Existe-t-il un fil conducteur dans votre œuvre ?
« Oui. L’obsession qui est la mienne est de situer l’action politique de l’homme non plus exclusivement dans sa Cité mais en même temps dans sa Cité et dans le monde », affirme Bertrand Badie.
« C’est la grande leçon de notre contemporanéité. Nous jouons en même temps sur plusieurs scènes, car nous jouons de plus en plus dans l’arène internationale, une arène que Hobbes réservait autrefois à ces gladiateurs qui étaient les États », dit-il.
« Il s’agit d’un exercice difficile car comment déterminer que nous sommes les acteurs d’une scène qui n’a plus de limites ? Je suis acteur du système politique américain aussi bien que le citoyen américain parce que je participe à un jeu d’action, de pression et d’influence sur ce qui se fait aux États-Unis. Tout ceci modifie le plus profond de notre être et de notre action quotidienne mais aussi le plus profond de la scène internationale qui est plus que jamais une scène de sociétés et d’espaces sociaux. De plus en plus, la scène internationale relève du jeu social. C’est la raison pour laquelle je milite pour cette vision de la sociologie des relations internationales », poursuit-il.
« L’État ne fonctionne plus à guichet fermé et isolé dans un environnement. Les interactions entre le “dehors” et le “dedans” sont tellement nombreuses et tellement complexes qu’il est difficile aujourd’hui de vouloir les contenir », ajoute M. Badie.
Se considère-t-il comme un écrivain engagé ?
« J’espère bien. D’abord parce que j’ai mes convictions, et ensuite parce que je déteste la lâcheté et la simulation. Mais jusqu’où une personne qui a des comptes à rendre à la science et à la production académique peut-elle s’engager ? Mon rôle est d’avoir l’honnêteté de mon engagement, et donc de dire à mes étudiants ce qu’il en est, car on n’a pas le droit de tromper son interlocuteur. »
« Toute la difficulté est de savoir combiner l’honnêteté, l’expression de son engagement et la rigueur scientifique qui vous conduit à ne pas dire n’importe quoi. Seul alors le respect de l’altérité permet d’être perçu comme légitime par celui qui ne partage pas vos convictions. Ceci dit, il est fou de penser que l’on puisse enseigner la science politique de manière totalement neutre. Et il est tout aussi fou de croire qu’au nom de son engagement on peut faire et dire n’importe quoi », dit-il.
Et de conclure : « Il est des fois où il faut prendre parti, mais tout en étant rigoureux et tout en étant respectueux des règles de la vie sociale. C’est tout notre art que de savoir trouver le point d’équilibre. Un professeur ne doit pas accomplir des fonctions politiques. Il ne doit pas militer dans un parti politique de façon très active. Son travail s’en ressentirait dangereusement. Mais ne demandez pas à un professeur d’abandonner ses convictions. Ce serait là aller contre le plus profond de la nature humaine. »
Existe-t-il un fil conducteur dans votre œuvre ?
« Oui. L’obsession qui est la mienne est de situer l’action politique de l’homme non plus exclusivement dans sa Cité mais en même temps dans sa Cité et dans le monde », affirme Bertrand Badie.
« C’est la grande leçon de notre contemporanéité. Nous jouons en même temps sur plusieurs scènes, car nous jouons de plus en plus dans l’arène internationale, une arène que Hobbes réservait autrefois à ces gladiateurs qui étaient les États », dit-il.
« Il s’agit d’un exercice difficile car comment déterminer que nous sommes les acteurs d’une scène qui n’a plus de limites ? Je suis acteur du système politique américain aussi bien que le citoyen américain parce que je participe à un jeu d’action, de pression et d’influence sur ce qui se fait aux...
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