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Actualités - Opinion

LE POINT Querelle de poids lourds

À coups d’explosions populaires «spontanées », de demandes de repentance, d’exigences d’excuses, les deux titans asiatiques, la Chine et le Japon, sont engagés depuis le week-end dernier dans une confrontation dont on connaît les causes réelles, sinon l’issue possible. Hier, le ton est monté, à la veille de la visite à Pékin du chef de la diplomatie nippone, Nobutaka Machimura. L’arbre qui cache la forêt ? Les manifestations de ces derniers jours, notamment à Canton, Shenzen et Chengdu, ont été jugées « tolérables » et « naturelles », deux qualificatifs qui ont fortement déplu à Tokyo. Pour le ministère japonais des AE, le Gaimushô, de telles violences « ne sauraient être justifiées pour quelque raison que ce soit dans la communauté internationale d’aujourd’hui ». Certes, on ne peut que juger louable le souci d’instaurer dans les rapports entre États un minimum de respectabilité qui, trop souvent, fait défaut. Mais il se trouve que la forêt en question est touffue et que sa formation remonte à fort loin. 1931 : les troupes de l’empire du Soleil levant déferlent sur la Mandchourie qu’elles vont occuper, ainsi que diverses autres régions chinoises, jusqu’en 1945. La Corée, les Philippines, la Malaisie, l’Indonésie, la Thaïlande, Singapour connaîtront la même infortune, ce qui laissera des traumatismes qu’aujourd’hui – pudeur asiatique... –, ces pays préfèrent occulter dans leurs rapports avec l’ancienne puissance impérialiste. L’histoire, elle, retiendra des atrocités et des exactions commises à l’époque le chiffre terrible de 35 millions de victimes au moins. En 1937, pour ne parler que d’un cas, celui de Nankin, des massacres avaient été perpétrés après la chute de la ville, faisant des dizaines de milliers de morts. Et que dire de ces milliers de Chinoises mises à la disposition des forces d’occupation qui en avaient fait des esclaves sexuelles ? Les Japonais viennent de rééditer une série de manuels scolaires qui minimisent (délicat euphémisme) toutes ces brutalités. Faux, rétorquent les intéressés, qui rappellent qu’à trois reprises au moins, soit dans les années 1972, 1995 et 1998, Tokyo avait exprimé publiquement ses « profonds remords », ce qui devrait être suffisant. Pendant que les autres nations concernées ont choisi de donner la priorité aux liens économiques, la Chine ouvrait plusieurs fronts. Il y a donc les séquelles du siècle dernier ; il y a aussi, plus récent, le front de la diplomatie internationale. Le Japon postule-t-il un siège permanent au Conseil de sécurité ? Il doit donc, estime le Premier ministre chinois Wen Jiabao, assumer la responsabilité de son action passée. Comme pour accélérer un tel processus, une nouvelle vague de xénophobie est prévue en cette fin de semaine à l’occasion de la visite du chef de la diplomatie nippone, attendu de pied ferme par des centaines de milliers de manifestations à travers le pays, la plus forte mobilisation de masse, dit-on, depuis le bombardement en 1999 par les forces de l’Otan de l’ambassade de Chine à Belgrade. Déjà sites Internet et forums de discussions en ligne fleurissent en ce printemps pékinois, pendant que des hackers chinois lancent des « attaques cybernétiques » et inondent de milliers d’e-mails les adresses de la police et du ministère de la Défense adverses. Les Japonais voudraient bien relativiser cette explosion et la mettre sur le compte du souci du régime de Pékin de trouver un substitut à une idéologie marxiste-léniniste-maoïste agonisante. Oui, mais, bien plus grave que les séquelles du passé et de quelques autres contentieux-gigognes, il y a cette dispute de titans autour des 200 milliards de mètres cubes de gaz – et sans doute de centaines de millions de barils de pétrole – dans la mer de Chine orientale. Le fait que ces richesses gisent à moins de 500 kilomètres de l’archipel d’Okinawa n’est pas fait pour arranger les choses puisqu’il n’existe aucune délimitation de la frontière maritime entre les deux pays. Et l’appel au dialogue lancé par le chef du gouvernement nippon Junichiro Koizumi « pour transformer une mer de confrontation en mer de coopération » est demeuré sans réponse. La tension, nettement palpable depuis quelque temps, est encore montée quand Tokyo a fini, cette semaine, par autoriser un groupe de compagnies à opérer des prospections là même où la China National Offshore Oil Corp effectue des explorations depuis août 2003. Aujourd’hui, les deux grands boulimiques du continent jaune sont engagés dans un processus de relance, après dix ans de stagnation, pour l’un, et pour l’autre de poursuite d’une formidable croissance industrielle. Autant dire que, « provocation de trop » ou pas, ils sont condamnés à s’entendre s’ils ne veulent pas risquer la relégation dans le peloton de tête des « tigres » de la région. Christian MERVILLE

À coups d’explosions populaires «spontanées », de demandes de repentance, d’exigences d’excuses, les deux titans asiatiques, la Chine et le Japon, sont engagés depuis le week-end dernier dans une confrontation dont on connaît les causes réelles, sinon l’issue possible. Hier, le ton est monté, à la veille de la visite à Pékin du chef de la diplomatie nippone, Nobutaka Machimura. L’arbre qui cache la forêt ? Les manifestations de ces derniers jours, notamment à Canton, Shenzen et Chengdu, ont été jugées « tolérables » et « naturelles », deux qualificatifs qui ont fortement déplu à Tokyo. Pour le ministère japonais des AE, le Gaimushô, de telles violences « ne sauraient être justifiées pour quelque raison que ce soit dans la communauté internationale d’aujourd’hui ». Certes, on ne peut que juger...