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Actualités - Opinion

Empire souterrain

Ténacité dans la souplesse, mais aussi créativité : ces mots s’appliquent parfaitement aux efforts que déploie en ce moment l’envoyé de l’Onu Terjé Roed-Larsen pour promouvoir la mise en application de la résolution 1559. Du président Bachar el-Assad qui ne concevait un retrait total de ses troupes du Liban qu’en termes de mois, le diplomate norvégien a obtenu que cette opération soit achevée à la fin du mois d’avril. Roed-Larsen qui, le premier, avait déclaré parfaitement compatibles la résolution 1559 et l’accord interlibanais de Taëf, apaisant ainsi bien des susceptibilités, a admis par ailleurs que le désarmement du Hezbollah est un processus qui ne pourra être mené à terme que dans le cadre d’un consensus interne requérant de la patience et du temps. « Cette question n’est pas une priorité et elle ne figure pas sur mon agenda », a-t-il souligné hier, faisant l’impasse ainsi sur un point très explicite pourtant de la résolution onusienne. En revanche, Roed-Larsen n’a pas craint d’aller plus loin que le strict libellé de la 1559 – laquelle évoquait seulement l’échéance présidentielle de 2004 – en faisant sienne l’exigence d’élections législatives transparentes, qui se dérouleraient comme initialement prévu au mois de mai et loin de toute interférence étrangère. La priorité nouvelle, c’est désormais ce scrutin que s’emploient à différer les alliés locaux de la Syrie : laquelle montre patte blanche à l’envoyé de l’Onu sans cesser de claironner que son influence sur la scène libanaise, commandée par l’histoire et la géographie, ne sera pas entamée pour autant. C’est sans doute vrai dans une certaine mesure, pour quelque temps encore du moins, et cela pour deux raisons. La première tient à cet entrelacs de réseaux souterrains que laissent vraisemblablement derrière eux les Syriens. Mardi, Roed-Larsen a pu constater de visu que les sinistres locaux beyrouthins des moukhabarate, répondant au doux nom de Beau Rivage, ont été évacués comme promis. Bientôt, ce sera le tour du complexe de Anjar à partir duquel le général Rustom Ghazalé gouvernait pratiquement le Liban, nommant ou dégommant, flattant, admonestant ou allant jusqu’à injurier et menacer ministres, députés et hauts fonctionnaires. L’annonce même de la disparition de ce genre d’officines, qui fonctionnaient à découvert depuis des décennies, s’est d’ores et déjà traduite par maintes émancipations et défections plus ou moins déclarées, et la tendance devrait se confirmer dans les prochains jours. Il reste que Anjar et le Beau Rivage, ce n’est pas tout : si le nombre de soldats syriens stationnés sur notre sol était connu avec précision, nul n’a jamais été en mesure d’évaluer les effectifs de ces agents des services parallèlles dont Damas a littéralement truffé les secteurs les plus divers de la vie libanaise, au point que la croyance populaire en est venue à tenir pour suspects marchands de quatre-saisons et autres vendeurs ambulants de kaak ou de bimbeloterie ! Comment feront les enquêteurs de l’Onu pour s’assurer que ces forces de l’ombre n’ont pas trouvé refuge dans les banlieues inviolables ou dans les annexes de permanences de partis idéologiquement syriens (et non plus seulement prosyriens) ; et que de là elles continueront de guider de près les pions de Damas ? La question vaut d’être posée. L’autre raison pour laquelle Damas n’est pas près de perdre tous ses clients est que ces clients-là ont toutes les raisons du monde de manifester une fidélité à toute épreuve : la Syrie voudrait-elle s’en défaire elle-même qu’ils s’y refuseraient avec véhémence. Ce qu’ils ont à perdre ceux-là, c’est bien davantage en effet que de simples intérêts ou positions : c’est leur survie politique, c’est peut-être même leur liberté si la justice doit être rétablie un jour dans ce pays. Et si sont sanctionnés comme ils le méritent tous ceux qui ont trempé dans des affaires « sales », ou qui les ont couvertes du haut de leurs charges. Puisse Terjé Roed-Larsen hâter ce jour en déployant, pour le dossier des élections, les mêmes talents qui lui ont si bien réussi ailleurs. En multipliant les manœuvres dilatoires, le camp gouvernemental se rend coupable de sabotage politique, méfait non moins condamnable que le sabotage tout court ; car en dépit des dernières ouvertures du leader druze Walid Joumblatt, l’heure reste à la tergiversation. Absente au départ, la République au complet le sera encore plus bientôt, pour les funérailles du pape. Et si ces présidents s’écoutaient, ils pourraient encore trouver moyen d’aller faire une virée de condoléances à Monaco. Et puis, au diable l’avarice, une autre à Londres pour les noces princières. Issa GORAIEB
Ténacité dans la souplesse, mais aussi créativité : ces mots s’appliquent parfaitement aux efforts que déploie en ce moment l’envoyé de l’Onu Terjé Roed-Larsen pour promouvoir la mise en application de la résolution 1559.
Du président Bachar el-Assad qui ne concevait un retrait total de ses troupes du Liban qu’en termes de mois, le diplomate norvégien a obtenu que cette opération soit achevée à la fin du mois d’avril. Roed-Larsen qui, le premier, avait déclaré parfaitement compatibles la résolution 1559 et l’accord interlibanais de Taëf, apaisant ainsi bien des susceptibilités, a admis par ailleurs que le désarmement du Hezbollah est un processus qui ne pourra être mené à terme que dans le cadre d’un consensus interne requérant de la patience et du temps. « Cette question n’est pas une priorité...