D’un côté, une Knesset, un cabinet éclatés ; de l’autre une OLP liftée, qui s’apprête à accueillir les ultras du Jihad islamique et ceux du Hamas. L’histoire a de ces retournements qui laissent pantois. Ici, le champion d’une colonisation effrénée qui se bat contre ses protégés de la veille, forcés demain de quitter leurs implantations sauvages ; là, un nouveau raïs palestinien qui voit ses adversaires acharnés accepter sa main tendue. S’il est permis d’espérer qu’Allah, sinon Yahvé, reconnaîtra les siens, il serait difficile d’en dire autant de leurs anciens serviteurs, Yasser Arafat et David Ben Gourion...
Lundi soir, « la plus longue manifestation de la vie d’Israël » aura duré une dizaine d’heures à peine et réuni, au plus, quelques milliers de personnes, des adolescents pour la plupart, que l’on verrait mal se battre jusqu’au bout pour empêcher l’expulsion des colons de Goush Katif et de vingt autres points de peuplement de la bande de Gaza, sans compter quatre des 120 implantations de Cisjordanie. C’est bien la première fois, depuis le retour du Sinaï à l’Égypte, en 1982, que des territoires conquis au lendemain de la guerre de juin 1967 sont restitués. Ainsi donc Ariel Sharon a remporté une bataille ; il est probable qu’il a gagné aussi sa petite guerre contre Yesha, ce regroupement d’irréductibles religieux qui avaient juré d’en appeler à l’arbitrage de la rue après l’échec devant la Knesset. Mais ils avaient contre eux la simple arithmétique : avec près de 8 000 juifs faisant face à 1,3 million d’Arabes, la proportion était de 1 pour 150. De plus, les derniers sondages ont clairement établi que deux tiers des Israéliens sont en faveur d’un démantèlement des points de peuplement, décidé il y a un an au nom de la sécurité de l’État hébreu, à l’époque où les pourparlers de paix étaient au point mort.
Face à une nouvelle Autorité palestinienne qui en est encore à ses premiers balbutiements, face aussi à des États arabes confrontés chacun à ses problèmes internes et qui demeurent agrippés à la « déclaration de Beyrouth », les Israéliens ont pris leurs précautions : ils conservent le contrôle des frontières terrestres et maritimes, s’arrogent le droit d’opérer des incursions à chaque fois qu’ils le jugeront nécessaire et se promettent – sans aller jusqu’à le proclamer ouvertement – de renforcer les douzaines d’installations en place, autrement plus importantes pour eux avec leur 230 000 colons, sur la rive occidentale du Jourdain. Le Parlement a donc tranché : il n’y aura pas de référendum sur le retrait – ce qui aurait constitué une première dans l’histoire du pays –, et certainement pas une « guerre civile », comme le laissaient entendre les menaces de certains.
En définitive, même les plus farouches tenants des thèses de Herzl auront renoncé à leurs vieux rêves d’un Eretz Israël biblique. D’autant plus que l’enclave de Gaza n’a jamais été facile à gouverner. « Une grande prison », viennent de juger deux ONG israéliennes, B’Tselem et Moked. Et les révélations chiffrées de la Banque mondiale sont terribles : une proportion de 77 % des habitants vit au-dessous du seuil de pauvreté ; 44 % de la population active est réduite au chômage ; enfin 60 % des habitants ont moins de 18 ans.
On comprend dès lors la valeur véritable du « sacrifice » consenti. Il reste maintenant au chef du gouvernement à éviter les chausse-trappes que multiplient sous ses pas deux membres de son équipe : Benjamin Netanyahu (Finances) et Sylvan Shalom (Affaires étrangères), à propos cette fois du projet de budget pour le prochain exercice fiscal. L’arithmétique toujours : l’équipe actuelle peut théoriquement compter, pour un total de 120 membres qui composent le Parlement, sur 66 députés, dont 40 élus du Likoud. Mais 17 d’entre ceux-ci ayant décidé de s’opposer à la loi des finances, la fragile majorité actuelle se trouve soudain menacée de s’envoler en fumée. La coalition gouvernementale a toutefois obtenu samedi dernier le soutien crucial des 15 membres du Shinoui, une formation d’opposition centriste qui aurait, dit-on, chèrement monnayé son appui. C’est que l’enjeu est de taille : s’il n’avait pas été assuré de faire passer son projet d’ici à la fin du mois en cours, Sharon aurait dû présenter sa démission, ouvrant la voie à des élections législatives anticipées dans un délai de 90 jours. Avec le risque de voir, tapis dans l’ombre et attendant leur heure, les travaillistes de Shimon Peres rafler la mise à la faveur de cette consultation populaire.
Mais que l’on se rassure : l’Administration américaine continue de jouer la carte du vieux général, invité à rencontrer George W. Bush le 11 avril au Texas. Sans doute pour lui présenter une facture qui, tout l’indique, ne manquera pas d’être salée. Et honorée.
Christian MERVILLE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats D’un côté, une Knesset, un cabinet éclatés ; de l’autre une OLP liftée, qui s’apprête à accueillir les ultras du Jihad islamique et ceux du Hamas. L’histoire a de ces retournements qui laissent pantois. Ici, le champion d’une colonisation effrénée qui se bat contre ses protégés de la veille, forcés demain de quitter leurs implantations sauvages ; là, un nouveau raïs palestinien qui voit ses adversaires acharnés accepter sa main tendue. S’il est permis d’espérer qu’Allah, sinon Yahvé, reconnaîtra les siens, il serait difficile d’en dire autant de leurs anciens serviteurs, Yasser Arafat et David Ben Gourion...
Lundi soir, « la plus longue manifestation de la vie d’Israël » aura duré une dizaine d’heures à peine et réuni, au plus, quelques milliers de personnes, des adolescents pour la plupart,...