Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Tribune Amin Maalouf à l’honneur

Pour la deuxième fois consécutive, j’assiste à la remise d’une décoration à Amin Maalouf. La première fois il y a quelques années, quand il a été fait chevalier de la Légion d’honneur, et le 31 mars dernier, quand il a reçu la décoration d’officier de l’Ordre national du mérite. Il est loin le temps où, le 20 juin 1976, je l’ai vu arriver exténué dans mon petit pied-à-terre d’étudiant de la rue Vieille du Temple, dans le quatrième arrondissement de Paris, après avoir effectué la traversée Liban-Chypre en mer. À son arrivée, il s’est étendu sur mon lit de camp et s’est endormi de longues heures tout habillé. Je n’osais pas faire le moindre bruit dans mes deux-pièces sous les toits de peur de le réveiller. Depuis ce jour-là, les grands efforts qu’il a produits ont porté leurs fruits. Après un court intermède de journalisme, il s’est lancé là où il excelle le mieux. Distribuer du rêve par l’écriture d’essais, de romans et de livret d’opéra. Des rêves que peut-être lui-même caressait depuis toujours et qu’il voulait partager avec le monde. Un rêve tendant à faire découvrir à l’Occident cet Orient méconnu, à travers des écrits pleins d’images de douceur, de joies et quelquefois de mélancolie. Comme l’a signalé Henri Claudel, résistant de la première heure, diplomate et fils de Paul Claudel, accompagné de sa fille Marie Hélène, en lui remettant la décoration au nom de la République française: «Vous êtes, a-t-il dit, celui qui nous a montré le vrai visage du Liban, de l’Orient et du métissage.» Un moment émouvant au cours d’une cérémonie intime à son domicile parisien, où se mêlait la famille (mère, sœurs et leurs familles) à quelques amis proches tels que Mme Jaqueline de Romilly, membre de l’Académie française et première femme professeur au Collège de France, spécialiste de la Grèce ancienne, l’ambassadeur du Liban, Mme Sylvie Fadlallah, et son époux, ainsi que M. Ghassan Salamé, ancien ministre de la Culture. Le moment le plus émouvant fut celui du «credo» d’Amin Maalouf en son pays, le Liban, et sa reconnaissance envers son pays d’adoption, la France. Sa fierté d’être Libanais dans cet élan de renouveau auquel nous assistons. Son discours a été lentement prononcé d’une voix basse, ferme et sereine devant une audience attentive et admirative. Une admiration envers cet homme qui n’aime pas que les trompettes de la gloire fassent trop de bruit, comme l’a signalé Henri Claudel en d’autres termes. En faisant la comparaison entre Paul Claudel et Amin Maalouf, Henri Claudel a malicieusement remarqué que les œuvres d’Amin ont été traduites dans plus de vingt langues et distribuées à travers le monde, alors que celles de Paul Claudel ont été traduites en anglais seulement. C’est un signe que l’œuvre d’Amin Maalouf est universelle et touche l’âme humaine. L’honneur fait à Maalouf est aussi un honneur fait au Liban et à la culture «sans laquelle, comme dirait Me Pharès Zoghbi, il n’ y a pas de salut». Joseph W. ZOGHBI Paris
Pour la deuxième fois consécutive, j’assiste à la remise d’une décoration à Amin Maalouf. La première fois il y a quelques années, quand il a été fait chevalier de la Légion d’honneur, et le 31 mars dernier, quand il a reçu la décoration d’officier de l’Ordre national du mérite. Il est loin le temps où, le 20 juin 1976, je l’ai vu arriver exténué dans mon petit pied-à-terre d’étudiant de la rue Vieille du Temple, dans le quatrième arrondissement de Paris, après avoir effectué la traversée Liban-Chypre en mer. À son arrivée, il s’est étendu sur mon lit de camp et s’est endormi de longues heures tout habillé. Je n’osais pas faire le moindre bruit dans mes deux-pièces sous les toits de peur de le réveiller. Depuis ce jour-là, les grands efforts qu’il a produits ont porté leurs fruits....