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Actualités - Opinion

Le point Monologue à deux voix

Il y a eu dimanche soir, devant l’hôtel Hilton, la manifestation d’une trentaine d’enfants juifs applaudissant le cortège du Premier ministre. Il y a eu, le lendemain, 2 000 chrétiens évangéliques amenés par autocars de l’Oklahoma et du Colorado, qui entendaient protester contre le démantèlement des colonies de Gaza... Les situations insolites, elle en a l’habitude, la localité de Waco (120 000 habitants), théâtre notamment en 1993 d’un siège de 51 jours suivi d’un carnage qui fit 83 tués dans les rangs des adeptes de la secte des davidiens. Pas de sang versé, pas d’excès biliaires non plus lors des vingt-quatre heures qu’aura duré le séjour texan d’Ariel Sharon – le ranch présidentiel de Crawford se trouve à une quarantaine de kilomètres de là. Par contre, le curieux monologue à deux auquel l’on a eu droit en aura désorienté plus d’un. « Israël doit démanteler les implantations illégales et respecter ses obligations à l’égard de la “feuille de route” », a dit George W. Bush, qui jamais n’aura paru aussi sincère dans sa défense de l’un des aspects de son projet de Grand Moyen-Orient. « Les grands centres de population resteront aux mains de notre pays dans le cadre de tout accord final », a plaidé Ariel Sharon, tout aussi sincère dans sa détermination à résister aux pressions d’un président américain qui semble avoir fait de la démocratisation du monde arabe l’un des objectifs majeurs de son second mandat. Étrange pas de deux en vérité que celui-là, dans lequel les deux hommes donnaient l’impression de suivre chacun une musique différente. Pour l’un, il s’agissait d’exploiter l’appui au plan de désengagement de Gaza pour accélérer le rythme des implantations en Cisjordanie. Pour l’autre, il ne peut être question désormais que de hâter l’avènement d’une paix trop lente à se concrétiser. Alors, dialogue de sourds, comme on l’a (un peu trop vite) prétendu ? L’idée ne serait pas pour déplaire au camp palestinien, qui voit déjà se profiler la perspective de pressions US sur Tel-Aviv lors de la négociation à venir. À l’origine, il y a le projet de créer 3 500 logements supplémentaires dans la colonie de Maale Adoumim (baptisé programme E-1), une décision qui reviendrait à couper en deux le futur État palestinien et à isoler la partie orientale de Jérusalem, sa capitale. À Tel-Aviv, on prétend que la Maison-Blanche n’est pas hostile, à tout le moins en privé, à cette idée. D’un autre côté, le vieux général reconverti dans un bien tardif (et suspect) pacifisme, après avoir été l’initiateur des points de peuplement, a besoin de réussir s’il veut contrer la rébellion conduite au sein de sa coalition par Benjamin Netanyahu et Sylvan Shalom. C’est bien vrai que l’Administration républicaine a tout fait pour entretenir le flou, en attendant sans doute de trouver une issue à la crise. Dans les colonnes du Yedioth Aharonot, l’ambassadeur américain Dans Kurtzer a commencé par nier l’existence d’une entente entre les deux pays sur la question des colonies avant de faire machine arrière et de rendre hommage à la crédibilité du chef du gouvernement. La secrétaire d’État Condoleezza Rice a, elle aussi, critiqué en termes sévères le plan E-1 puis, dans des déclarations reproduites par le Washington Post, a paru revenir à des sentiments plus mitigés, se contentant de réclamer des « éclaircissements » sur la question. Dans un discours prononcé à Herzliya en décembre 2003, « Arik » présentait son plan de démantèlement des vingt et un points de peuplement de Gaza et de quatre autres colonies sur la rive occidentale du Jourdain, s’engageant en échange à « renforcer le contrôle sur d’autres parties de la terre d’Israël, appelées à faire partie de celui-ci dans tout futur accord ». Quatre mois plus tard parvenait de Washington un message avalisant l’existence de « centres d’habitation », mais seulement à l’issue de pourparlers de paix. Or, tout s’est passé comme si, dans leur hâte à placer le monde entier, Américains et Palestiniens en premier, devant le fait accompli, les Israéliens avaient jugé normale la poursuite de construction de logements destinés ultérieurement à demeurer sous leur juridiction. Côté américain, on peut estimer atteint le triple objectif consistant à relancer la « feuille de route », renforcer la position de Sharon et consolider l’autorité de Mahmoud Abbas. À quoi on pourrait ajouter un quatrième but, inlassablement poursuivi celui-là aussi bien par le Likoud que par les travaillistes : faire de la Palestine à naître un véritable gruyère. Et une bombe à retardement. Christian MERVILLE

Il y a eu dimanche soir, devant l’hôtel Hilton, la manifestation d’une trentaine d’enfants juifs applaudissant le cortège du Premier ministre. Il y a eu, le lendemain, 2 000 chrétiens évangéliques amenés par autocars de l’Oklahoma et du Colorado, qui entendaient protester contre le démantèlement des colonies de Gaza... Les situations insolites, elle en a l’habitude, la localité de Waco (120 000 habitants), théâtre notamment en 1993 d’un siège de 51 jours suivi d’un carnage qui fit 83 tués dans les rangs des adeptes de la secte des davidiens. Pas de sang versé, pas d’excès biliaires non plus lors des vingt-quatre heures qu’aura duré le séjour texan d’Ariel Sharon – le ranch présidentiel de Crawford se trouve à une quarantaine de kilomètres de là. Par contre, le curieux monologue à deux auquel...