2005 n’est pas 1975
Le Liban de 2005 n’est pas le Liban de 1975.
La société civile l’a démontré, et continue de le faire, par les manifestations pacifiques qui ont réuni jusqu’à un million de Libanais, sans un seul incident digne d’être rapporté.
Nos jeunes – ils avaient entre 18 et 25 ans – qui ont fait la guerre de 1975 étaient endoctrinés.
Aujourd’hui, nos jeunes n’ont que trop bien appris la leçon, et c’est une insulte à l’intelligence de ces jeunes et moins jeunes que d’agiter le spectre d’une nouvelle guerre civile si la crise politique perdurait.
En fait, c’est une forme de chantage, dont certains politiciens font usage pour une solution de la crise qui les satisferait, crise qui n’est autre que l’expression ultime d’une démocratie qui se dépoussière.
La jeunesse libanaise a démontré qu’elle veut une société civile moderne, un État de droit, et elle protestera pacifiquement. Elle a prouvé qu’elle n’aura jamais recours aux armes.
Jean-Claude DELIFER
Montréal – Canada
Notre 11 septembre
Je suis un Libanais vivant en France et n’ayant jamais coupé les liens avec mon pays.
Ceux qui ont programmé dix-sept années de guerre pensaient que le Liban ne se relèverait pas avant cinquante ans au moins. Le président Hariri l’a remis debout en trois ans.
Notre 14 février, c’est une sorte de 11 septembre, voire même plus grave pour nous et plus déstabilisant.
Mes concitoyens doivent savoir qu’au Liban, la classification n’est pas gauche ou droite. Au liban, il y a les pauvres (majoritaires) et les riches.
Au Liban, nous sommes tous victimes de la corruption qui nous a saignés à blanc. Il devient urgent d’abolir le confessionnalisme comme unique base reconnue pour la répartition des chances. Il est plus urgent encore de croire en l’autre et de dénoncer la corruption où qu’elle se trouve et quel que soit son masque.
Dr Jamil BERRY
France
À mon ami Bassel Fleihane
Je sais que tu n’aurais pas aimé qu’on parle de toi, vu ton caractère discret, ta manière subtile et sensible d’aborder les problèmes, ton respect pour ton interlocuteur, ta discrétion professionnelle.
Cependant, tu es une figure publique (député, ancien ministre) et, en tant que tel, tu es exposé aux compliments et aux critiques du peuple. Ce dernier t’aime, partage avec toi tes souffrances et prie pour toi, surtout durant cette semaine sainte.
Peu importe que tes collègues, députés loyalistes, n’aient pas témoigné leur sympathie et leur amitié, et que ce soit seulement après un mois que le président du Parlement a envoyé deux de tes collègues à Paris pour s’enquérir de ton état.
Bassel, le peuple ainsi que tous tes amis sont là pour veiller à ton rétablissement et prient Dieu pour qu’Il soulage tes souffrances.
Gabriel SEHNAOUI
Pourquoi la région des hôtels?
Aurait-on pu imaginer il y a une décennie à peine qu’un événement aussi important pouvait se produire ? Entre L’Orient-Le Jour sur Internet, la pléthore de courriels et les SMS, nous sommes bien informés et régulièrement !
Comment continuer à entendre sans réagir les pays occcidentaux prétendre qu’il n’y a pas de démocraties au Moyen-Orient? Nous avons prouvé au monde que nous pouvions manifester un mois durant, tous courants confondus, sans incident.
Pourquoi s’évertue-t-on à qualifier d’opposants ceux qui ne veulent pas être occupés, alors qu’on parle de « loyalistes » s’agissant des nostalgiques des moukhabarate ? Je suis fier d’être classé parmi les opposants mais je suis loyal, moi! Je suis loyal à mon pays. Et j’exige un droit de vote en tant qu’expatrié.
Un autre point à relever depuis l’assassinat de Rafic Hairiri: pourquoi avoir choisi l’endroit même où cette guerre avait pris un tournant des plus sanguinaires pour perpétrer ce crime? Malgré tout, nous sommes unis.
Nabil BEJJANI
Nous écrivons l’histoire
Un mois déjà depuis la mort.
Pour la première fois de ma vie, je comprends l’avenir incertain. Je ne sais pas faire un plan pour après-demain.
Le cœur serré, mais ouvert.
Vers Beyrouth. Ce grand amour de ma vie. Beyrouth, cette ville de soleil et de pluie.
Beyrouth ancienne, femme, métissée, incompréhensible.
Une éternelle adolescente, chaotique, toujours éblouie, toujours changeante, toujours rebelle, mais qui déjeune les dimanches en famille.
Le cœur serré et impatient. Impatient de retrouver cette foule à pied dans une ville asphyxiée par ses voitures. Cette foule unie mais sur ses nerfs. Cette foule qui fera le changement.
Cette fois-ci, nous n’avons rien à perdre. Nous écrivons l’histoire, une nouvelle histoire.
Carmen HAYEK
Non à la peur
L’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri a été suivi à ce jour de deux attentats, eux-mêmes succédant à une série d’assassinats de leaders politiques, de Kamal Joumblatt à René Moawad et Dany Chamoun. Les Libanais souffrent, étouffent, refusent la guerre et manifestent pour réclamer l’indépendance et la démocratie.
Le temps n’est pas aux regrets mais à l’action. Surtout ne pas laisser la peur nous paralyser, nous détruire.
