Par Abdel-Maoula CHAAR *
La plus grande partie des entreprises libanaises utilisent quotidiennement des instruments de gestion. Leur valeur est indiscutée et dans le cas de mauvaises performances on recherche, la plupart du temps, l’erreur humaine pour la sanctionner. On ne s’interroge que rarement sur la pertinence de ces outils. Pourtant, des questions se posent.
Les théories qui ont permis la mise au point de ces instruments ont été élaborées à partir d’études effectuées en grande partie aux États-Unis au sein de firmes de grandes tailles. Celles-ci sont loin de représenter la forme organisationnelle la plus commune.
Pour illustrer cette situation, un grand chercheur a présenté au cours d’une conférence une feuille de journal dépliée et a dit : « Ceci est le monde… Nous étudions les organisations qui appartiennent au monde occidental... »
Il a déchiré les deux tiers du journal et a jeté le morceau. Il a ensuite divisé la portion qui lui restait en main pour illustrer le fait que les organisations étudiées étaient principalement américaines.
De bout en fragment, il a fini par représenter les compagnies étudiées pour élaborer les théories des organisations par une toute petite parcelle de journal, un morceau de la taille de l’ongle d’un doigt. Le problème est qu’on ne peut pas transposer sans modifications les principes appliqués dans les grandes firmes à de petites entreprises.
Le titre d’un article intitulé « A Small Business is not a Little Big Business» illustre bien la situation. L’utilisation de théories hors de leur contexte d’élaboration se pose et la transposition ne peut se faire sans réflexion préalable. Il faut aussi relever qu’il existe plusieurs courants de pensée théorique en management et que les phénomènes organisationnels sont souvent expliqués grâce à des métaphores.
Celles-ci permettent de faciliter la compréhension de concepts ou de processus complexes en procédant à des comparaisons avec des objets connus.
Cependant, elles limitent aussi la réflexion. Une des métaphores les plus utilisées associe, par exemple, la firme à une machine. Dans les faits, cette approche débouche sur la bureaucratisation qui routinise les compagnies comme la machine routinise la production. Dans un environnement qui se distingue par son aspect changeant, utiliser une métaphore qui prône que tout doit être codifié, organisé et prévisible n’est pas sans poser de problèmes.
Il faut être conscient du fait que chacun des courants, des théories, des écoles et des métaphores représente une vision particulière de l’entreprise et des méthodes de management. La complexité des phénomènes organisationnels est telle que ceux-ci ne peuvent être restreints à une seule approche.
Il est utile d’envisager les compagnies sous différents angles pour pouvoir en augmenter l’efficacité.
En fait, en ces temps d’économies troublées, ce qui est peut-être à retenir est la nécessité de rester ouvert à la réflexion et d’éviter de s’enfermer dans des schémas de réflexions rigides et pour certains dépassés.
* Spécialiste en stratégie et théorie des organisations – Centre de recherches et d’études doctorales de l’Esa (CRED).
En coopération avec l’Esa
La plus grande partie des entreprises libanaises utilisent quotidiennement des instruments de gestion. Leur valeur est indiscutée et dans le cas de mauvaises performances on recherche, la plupart du temps, l’erreur humaine pour la sanctionner. On ne s’interroge que rarement sur la pertinence de ces outils. Pourtant, des questions se posent.
Les théories qui ont permis la mise au point de ces instruments ont été élaborées à partir d’études effectuées en grande partie aux États-Unis au sein de firmes de grandes tailles. Celles-ci sont loin de représenter la forme organisationnelle la plus commune.
Pour illustrer cette situation, un grand chercheur a présenté au cours d’une conférence une feuille de journal dépliée et a dit : « Ceci est le monde… Nous étudions les organisations qui...
Iran - USA - Liban : tout peut changer en quelques heures.
Restez informés pour seulement 10 $/mois au lieu de 21.5 $, pendant 1 an.
Abonnez-vous pour 1$ et accédez à une information indépendante.
Dans votre abonnement numérique : la version PDF du quotidien L’Orient-Le Jour, des newsletters réservées aux abonnés ainsi qu'un accès illimité à 3 médias en ligne : L’Orient-Le Jour, L’Orient Today et L’Orient Littéraire.