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Absents, mais tellement présents (Photo)

Sur cette photo, accrochée à tant de frontons à travers le monde, ils sont sereins. Un léger sourire sous la moustache pour lui, un visage lumineux et ce regard généreux et franc pour elle. Hussein Hanoun al-Saadi et Florence Aubenas. À force de les voir comme ça, côte à côte depuis 100 jours, on les imagine facilement faisant une belle équipe. 100 jours. D’elle, on ne connaît que ce que ses collègues et amis ont bien voulu nous apprendre. Une passionnée dotée d’un solide sens de l’humour. On l’imagine arpentant le monde. En lisant ses textes, on sait qu’elle n’était pas en quête de sensationnel, mais d’humain. Pour preuve, l’histoire de Hussein, éboueur de 12 ans « pour trois dollars par jour à Bagdad », celle de Mustapha, gardien d’immeuble au bord de la crise de nerfs en banlieue parisienne, ou encore celle, particulièrement émouvante de Jean-Baptiste, celui « qui voulait réconcilier Hutus et Tutsis ». En parcourant ses lignes, on la devine à l’écoute des autres, prête à se faire leur porte-voix, à les sortir de l’oubli quand le monde a décidé de regarder ailleurs. Puis, il y eut ce jour, terrible, où Florence, de disparue, est devenue otage. Le jour où son visage, terrible de souffrance, est apparu en gros plan – sinistre effet de zoom d’un ravisseur en mal de cynisme – sur nos écrans. On appelle ça une preuve de vie. Vie de chien. Les genoux repliés sous elle, les cheveux dans les yeux, les traits tirés, le teint blême. Et ce regard, suppliant. Face à la puissance de cet appel à l’aide, on s’interdit d’imaginer ce que Florence a dû subir pour présenter ce visage. On s’interdit d’imaginer la noirceur des idées qui doivent hanter son esprit. On s’interdit aussi, pour elle, de baisser les bras, ou de ne plus espérer. Comme on espère que Hussein, bien qu’invisible sur cette bande vidéo, soit en bonne santé. Et on s’interroge sur le prix à payer pour l’information. Sur les conditions de travail des journalistes en zone de guerre. On s’interroge, tout en connaissant déjà la réponse à la question. Oui, il faut y aller, pas n’importe comment certes, mais il faut y aller. Comme Florence, comme les autres journalistes qui, de Bagdad à Abidjan, en passant par Harare, Islamabad, Kaboul, Rangoon, Pékin, Téhéran, Damas, Cuba... paient un tribut personnel au droit et à l’accès à l’information. Tous les jours, nous pensons à ces reporters qui sont tombés pour ne plus jamais se relever, à ces journalistes emprisonnés, blessés dans leur âme, dans leur chair. Tous les jours, nous pensons à ces trois journalistes roumains, kidnappés depuis 18 jours, à Hussein, à Florence. 100 jours que nous pensons à ces deux-là. En espérant pouvoir les oublier un peu, en les sachant sains et saufs, auprès des leurs. Enfin. Émilie SUEUR
Sur cette photo, accrochée à tant de frontons à travers le monde, ils sont sereins. Un léger sourire sous la moustache pour lui, un visage lumineux et ce regard généreux et franc pour elle. Hussein Hanoun al-Saadi et Florence Aubenas. À force de les voir comme ça, côte à côte depuis 100 jours, on les imagine facilement faisant une belle équipe. 100 jours.
D’elle, on ne connaît que ce que ses collègues et amis ont bien voulu nous apprendre. Une passionnée dotée d’un solide sens de l’humour. On l’imagine arpentant le monde. En lisant ses textes, on sait qu’elle n’était pas en quête de sensationnel, mais d’humain. Pour preuve, l’histoire de Hussein, éboueur de 12 ans « pour trois dollars par jour à Bagdad », celle de Mustapha, gardien d’immeuble au bord de la crise de nerfs en banlieue parisienne, ou...