Émigrés, revenez et ensemble construisons le Liban de demain. Celui qui perd sa terre perd son identité.
Dans le centre-ville, Rafic Hariri demandait à son petit-fils de se rappeler toujours que « war is bad ».
Ne l’oublions jamais.
Tania S. CHALLITA
Les barbares
Quel autre terme pourrait mieux désigner ceux qui ont organisé et exécuté les attentats contre Hamadé et Hariri, ceux qui sèment la terreur à coups de voitures piégées et de grenades nocturnes, ceux qui nous donnent le choix entre liberté et sécurité? À ces hommes de l’ombre, nous répondons, au risque de nos vies, que nous choisissons la liberté qui, elle, nous mènera à la sécurité, mais aussi et surtout à l’espérance, à la vie, à la lumière.
Nous continuerons à exporter la liberté de penser à destination des opprimés dans cette région. Non, la barbarie ne vaincra jamais la civilisation! C’est juste le contraire qu’exige la marche de l’histoire. Et «Beyrouth restera en Orient le dernier sanctuaire où l’homme peut toujours s’habiller de lumière» (Nadia Tuéni).
Vive le Liban et à bas la barbarie!
Naji JREISSATI
«Le Liban, j’y crois!»
Chers amis du Liban,
La période que vous traversez en ces moments se charge de tensions de plus en plus fortes. Lecteur assidu de votre quotidien et visitant à de nombreuses occasions des universités de votre pays, je suis l’actualité avec attention et avec l’espoir que vous trouverez une solution pacifique à votre problème.
Je souhaiterais lancer un slogan «Le Liban, j’y crois!», afin d’encourager toute la population de votre pays à mobiliser son énergie pour résoudre, seule, par ses propres moyens, le conflit naissant.
C’est le vœu que je forme en vous assurant de toute ma sympathie belge.
Jean DEBUYST
Psychopédagogue – Belgique
Lueur d’espoir
Un même drapeau libanais partout, et une marée humaine, mue par une ferme détermination à ouvrir un nouveau chapitre glorieux de l’histoire de la nation. Cette image restera à jamais gravée dans notre mémoire. Oui, la victoire est au bout du chemin, c’est-à-dire enfin l’indépendance, la démocratie, la foi en un Liban uni, souverain, libre.
Emmenée par des chefs intègres, la nouvelle génération est en passe de se forger un avenir meilleur, plus sûr. Et aucun attentat à la voiture piégée ne pourra entraver sa marche.
Nabil CHOUEITER
La violence, arme du faible
Liberté, souveraineté, indépendance. Trois mots qui ne prennent que plus de sens à chaque nouvelle bombe, à chaque nouvelle intimidation. Le peuple, déjà gonflé à bloc, ne peut que s’enflammer encore un peu plus. Sa détermination ne peut en être que plus forte, que plus grande. Elle est renforcée. Les libanais ont découvert qu’ils pouvaient faire entendre leur voix, que leur volonté pouvait déplacer des montagnes. Ils ne s’arrêteront pas en si bon chemin, n’en déplaise à certains.
De grâce, continuez. De grâce, ne cédez pas à la peur. Et souvenez-vous que la violence est la force du faible. Du faible qui a tout perdu.
Nous n’avons, nous Libanais, perdu ni notre volonté ni notre dignité, et ne perdrons certainement pas cette belle et toute neuve unité.
Avec vous du bout du monde.
Lara YOUAKIM
Pékin
La vérité
La vérité c’est vous,
La vérité c’est nous !
La vérité c’est qu’on en a assez !
Cela fait trente ans que cela dure,
Cela fait trente ans que ce peuple supporte et souffre !
Quelle famille n’a pas eu
Une personne blessée ou tuée dans cette guerre ?
Une personne enlevée dans ces évènements ?
Quelle famille n’a pas eu une maison démolie,
Une entreprise ou un magasin détruits ?
Qui n’a pas souffert ?
Qui n’a pas perdu ?
Trente années de notre vie brûlées, détruites.
Laissez les vieux s’éteindre en paix !
Offrez-leur quelques années de quiétude !
Laissez ces mamans tranquilles :
Laissez-les se relaxer un peu !
Permettez-leur de souffler :
Elles ont assez prié !
Laissez notre génération
Rattraper les années perdues,
En appréciant le présent.
Laissez ces enfants courir
Le cœur léger,
Sans inquiétude et sans rancœur !
La vérité, comme l’a dit M. Hariri,
C’est eux, les enfants de demain !
Rayez de leur cœur la peur, l’anxiété et l’agressivité !
Gardez-leur l’innocence !
C’est pour ces petits enfants,
Les petits enfants de tous les Libanais,
Qu’il a construit cette ville.
Aidez-nous à la protéger
À protéger notre pays.
Nicole ABDUL MASSIH
Montréal
Un peuple admirable
Je présente mes sincères condoléances à la famille Hariri ainsi qu’au peuple frère du Liban. Je souhaite aux Libanais, chrétiens et musulmans, de demeurer unis au sein d’un État démocratique et de voir bientôt se retirer l’armée syrienne. J’ai toujours admiré votre peuple et rêvé de visiter le pays du Cèdre. J’aimerais tant tisser des liens amicaux et fraternels avec des Libanais, toutes confessions confondues.
Je suis un jeune fonctionnaire d’État, Amazigh algérien, de religion musulmane.
Aït Ziane OURAMDANE
17 City II
44340 el-Abadia – Algérie
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