ils ne détiennent pas des otages.
Les faits. Depuis une dizaine de jours, les ministères bruissent de rumeurs sur des enlèvements et des contre-enlèvements dans cette localité située à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Bagdad où sunnites et chiites tentent – tant bien que mal depuis quelque temps – de cohabiter. Rien à...